Keira Knightley incarnant Anna Karénine, dans une adaptation de Joe Wright, 2012
Keira Knightley incarnant Anna Karénine, dans une adaptation de Joe Wright, 2012
Keira Knightley incarnant Anna Karénine, dans une adaptation de Joe Wright, 2012 ©AFP - ©AFP - UNIVERSAL PICTURES / FOCUS FEATU / COLLECTION CHRISTOPHEL
Keira Knightley incarnant Anna Karénine, dans une adaptation de Joe Wright, 2012 ©AFP - ©AFP - UNIVERSAL PICTURES / FOCUS FEATU / COLLECTION CHRISTOPHEL
Keira Knightley incarnant Anna Karénine, dans une adaptation de Joe Wright, 2012 ©AFP - ©AFP - UNIVERSAL PICTURES / FOCUS FEATU / COLLECTION CHRISTOPHEL
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Résumé

Anna Karénine, mariée, fidèle et mère d'un jeune garçon, se rendait à Moscou chez son frère. C'est en descendant du train qu'elle croisait le comte Vronski dont elle allait follement s'éprendre. Un pur chef-d'œuvre de la littérature russe, revisité hors de toute actualité.

avec :

Olivier Rolin (écrivain), Jean-Pierre Maurel (Journaliste littéraire, essayiste, scénariste).

En savoir plus

Anna Karénine, roman de Léon Tolstoï (1828-1910), paraîtra d'abord en 1877, en feuilleton, en Russie. Elle avait pour elle la beauté, la richesse, une haute position dans la société mondaine ; pourtant sa rencontre avec un jeune officier, le comte Vronski, fera naître en elle une passion coupable, à laquelle elle sacrifiera tout. Anna Karénine, ce deuxième grand roman de l'adultère au XIXè siècle, après Emma Bovary de Gustave Flaubert (1857).

"Si j'ai fait le choix de consacrer cette émission à Anna Karénine hors de toute actualité éditoriale, c'est d'abord parce que comme le dit Allan Bloom, dans son grand livre, L'Amour et l'Amitié**, 'les personnages de Tolstoï sont les truchements littéraires grâce à qui nous prenons connaissance de nous-mêmes'. C'est aussi pour une raison plus contemporaine. Révulsés comme nous le sommes tous par l'invasion de l'Ukraine, et constatant que cette guerre dévastatrice n'est pas née d'un cerveau malade, mais s'inscrit dans la tradition immémoriale d'un pays qui, par-delà les convulsions et les ruptures, s'est toujours conçu non comme une nation mais comme un empire, certains intellectuels voudraient mettre la littérature russe à l'index. Cette proscription serait une amputation, un châtiment que nous nous infligerions à nous-mêmes (...)." Alain Finkielkraut.**

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"Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. (…)" (Première ligne du roman, Anna Karénine, éd. Folio Gallimard, traduction intégrale d'Henri Mongault, 1935). Alain Finkielkraut s'entretient avec les écrivains, Jean-Pierre Maurel et Olivier Rolin.

Jean-Pierre Maurel

"Quand on lit le roman d'une traite, certes, il arrive beaucoup de moments où Anna Karénine nous irrite, mais c'est qu'elle est une sorte de proie de la fatalité, un personnage tragique au sens grec du terme, et à chacun des mouvements de son âme, elle est totalement sincère - ce qui n'est pas le cas de son amant, Vronsky. C'est la raison pour laquelle elle est si souvent dans le roman totalement déchirée, que ce soit dans ses rapports avec Karénine, Vronsky ou même avec ses enfants - Serge ou la petite fille qu'elle a avec Vronsky. Elle est extrêmement attachante, parce que bouleversante."

Olivier Rolin

"Lorsque j'ai lu Anna Karénine pour la première fois, il y avait dans ma mémoire, sa beauté qui m'avait marqué, en particulier, ses yeux gris - cela est dit dès le début quand elle débarque du train à Moscou, ses yeux gris que des cils très grands font paraitre plus sombres. L'ayant relu, s'il est vrai qu'elle est irritante, d'une injustice parfois révoltante avec Karénine, elle est ainsi, mais en même temps, elle est une image de l'amour, de la passion dévorante qui ne transige en rien. Elle est comme les grands personnages de romans, un personnage tout à fait ambigu ; on sent bien que Tolstoï l'aime profondément, qu'il est séduit, voire 'retourné' comme son héros, Levine, et hésite constamment entre "c'est une femme perdue", une pécheresse et c'est la personnification de l'amour. Cette ambiguïté-là en fait un des personnages romanesques les plus attachants de la littérature."

Anné Karénine, un personnage entre éblouissement et irritation

"Anna Karénine peut nous exaspérer par son comportement. Tolstoï décrit admirablement comment elle met de l'huile sur le feu, déclenche par exemple, tant de scènes à cause de sa jalousie. Ce qui pourrait nous agacer chez Anna Karénine, c'est sans doute aussi, une forme de cruauté, la cruauté de la passion ; la cruauté qui s'installe dans son rapport avec ses enfants, l'un comme l'autre [l'enfant légitime qui lui rappelle le père, et la petite fille, fruit de la passion coupable], sa cruauté surtout vis-à-vis de son mari, Karénine. Si Anna Karénine est un personnage bouleversant, Karénine l'est tout autant ; c'est un homme qui souffre cruellement, et elle est impitoyable, lorsqu'elle passe au crible ses défauts physiques".  Jean-Pierre Maurel

"C'est par elle et à cause d'elle que Vronsky ne l'aime plus". Alain Finkielkraut

Olivier Rolin

"Vronsky aime passionnément Anna Karénine jusqu'à la fin - s'il n'a pas cette espèce d'absolutisme de la passion qu'a Anna, il l'aime profondément, et c'est vraiment elle qui détruit le feu de son amour à lui. C'est l'inégalité de leur condition qui la rend folle, elle le répète ; Anna Karénine n'a pas d'autre issue, elle est entre les mains de Vronsky, tandis que lui peut s'en sortir, sa position sociale n'en est pas affectée. C'est ce qui fait qu'elle reproduit constamment ses soupçons, et cette description qu'elle fait du non amour que lui porterait Vronsky est totalement délirante (...)"

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur le haut de la page.

Bibliographie

Allan Bloom, L'Amour et l'Amitié, trad. de l'anglais, Pierre Manent, éd. Les Belles Lettres, 1993

Vladimir Nabokov, Littérature II Gogol, Tourguéniev, Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov, Gorki, éd. Fayard 1985

Milan Kundera, L'art du roman, éd. Gallimard 2018

Olivier Rolin, Vider les lieux, éd. Gallimard 2022