Toulouse, 10 avril 2022
Toulouse, 10 avril 2022
Toulouse, 10 avril 2022 ©AFP - Lionel BONAVENTURE /
Toulouse, 10 avril 2022 ©AFP - Lionel BONAVENTURE /
Toulouse, 10 avril 2022 ©AFP - Lionel BONAVENTURE /
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Résumé

Une certaine image de la France, avec Jacques Julliard et Jérôme Fourquet.

avec :

Jacques Julliard (Historien, journaliste et essayiste), Jérôme Fourquet (analyste politique, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l'institut de sondages IFOP.).

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Alain Finkielkraut évoque la réélection d'Emmanuel Macron comme Président de la République, et s'entretient avec l’historien, essayiste et journaliste, Jacques Julliard, auteur de Comment la gauche a déposé son bilan (éd. Flammarion) et le politologue, Jérôme Fourquet, à qui on doit, L'archipel français, naissance d'une nation multiple et divisée (éd. Seuil, 2019), et La France sous nos yeux (co-écrit avec Jean-Laurent Cassely, éd. Seuil 2021).

"Emmanuel Macron a donc été réélu dans un fauteuil, et à la différence de François Mitterrand comme de Jacques Chirac, il n'a pas eu besoin de la cohabitation pour se refaire une virginité politique et pour que soit renouvelé son bail élyséen. Incontestable, impressionnante même, cette victoire a aussi quelque chose de paradoxal ; Emmanuel Macron ne connaîtra pas l'état de grâce. Les électeurs qui ont choisi Marine le Pen et la plupart des abstentionnistes ne se contenteront pas de le critiquer, ils le détestent, voire le haïssent. Avec nos invités, Jacques Julliard et Jérôme Fourquet, bilan de la campagne que nous venons de vivre. " Alain Finkielkraut

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"En quelques décennies, tout a changé. La France, à l’heure des gilets jaunes, n’a plus rien à voir avec cette nation une et indivisible structurée par un référentiel culturel commun. Et lorsque l’analyste s’essaie à rendre compte de la dynamique de cette métamorphose, c’est un archipel d’îles s’ignorant les unes les autres qui se dessine sous les yeux fascinés du lecteur (...)." Jérôme Fourquet, L'archipel français

"Longtemps les Français ont compris sans effort ce qu’était la gauche : le parti de l’universel, dont la démocratie, l’éducation nationale, la laïcité, la justice sont en somme des modalités.
La République a été fondée à la fin du XIXᵉ siècle sur ces valeurs, sans la moindre équivoque, et une grande partie du peuple, des ouvriers aux paysans, des fonctionnaires aux enseignants, des artisans aux cadres, se reconnaissaient en elles. Et puis, un jour, nous sont venues des États-Unis, sous le nom paradoxal de French Theory , des idées qui étaient la négation même de cet idéal."
 Jacques Julliard, Comment la gauche a déposé son bilan.

Jacques Julliard

"L'impression majeure que je retiens de cette campagne, c'est une sorte de gigantesque huis-clos, à l'échelle de la nation par rapport au reste du monde."

"Il y a bien des manières de juger cette campagne de l'intérieur, mais il se trouve qu'elle se déroule alors que le monde est en train de changer"

"Il y a bien des manières de juger cette campagne de l'intérieur, mais il se trouve qu'elle se déroule alors que le monde est en train de changer - la guerre d'Ukraine est en train d'évoluer, au point qu'on peut se demander si ce n'est pas en train de devenir la guerre de l'Europe voire, pour certains, une guerre mondiale. Or ceci a été totalement absent de la campagne électorale. Autrement dit, la désignation du président de la République porte sur un domaine assez particulier, très important, naturellement - tout ce qui touche à la politique intérieure - et la conséquence, c'est de lui donner une sorte de blanc-seing, en politique étrangère. C'est ce qui a rabougri cette campagne et ne lui a pas donné toute l'ampleur qu'elle méritait. On eût dit plutôt une campagne, pour désigner un premier ministre."

"Je reviens à la question du pouvoir d'achat. La question du pouvoir d'achat a été au centre de la campagne, mais il n'est pas certain que le classement des différents problèmes par ordre d'importance où en effet, le pouvoir d'achat arrive toujours en tête, soit totalement significatif de ce qui est le plus important. Autrement dit, il est assez naturel que dans toute société, les conditions de vie soient prioritaires - se nourrir, se loger…, etc. - et cela renvoie toute question autre au second plan - moyennant quoi, cela ne veut pas dire que les questions qui viennent après - la question ukrainienne, entre autres - n'ont pas été décisives."

Jérôme Fourquet

"Je pense en effet comme Jacques Julliard, qu'il y avait un large consensus dans la société française sur l'attitude à tenir face au conflit en Ukraine, et que Emmanuel Macron a pu s'appuyer dessus. Ce conflit, venu percuter la campagne, a gravement obéré la dynamique qui s'est dessinée en faveur d'Eric Zemmour - catalogué parmi les "pro-Poutine", et celui qui a pris la poudre pour tous les autres. Cette crise ukrainienne a eu effectivement une implication majeure dans le déroulement de la fin de la campagne."

"J'userai de la métaphore maritime des rochers qui affleurent en permanence, y compris à marée haute ; c'est-à-dire que, même quand on ne les voit pas trop, ils sont là."

"Cette angoisse existentielle identitaire sur la continuité du pays,  étreint toute une partie de la population, et c'est ce qui explique qu'un candidat comme Eric Zemmour soit parvenu à percer aussi haut dans les sondages"

"Et cette angoisse existentielle identitaire sur la continuité du pays, sur le fait que la France continue de ressembler à la France, étreint toute une partie de la population, et c'est ce qui explique qu'un candidat comme Eric Zemmour, sans véritable mise de départ initiale importante - pas de troupes, pas d'élus - hormis son capital médiatique, son talent de polémiste, soit parvenu à percer aussi haut dans les sondages. Si cela a été rendu possible, c'est aussi parce qu'il y avait un terreau fertile. Ce terreau a-t-il pour autant disparu, une fois sa candidature battue en brèche ? Tels les rochers dans la mer, ces sujets-là sont toujours là."