Jeans Starobinski
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Jeans Starobinski ©Getty - Sophie Bassouls
Jeans Starobinski ©Getty - Sophie Bassouls
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Résumé

Jean Starobinski (1920-2019), historien des idées, essayiste, médecin psychiatre suisse, chez lui, à Genève.

avec :

Jean Starobinski (Ecrivain, philosophe et professeur d'histoire des idées à l'Université de Genève (1920-2019)).

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En 2013, le philosophe, Jean Starobinski, recevait chez lui, à Genève, Alain Finkielkraut avec qui il s'entretenait de sa fidélité à Jean-Jacques Rousseau.

"J'ai le grand honneur aujourd'hui d'accueillir Jean Starobinski  et d'être accueilli par lui, à Genève, pour cette émission. C'est d'abord l'occasion d'exprimer ma gratitude : je me souviens de mon éblouissement quand, étudiant en lettres, j’ai lu Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l'obstacle. Ce fut comme une révélation. Rousseau me devenait clair, mais aussi le monde moderne qu'il avait si puissamment contribué à façonner par sa critique même. La dette que j'ai contractée alors envers Jean Starobinski  s'accroît ces jours -ci avec la parution d'un nouveau livre sur Rousseau : Accuser et séduire, 1958- 2012.* Entre ces deux dates il y eut aussi, par exemple, Largesse, et *Le Remède dans le mal." (Alain Finkielkraut)

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Jean Starobinski
Jean Starobinski
© Radio France - Didier LAGARDE

A Jean Starobinski, Alain Finkielkraut posait cette première question : "D'autres auteurs vous ont sollicité, Jean Starobinski, mais Rousseau vous accompagne depuis toujours. D'où vient cette fidélité ?"

Jean Starobinski

Lorsque la littérature a commencé à compter pour moi - mon père était abonné à La Nouvelle Revue française, il arrivait beaucoup de revues dans notre boîte aux lettres - je me faufilais quelquefois à l'Université, j'étais encore collégien, et c'était pour écouter le cours de Marcel Raymond. Son cours était sur Rousseau. Je me rappelle la manière dont Marcel Raymond rendait présent Rousseau tout simplement, d'abord en le lisant. Je me souviens tout particulièrement de ces pages où Rousseau raconte ses amours pour Madame d'Houtetot, La lecture de Raymond, patiente, tranquille, bien timbrée apportait l'ensemble de l'image de cette passion, et ensuite, venait le commentaire - quelquefois long, mais toujours respectueux, et très souvent, à la fin même du commentaire, c'est le texte qui revenait.

Ca se passait dans les années 30, et c'était mes premiers contacts avec ce bâtiment de l'Université, où presqu'en même temps, j'allais écouter ce qu'annonçait le Journal, la soutenance de thèse d'Albert Beguin, "De Baudelaire au surréalisme". Et le dialogue s'engageait entre le candidat et ses jurés, ses membres du jury, l'un d'eux étant Marcel Raymond. En même temps que l'âme romantique et le rêve de Raymond paraissait "De Baudelaire au surréalisme", de Beguin.

"Rousseau, une séduction et un lien fraternel"

Ainsi ces deux maîtres de ce qu'on a appelé L'Ecole de Genève nous parlait d'un passé, mais dont le présent de la littérature avec le surréalisme étudié par Marcel Raymond, avec le romantisme allemand étudié par Beguin était singulièrement insistant et présent. Ce qui se perpétue pour moi maintenant est quelque chose qui a germé à la fin des années 30, au point que maintenant Rousseau est devenu un compagnon.

"Rousseau, c'est aussi Jean-Jacques, un prénom"(Alain Finkielkraut)

On peut s'interroger en effet sur ce très long compagnonnage ; cela ne tient-il pas à cette place très singulière qu'occupe Rousseau dans la galaxie des grands auteurs ? Un grand auteur, traditionnellement, nous donne à voir ce qu'il a de plus intelligent, et il élimine le reste ; il nous impressionne, nous intimide, exerce sur nous parfois, une sorte de terreur, or Rousseau qui est un génie de la philosophie, de la langue, de la littérature, ne produit jamais cet effet ; il expose ses faiblesses, ses ridicules, sa bêtise aussi, il est trop timide pour les Salons, trop empoté pour être galant… Est-ce que cela n'introduit pas un lien tout particulier avec son lecteur ? Rousseau, pour le lecteur, c'est aussi Jean-Jacques, un prénom (…)

L'intégralité de l"émission est à écouter en cliquant dans le haut de la page.

Jean Starobinski  est né à Genève en 1920 où il est mort le 6 mars 2019. Il était Professeur honoraire à l'Université de Genève, membre de l'Institut de France. Des études de lettres et de médecine l’ont conduit à explorer à la fois la voie de l’histoire des idées, de la littérature et de la médecine, et celle de la critique littéraire et artistique.