Le Président Charles de Gaulle, en voyage en Bretagne
Le Président Charles de Gaulle, en voyage en Bretagne
Le Président Charles de Gaulle, en voyage en Bretagne ©Getty - Henri Bureau/Sygma/Corbis/VCG via Getty Images
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Le Président Charles de Gaulle, en voyage en Bretagne ©Getty - Henri Bureau/Sygma/Corbis/VCG via Getty Images
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Résumé

Conversation autour de la figure du général de Gaulle (1890-1970), avec Franz-Olivier Giesbert et Arnaud Teyssier.

avec :

Franz-Olivier Giesbert (Journaliste, biographe, présentateur de télévision et romancier.), Arnaud Teyssier (Historien et essayiste).

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Alain Finkielkraut s'entretient avec le journaliste et écrivain, Franz-Olivier Giesbert, auteur de Histoire intime de la Ve République, Le Sursaut - tome 1 (éd. Gallimard), et Arnaud Teyssier, historien, essayiste, qui préside le Conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle et fait paraitre, L'énigme Pompidou-De Gaulle (éd. Perrin), autour de la figure du général de Gaulle, militaire, résistant, homme d'Etat, président de la République et écrivain.

"Avec le cinquantième anniversaire de sa mort, le cent-trentième de sa naissance, et le quatre-vingtième, de l'appel du 18 juin, 2020 a été sans conteste, l'année De Gaulle (1890-1970). Partout, il a été question de celui qui nous a laissé en héritage la geste de la France libre et les institutions de la Ve République. Pourquoi y revenir aujourd'hui ? Parce que le sujet est inépuisable. Nous commencerons par la question algérienne." Alain Finkielkraut.

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"Avec son 'Je vous ai compris', De Gaulle a roulé dans la farine les partisans de l'Algérie française, car il ne croyait pas à l'intégration"

"Avec son 'Je vous ai compris', il a roulé dans la farine les partisans de l'Algérie française, car il ne croyait pas à l'intégration. L'indépendance lui paraissait comme le seul horizon non seulement possible, mais souhaitable. D'où lui venaient ses convictions ? Sur quels arguments s'appuyait-il, pour tourner au plus vite la page de la colonisation ?" Alain Finkielkraut.

Franz-Olivier Giesbert

"De Gaulle est pour la décolonisation, à mon sens, dès les années 30, même s'il ne le formule pas. Il est une sorte de visionnaire, il voit toujours les choses très loin. 'On n' a rien à faire loin'. II est dans cette conception. Quand il arrive au pouvoir, il n'a qu'une obsession : décoloniser. Et tout cela va très vite, regardez l'Afrique - le Dahomey, le Benin, Le Sénégal, la Côte d'Ivoire… De Gaulle raciste, c'est grotesque, il est africanophile. Avec une forme fascinante à voir, d'affection. Seulement, pour l'Algérie, c'est plus compliqué. Pourquoi ? Parce que les Français sont pour l'Algérie française. Il faut faire avec une opinion qui ne marche pas avec lui."

"Seulement, pour l'Algérie, c'est plus compliqué. Pourquoi ?"

"L'Algérie, c'était la France, c'était des départements français, ce n'était pas le même statut. 'Le problème, c'est les Pieds-Noirs', disait-il. Ils sont un million. C'est une phrase qui revenait régulièrement dans sa bouche : 'C'est trop pour partir, ce n'est pas assez pour rester'. Il y avait l'idée chez lui que la France devait redevenir la France et qu'avec l'Algérie, c'était incohérent. Il arrive au pouvoir en 1958, soi-disant pour faire l'Algérie française, mais Il le dit sans arrêt : 'l'intégration, c'est impossible'. On voit où il veut en venir. Il sait que ça va mettre beaucoup de temps" (…). (Franz-Olivier Giesbert)

Arnaud Teyssier

"Je pense en effet que De Gaulle, qui était très sensible au mouvement des peuples, le grand remuement des peuples, qui voyait l'histoire de manière très géographique - on voit dans son bureau les cartes extraordinaires de l'Afrique et du monde - avait compris que la décolonisation était inéluctable. Je ne crois pas qu'il était si machiavélique que le dit Franz-Olivier Giesbert [dans son essai], dans la gestion de la décolonisation de l'Algérie."

"De Gaulle avait compris que la décolonisation était inéluctable "

"Il a espéré à un moment donné que cela pourrait se passer mieux que ça ne s'est passé, et par ailleurs, il était obligé de gérer une situation impossible : on était au bord de la guerre civile. De Gaulle était contraint de mesurer ses propos, d'entretenir, il est vrai, une certaine ambiguïté, car il ne voulait pas d'une guerre civile. Il y avait cette prudence chez lui qui a toujours été obsédé par la crainte de la guerre civile - parce que c'est ce qui détruit les nations et c'est ce qui détruit les états." Arnaud Teyssier

"A 63 ans, De Gaulle est obsédé par son âge, par la vieillesse, il sait qu'il a une tâche énorme à accomplir"

"La deuxième chose qui me parait importante pour comprendre la politique de De Gaulle et même, une certaine brutalité à un moment, c'est son rapport au temps :  De Gaulle est obsédé par son âge, par la vieillesse, il sait qu'il a une tâche énorme à accomplir : 1940-1970 ; il entre dans l'Histoire, le 18 juin 1940. Il est dans un mouvement continu, il a une nation à conduire, et il manque de temps. Il écrit en 1953 :  'A partir d'aujourd'hui, j'ai 63 ans, et tout va se déterminer dans l'esprit des gens en fonction de mon âge". Il faut aller vite, parce qu'il a la République à reconstruire, les institutions à installer, le pays à moderniser (…).'" Arnaud Teyssier

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur la page.

Pour en savoir plus

"(…) Quand le général de Gaulle a pris le pouvoir en 1958, la France était quasiment par terre, à cause, entre autres, de la guerre d'Algérie et de l'effondrement des 'élites'. Prophétique, machiavélique et prosaïque, il l'a remise debout en à peine un an, sans négliger les plus infimes détails, ni lésiner sur les roueries et les mensonges". Franz-Olivier Giesbert, Histoire intime de la Ve République, Le Sursaut.

"Vingt-cinq ans les séparaient, et en vérité tout un monde. D’un côté Pompidou, l’apôtre de la France heureuse et du progrès tranquille, proche du terroir et des gens, de l’autre De Gaulle, distant et solitaire, épris de grandeur et d’histoire, plaçant toujours la France au-dessus des Français. Ce cliché ne suffit pas à expliquer pourquoi ces deux hommes, si différents, ont semblé tant s’apprécier". Arnaud Teyssier, L'énigme Pompidou-De Gaulle.