L'école républicaine a-t-elle un avenir ?

L'école pour tous
L'école pour tous ©Getty - Willie B. Thomas
L'école pour tous ©Getty - Willie B. Thomas
L'école pour tous ©Getty - Willie B. Thomas
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Quand un certain désenchantement plane sur l'Education nationale : débat autour de la question avec Camille Dejardin et Mathilde Brezet.

Avec
  • Mathilde Brézet Professeur agrégée de lettres classiques
  • Camille Dejardin Docteur en sciences politiques, professeur de philosophie

Alain Finkielkraut s'entretient avec les universitaires, Camille Dejardin, auteure de Urgence pour l'école républicaine (essai paru aux éd. Gallimard), et Mathilde Brezet.

"La dévaluation de l’enseignement public ratifie l’abandon de ceux qui n’ont que l’école pour s’élever.
Ce qui se joue à l’école concerne chacun de nous du fait de ses conséquences sur la société. Or l’ascenseur social républicain n’opère plus. L’école trahit ses usagers, ses acteurs et, surtout, ses promesses d’égalité des chances par l’instruction et l’éducation à la citoyenneté." Camille Dejardin, Urgence pour l'école républicaine.

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"En 1989, Christian Baudelot et Roger Establet publiaient une enquête sur l'éducation en France fouillée et chiffrée, au titre décoiffant, Le niveau monte. Nous sommes en 2022, et l'optimisme n'est plus vraiment de mise. Même la sociologie, malgré ses efforts, malgré son infatigable bonne volonté, ne peut dissimuler la situation. Bien que nous vivions sous le climat de la déconstruction tous azimuts, le gouvernement du nouveau quinquennat devrait s'assigner pour première mission la reconstruction de l'école. Je ne sais pas si tel est le cas, l'objectif du Président de la République et de son Ministre de l'Education (…). Première question posée à nos deux invitées : Quel est l'état exact de l'enseignement secondaire en France ?" Alain Finkielkraut

"L'état exact de l'enseignement secondaire en France est évidemment difficile à connaître, puisque condenser un état des lieux de l'éducation en un certain nombre d'indicateurs chiffrés - comme on le dit aujourd'hui - porte nécessairement le risque d'introduire des biais dans la mesure. Il faut d'abord savoir ce que l'on mesure, comment, et comment on réduit une situation éminemment complexe, plurielle - par la pluralité des filières, mais aussi par la diversité des situations entre les établissements - en une certaine série de chiffres prétendument éclairante pour l'action publique. Ce qui m'a interpellée, c'est qu'un certain désenchantement plane sur l'Education nationale et notamment, dans le secondaire. Et ce qui est sûr, c'est que même les indicateurs chiffrés aujourd'hui, ne sont plus à l'optimisme." Camille Dejardin

Tracts, le podcast
9 min

"Les rapports de l' OCDE, par exemple, pointent un décalage flagrant entre les objectifs ou la prétention de la France à avoir un système éducatif républicain exemplaire, égalitaire - fondé sur l'égalité des chances - et, jusqu'à il y a peu, une certaine excellence notamment en mathématiques - qui n'existe plus - mais l'OCDE elle-même pointe des performances éducatives extrêmement basses, inférieures aux moyennes européennes, en baisse depuis vingt ans, et alarmantes à deux titres ; la baisse de maîtrise des savoirs fondamentaux, comme l'expression en langue française et l'organisation logique de la pensée et des mathématiques d'une part ; et d'autre part, le décrochage des filles dans l'enseignement des sciences et des mathématiques. Et là, l'OCDE pointe directement la responsabilité de la réforme Blanquer qui a divisé les cursus, abolis le bac général en quelque sorte au profit d'un bac à la carte (...)" Camille Dejardin

Camille Dejardin : "le taux de diplômés en France monte, mais le niveau des connaissances baisse"

"Je crois que c'est une certitude, je ne pourrais pas contredire le diagnostic de Camille Dejardin ; le niveau de la syntaxe des élèves est parlant dès qu'on peut les lire ou les entendre s'exprimer à l'oral. Ce qui me frappe moi, au-delà de la question du niveau ou encore, des ressources humaines dont on a beaucoup entendu parler cet été avec cette pénurie de professeurs, c'est le rétrécissement de l'horizon éducatif que l'on se donne dans l'Education nationale et dans ces institutions". Mathilde Brezet

"Les discours qui circulent entre les éducateurs, entre les chefs d'établissements, parmi les professeurs, sont très souvent réduits à des finalités très techniques, pragmatiques. L'Éducation nationale en fait, est à bout de souffle, parce qu'on a oublié la finalité de l'éducation. Personne ne se demande jamais ce qu'est un élève et ce dont il a besoin. Nous avons le nez dans différents indicateurs, dans tous ces systèmes de référents, et nous sommes pris dans des finalités parfois complètement extérieures à celles de l'école." Mathilde Brezet

"On continue à penser l'école pour la société. Une des grandes questions pour l'éducateur est :  est-ce qu'on va penser l'école pour l'élève ou pour la société ?Mathilde Brezet

Sources bibliographiques

Camille Dejardin Urgence pour l'école républicaine (éd. Gallimard)

Iannis Roder, La jeunesse française, l'école et la République (éd. L'Observatoire)

**Emmanuel Kant, Vers la paix perpétuelle, Que signifie s'orienter dans la pensée ? Qu'est-ce que les Lumières ? (éd. GF)

**Alain Finkielkraut, Peter Sloterdijk, Les battements du monde, Dialogue (éd. Fayard)

Camille Dejardin, John Stuart Mill, libéral utopique, Actualité d'une pensée visionnaire (ed. nrf Gallimard)

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur la page.

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