Milan Kundera
Milan Kundera - C.Helie  Gallimard
Milan Kundera - C.Helie Gallimard
Milan Kundera - C.Helie Gallimard
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Milan Kundera, dans sa façon de concevoir le roman, marque un tournant dans l'histoire de la littérature. Les écrivains Guy Scarpetta et Lakis Prodiguis décrivent la spécificité de l'écriture romanesque de Kundera.

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Dans les années 1970, l'Université était en proie au démon de la théorie, comme le titre de l'ouvrage de l'écrivain Antoine Compagnon. On ne jurait que par le signifiant, le texte, la structure. On dénonçait l'illusion référentielle, on refermait l'oeuvre sur elle-même. On s'enivrait du passage de l'écriture d'une aventure à l'aventure de l'écriture. La modernité se définissait par la rupture avec la représentation. Puis arrive Milan Kundera, qui nous raconte sans ciller une histoire toute différente.

L'auteur de L'Insoutenable légèreté de l'être (1984) se présente comme un praticien et un amoureux de l'art moderne. Il avance que la modernité, ce n'est pas la rupture, mais c'est avancer vers de nouvelles découvertes sur la route héritée. Il nous dit aussi que le roman est "un travail d'exploration de l'existence". 

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La Compagnie des auteurs
59 min

Afin de débattre des actualités du grand auteur d'origine tchèque, Alain Finkielkraut reçoit les écrivains Guy Scarpetta et Lakis Prodiguis. Tous trois ont été profondément bouleversés par la découverte de l'oeuvre de Kundera.

Cette expérience de l'avant-garde qui avait dominé les années 1970 en était arrivée à un point d'épuisement. Kundera, pour moi, a remis les pendules à l'heure, d'une certaine façon. Il a permis d'insérer l'expérience littéraire et romanesque à la fois dans une autre histoire et dans une autre généalogie. Et d'opérer un retour de notions qu'on avait déclarées périmées auparavant, comme la représentation, le personnage, l'intrigue etc. Mais un retour qui n'était pas une simple réplique. C'était plutôt une manière de reprendre, de revivifier, de réactiver des notions qu'on avait un peu trop vite condamnées. Et ça ouvrait sur une fantastique liberté d'écriture. Guy Scarpetta 

À réécouter : L'oeuvre de Milan Kundera
La Grande table (1ère partie)
1h 27

Écrivain de romans, Milan Kundera est également l'écrivain des écrivains, tant il en a influencé, notamment avec L'Art du roman (1992), son grand essai sur la littérature : 

Le chemin du roman se dessine comme une histoire parallèle des Temps modernes. Si je me retourne pour l’embrasser du regard, il m’apparaît étrangement court et clos. N’est-ce pas Don Quichotte lui-même qui, après trois siècles de voyage, revient au village déguisé en arpenteur ? Il était parti, jadis, pour choisir ses aventures, et maintenant, dans ce village au-dessous du château, il n’a plus de choix, l’aventure lui est imposée : un misérable contentieux avec l’administration à propos d’une erreur dans son dossier. Après trois siècles, que s’est-il donc passé avec l’aventure, ce premier grand thème du roman ? Est-elle devenue sa propre parodie ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Que le chemin du roman se termine par un paradoxe. Milan Kundera, "L'Art du roman"

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