Droits de l'homme et démocratie

Une statue représentant la Justice à Bochum en Allemagne, février 2020.
Une statue représentant la Justice à Bochum en Allemagne, février 2020. ©AFP - Ina Fassbender
Une statue représentant la Justice à Bochum en Allemagne, février 2020. ©AFP - Ina Fassbender
Une statue représentant la Justice à Bochum en Allemagne, février 2020. ©AFP - Ina Fassbender
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Pour débattre de la place des droits de l'homme dans nos sociétés démocratiques, nous recevons les philosophes Justine Lacroix et Marcel Gauchet.

Avec
  • Justine Lacroix Professeur de science politique à l'université libre de Bruxelles, directrice du Centre de théorie politique
  • Marcel Gauchet philosophe et historien, directeur d'études à l'EHESS

Comme le rappelle utilement la philosophe Justine Lacroix dans le livre qu'elle a co-écrit avec Jean-Yves Pranchère Le procès des droits de l'homme : généalogie du scepticisme démocratique , l'idée que les hommes niassent libres et égaux en droit et la déclaration qui s'en suit ont longtemps fait l'objet de critiques sévères venues aussi bien du camp de la tradition que de celui de l'émancipation. Ces critiques n'ont pas survécu aux deux grandes expériences totalitaires du XX° siècle . Les droits de l'homme sont la valeur cardinale de notre temps , l'alpha et l'oméga de la morale collective. On s'y réfère constamment soit pour en dénoncer la violation, soit pour en réclamer l'application, soit pour en prolonger l'inspiration. Ils constituent le catéchisme d'un monde sans dieu , l’idiome des révoltes et des luttes, le viatique enfin d'une société qui ne croit plus que c'est en renversant la table qu'on change le monde.

Et ceux-là qui auraient combattu un ordre établi sur l'hypocrisie ou l'égoïsme des droits bourgeois de l'homme s'appuient maintenant sur les droits de l'homme pour combattre l'ordre établi. Nous allons parler aujourd'hui avec mes deux invités de cette consécration du progrès qu'elle accomplit, des problèmes éventuels quelle pose.

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Le premier problème que pose la notion même de droits de l'homme, c'est de s'imposer en tant que vérité évidente par elle-même comme le dit la déclaration d'indépendance américaine, hors histoire, comme un principe descendu du ciel en quelque sorte, qui ne s'inscrirait dans aucun devenir mais aurait une force d'évidence, dont on comprend très mal d'ailleurs comment elle n'aurait pas régner depuis les débuts de l'humanité si tel était le cas... Or, au contraire je crois qu'il est capital pour entendre les problèmes actuels avec cette puissance irrésistible des droits de l'homme, c'est de les réinscrire dans leur histoire. Marcel Gauchet

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