La révolution féministe

Cinq ans après MeToo, où en sommes-nous ?
Cinq ans après MeToo, où en sommes-nous ? ©Getty - Iryna Khabliuk / EyeEm
Cinq ans après MeToo, où en sommes-nous ? ©Getty - Iryna Khabliuk / EyeEm
Cinq ans après MeToo, où en sommes-nous ? ©Getty - Iryna Khabliuk / EyeEm
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Débat autour de la question de la révolution féministe avec Cynthia Fleury et Eugénie Bastié. Cinq ans après #MeToo, où en sommes-nous ? 

Avec

Alain Finkielkraut s'entretient avec la philosophe Cynthia Fleury et Eugénie Bastié, journaliste aux pages " Débats et opinions " du Figaro et essayiste, à propos de la révolution féministe.

"Le 5 octobre 2017, le New-York Times publiait la première enquête révélant les accusations de viols et d'agressions sexuelles contre le producteur hollywoodien, Harvey Weinstein. Quelques jours plus tard, le 15 octobre, une actrice américaine, Alyssa Milano, postait ce tweet : "Si toutes les femmes ayant été harcelées ou agressées sexuellement, écrivaient Moi aussi, nous pourrions peut-être montrer aux gens l'ampleur du problème." Ainsi, commença la déferlante #MeToo. Le 5 octobre 2022, le journal Le Monde revient sur cet événement fondateur avec un grand article intitulé "Me Too, les cinq ans d'une révolution". Est-ce le terme qui convient ? Sommes-nous les témoins, les protagoniques - peut-être pour certains, les victimes - d'une révolution en marche ? La question est posée à nos deux invitées." Alain Finkielkraut

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"Une révolution en marche, je l'espère, ce serait ma première proposition : on n'a certainement jamais vu depuis longtemps un tel acte, mondialisé qui plus est, un tel acte de "dépatriarcatisation". Cynthia Fleury

"Me Too qu'est-ce que c'est ?" (C Fleury)

"C'est un mouvement global de déconstruction appliquée - déconstruction conceptuelle, culturelle, déconstruction également des invisibilités économiques et de la question d'égalité des genres, et c'est une déconstruction appliquée de ce que Françoise Héritier avait appelé la balance sexuelle, c'est-à-dire en gros - et voilà pourquoi c'est une révolution - ce qui a organisé de manière civilisationnelle le monde ; le patriarcat, le sexisme, la misogynie comme culture de base - ce qu'on appelle la dévalorisation du sexe féminin. Avec un grand invariant civilisationnel, selon Levi-Strauss, le tabou de l'inceste ; et puis, l'autre, le deuxième grand invariant, selon Héritier, et sans doute le premier, parce que l'inceste est également construit sur la dévalorisation du sexe féminin, ce qu'elle avait appelé la "balance sexuelle". Donc, MeToo, c'est d'abord ça, en somme, cette déconstruction appliquée à tous les sujets de la manière la plus banale possible. Avec un renversement un peu particulier, qui est que les femmes pendant toute leur histoire ont subi la diffamation publique - dès qu'elles se permettaient de prendre la parole dans la sphère publique, elles étaient déjà destituées : par la rumeur, par la diffamation publique. Leur parole était dénigrée. Voilà en quoi c'est un procédé révolutionnaire." Cynthia Fleury

"Je ne parle pas de révolution, pour ma part, parce que je pense que la révolution et déjà advenue en matière sexuelle. La révolution sexuelle date des années 1970, et le patriarcat a déjà été déconstruit par cette révolution sexuelle. Qu'est-ce que le nœud du patriarcat, sinon l'appropriation du corps des femmes par les hommes, et, à partir du moment où la révolution sexuelle permet aux femmes le contrôle de la procréation à travers la contraception et l'avortement, ce patriarcat voit ses fondements effrités." Eugénie Bastié

"On peut distinguer deux MeToo : un Me Too mediatico-politique et un MeToo des femmes ordinaires" (E. Bastié)

"Je pense qu'on peut distinguer deux MeToo : un Me Too spectaculaire, médiatico-militant qui veut imposer un agenda néo féministe bien précis, avec une vision idéologique du monde qui consiste à relire les rapports hommes-femmes occidentaux sous le prisme d'un rapport uniquement dominants-dominées, et un Me Too des femmes ordinaires, plus concret, où l'on peut voir des aspects plus positifs dans cette libération de la parole." Eugénie Bastié

L'émission est à écouter dans son intégralité en cliquant sur le haut de la page.

Bibliographie

Eugénie Bastié, Le porc émissaire, éd. du Cerf, 2018

Eugénie Bastié, Adieu Mademoiselle éd. du Cerf, 2016

Cynthia Fleury, Ci-gît l'amer ; guérir du ressentiment, éd. Gallimard 2020

Philip Roth, J'ai épousé un communiste, éd. Gallimard 2004

Eugénie Bastié, La guerre des idées, éd. Robert Laffont, 2021

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