Penser l'écologie
Penser l'écologie
Penser l'écologie ©Getty - Crédits :Qi Yang
Penser l'écologie ©Getty - Crédits :Qi Yang
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Résumé

Un débat autour de l'écologie à l'heure de la crise climatique et des répercussions sur notre planète.

avec :

Alain Lipietz (économiste, ancien député Vert européen), Bérénice Levet (Philosophe et essayiste).

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Alain Finkielkraut s'entretient avec la philosophe, Bérénice Levet, essayiste, auteure de L'écologie ou l'ivresse de la table rase (éd. de L'Observatoire) et Alain Lipietz, économiste, ancien directeur de recherche au CNRS, qui fut député Vert européen pendant dix ans (1999-2009) et publie Face à la toute urgence écologique, la révolution verte (éd. Les Petits matins).

"L’écologie a gagné la bataille des esprits, la chose est incontestable. Cependant, telle qu’elle s’incarne aujourd’hui chez Les Verts et certains socialistes, ou dans les mouvements associatifs et militants (animaliste, antispéciste, végan, zaddiste), elle est engagée dans une vaste, furieuse et funeste entreprise de déconstruction de nos sociétés." Bérénice Levet

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"Après les cataclysmes climatiques de l’été 2021 et la tragédie planétaire du Covid-19, on ne peut plus en douter : face à la crise écologique mondiale, nous sommes passés de l’urgence à la toute-urgence. Et les résistances qui perdurent ne sont plus de l’ordre des incertitudes scientifiques, mais d’un blocage politique : il faut donc une Révolution verte ! Mais laquelle et comment ?" Alain Lipietz

"Le grand livre de Hanz Jonas, 'Le principe responsabilité'**, s'ouvre par ces mots : 'De Prométhée définitivement déchaîné auquel la science confère des forces jamais encore connues, et l'économie, son impulsion effrénée réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties empêche le pouvoir de l'homme de devenir une malédiction pour lui'. Ce que Hans Jonas entend démontrer, c'est que la grande promesse moderne d'une maîtrise toujours plus grande sur la nature s'est inversée sans crier gare en menace (...)" Alain Finkielkraut**

Que penser de cette expression qu'on appelle "l'urgence écologique"?

Bérénice Levet

"Je ne ferai pas mienne cette expression, car à chaque fois qu'on invoque l'urgence, c'est précisément pour poser un éteignoir sur toute discussion. Je refuse la notion d'urgence écologique, en revanche je prends tout à fait acte de l'importance des questions écologiques. Effectivement, nous en sommes à un moment où il nous faut nous réconcilier avec le donné de l'existence.

En entendant cet extrait de Hans Jonas, je pensais à un texte rarement exploité de Hannah Arendt, écrit en guise des conclusions aux 'Origines du totalitarisme', dans lequel elle dit ceci : 'Si nous voulons tirer les leçons de ce qui vient de se produire, il s'agit de choisir entre deux voies ; soit nous continuons sur la pente ouverte par la modernité de la maîtrise infinie de toute chose et entrons en rébellion contre les données de l'existence, soit nous nous réconcilions avec ce qui nous est donné et nous apprenons à l'aimer, et nous nous inspirons du modèle des Grecs'. Elle écrit cela en 1951, dix ans après, elle écrit la préface à la Condition de l'homme moderne, et elle observe que nous nous sommes engagés sur la voie des modernes. Elle dit alors une chose incroyable : le monde moderne qui a commencé avec la répudiation de Dieu le Père, se terminera t-il avec le congé donné à la nature ?

La nature, c'est précisément ce principe de l'imitation de finitude, et c'est là que je ne suis pas certaine de l'écologie telle qu'elle s'incarne aujourd'hui, politiquement…"

Alain Finkielkraut : "Transformer le ressentiment en gratitude. Gratitude, une expression fondamentale, dans ce texte, chez Hannah Arendt".

Alain Lipietz

"Nous partons d'une situation qui est fortement dégradée - il faut bien le reconnaître - dans laquelle le monde est opposé à l'homme d'abord, et ce monde est, soit considéré comme une menace soit comme à transformer complètement. Les écologistes sont ceux qui disent 'attendez, nous faisons partie de ce monde et nous faisons partie de la nature, et si nous la détruisons nous nous détruisons nous-mêmes'. C'est le premier point le plus important, le second point est la question du temps, de la temporalité ; ce n'est pas la même chose, à Athènes, de détruire une forêt, pour construire des bateaux de bois ou une muraille de bois, pour combattre les Perses, ou de détruire la forêt de Fontainebleau, comme le dit George Sand, qui peut avoir des effets géophysiques, et compromettre la vie sur la terre".

Bérénice Levet

"Moi, je défends aussi Homo faber, c'est bien le passage de la technique à la technoscience qui a été destructeur pour le monde ; en revanche, l'homme est Homo faber, le fait que l'homme travaille à aménager le séjour terrestre est une  heureuse chose. La nature ne nous est pas spontanément amicale, donc dompter cette nature, la rendre douce à l'homme, est un bien. Il faut aussi réviser le procès intenté au christianisme ; les plus belles œuvres de la peinture ont été peintes, commandées souvent par le christianisme, inspirées, et c'est une manifestation de gratitude à l'endroit de la Création avec une majuscule. Et il y a un œil qui est encouragé aussi par le fait de regarder le monde comme création de Dieu (…)"

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur le bouton en haut de la page.

Bibliographie

Bérénice Levet, L'écologie ou l'ivresse de la table rase (éd. de L'Observatoire)

Alain Lipietz, Face à la toute urgence écologique, la révolution verte (éd. Les Petits matins)

Jean-Marc Jancovici, Le monde sans fin, miracle économique et dérive énergétique (Christophe Blain, Scénario, Dessin, Jean-Marc Jancovici, Scénario), éd. Dargaud

Salon du Dessin de Paris (18-23 mai 2022)

La Chouette effraie (évoquée par Bérénice Levet dans l'émission). Affiche du Salon du Dessin à Paris, Palais Brongniart
La Chouette effraie (évoquée par Bérénice Levet dans l'émission). Affiche du Salon du Dessin à Paris, Palais Brongniart
- Palais Brongniart