Faut-il avoir peur du wokisme ?

Jean-François Braunstein & Albert Ogien, chez Alain Finkielkraut, février 2023
Jean-François Braunstein & Albert Ogien, chez Alain Finkielkraut, février 2023 ©Radio France - Corinne Amar
Jean-François Braunstein & Albert Ogien, chez Alain Finkielkraut, février 2023 ©Radio France - Corinne Amar
Jean-François Braunstein & Albert Ogien, chez Alain Finkielkraut, février 2023 ©Radio France - Corinne Amar
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Débat autour de la question du wokisme, objet de vives discussions dans la sphère politique et intellectuelle : avec Albert Ogien et Jean-François Braunstein.

Avec

Alain Finkielkraut s'entretient avec Albert Ogien et Jean-François Braunstein, qui font paraître l'un et l'autre deux essais sur la question : le premier,  Emancipations, Luttes minoritaires, luttes universelles ? (éd. Textuel) et le second,  La religion woke (éd. Grasset). Avec ses invités, il revisite la notion de wokisme, ce mot dérivé de l'expression anglaise "être woke", signifiant littéralement, "être éveillé", et pose cette première question : "A quoi reconnaît-on un professeur, un militant, un chercheur woke ?"

"A la fin des années 80 du XXe siècle, apparaissait sur les campus américains la pensée politiquement correcte. Pour faire droit aux revendications des minorités ethniques et sexuelles, l'hégémonie exercée sur la culture par les dead white european males, les "mâles européens et morts", était remise en cause. Il fallait impérativement diversifier le patrimoine. Ce mouvement s'est amplifié, il est sorti de la seule sphère universitaire, il a gagné le Vieux continent et il a pris le nom de "wokisme". Faut-il en avoir peur ?"

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"A quoi reconnaît-on un professeur, un militant, un chercheur woke ?"

"Il faut d'abord l'écouter parler, voir ce qu'il en est de ses croyances. Le wokisme, c'est l'idée d'un éveil à la justice sociale. Aujourd'hui, les Woke se reconnaissent au fait qu'ils ne veulent pas être appelés woke. Pourtant, c'est quelque chose d'assez simple, c'est un corps de doctrines avec trois ou quatre thèses principales : première thèse, l'idée du genre, l'idée que la conscience que l'on a d'être homme, femme ou autre est plus importante que le corps ; deuxième thèse, l'idée de la théorie qui s'occupe de la race - si on veut être antiraciste, il faut toujours regarder la race, il ne faut jamais parler d'un humain universel ; troisième théorie, la théorie de l'intersectionnalité - c'est la partie politique du wokisme - et une thèse qui est moins connue, mais qui me semble la plus importante, qui est la théorie de l'épistémologie du point de vue : c'est une philosophie de la connaissance, qui explique qu'il n'est pas possible d'arriver à une connaissance objective, toute science est toujours située du point de vue des dominants ou des dominés, et donc, c'est une critique radicale de la science." Jean-François Braunstein

"Le wokisme, ça ne se reconnaît pas comme ça sur le visage de quelqu'un" (J-F. Braunstein)

"C'est une théorie assez  - pas tout à fait mais  - assez cohérente qui fait marcher ces quatre points de vue. Effectivement, l'ouverture d'esprit n'est pas toujours présente, et quand on critique ce genre de thèse, on a souvent des réactions, pour le moins virulentes. " Jean-François Braunstein

"Le wokisme est véritablement une invention idéologique" (A. Ogien)

"Première chose, le wokisme n'est pas une théorie globale avec des éléments convergents. Je reconnais bien les quatre éléments cités, je pense qu'ils sont contradictoires, disparates, et qu'ils offrent des ouvertures tout à fait différentes, qu'on ne peut pas résumer en un seul terme. Le wokisme est véritablement une invention, idéologique, qui vient contrer l'ensemble des choses que Jean-François Braunstein a énoncées. Il y a toujours des modalités tout à fait différentes, c'est pourquoi à la question "à quoi reconnaît-on le wokisme d'un professeur, d'un chercheur ou d'un militant", je pense que ça s'appliquerait assez bien à des militants. A titre personnel, je connais très peu de chercheurs, de professeurs qui défendraient le point de vue dans lequel il n'y a pas de vérité." Albert Ogien

"Il existe en revanche des domaines de recherche tout à fait légitimes sur les questions de la race, sur les nouvelles questions, et je comprends très bien qu'elles puissent un peu déstabiliser des personnes qui avaient un corpus d'enseignement très lisse, très cadré. Depuis une trentaine d'années, ces domaines-là, les études de race, de genre, se sont développés, sont devenus des domaines internationaux, on ne peut pas faire fi de ces choses-là. Et il y a une vérité à développer." Albert Ogien

Bibliographie :

Bérénice Levet, Le courage de la dissidence, éd. L'Observatoire 2022

François Cusset, La haine de l'émancipation, éd. Tracts Gallimard 2023

Albert Ogien,  Emancipations, Luttes minoritaires, luttes universelles ? éd. Textuel 2022

Jean-François Braunstein,  La religion woke, éd. Grasset 2022

"Une vague de folie et d’intolérance submerge le monde occidental. Venue des universités américaines, la religion woke, la religion des "éveillés" emporte tout sur son passage : universités, écoles et lycées, entreprises, médias et culture.
Au nom de la lutte contre les discriminations, elle enseigne des vérités pour le moins inédites." Jean-François Braunstein La religion woke

"Les oppositions – si courantes – entre universalité et particularité, question sociale et question raciale, République et 'politique des identités' sont trompeuses. Toute lutte d’émancipation – féministe, décoloniale, homosexuelle, etc. – aussi particulière soit-elle porte toujours en elle une part d’universel." Albert Ogien Emancipations, Luttes minoritaires, luttes universelles ?

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