La littérature, une affaire politique ?
La littérature, une affaire politique ? ©Getty - Fuse
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Toute œuvre littéraire est-elle politique ? Débat avec Vincent Berthelier et Alexandre Gefen.

Avec
  • Alexandre Gefen directeur de recherche CNRS
  • Vincent Berthelier Maître de conférences en littérature française à l’université Paris Cité

Alain Finkielkraut s'entretient avec Alexandre Gefen, historien de la littérature, et Vincent Berthelier, docteur en langue française et maître de conférences, autour de la question du lien entre littérature et politique, du rôle de la littérature, de son enseignement, de la transmission. Alexandre Gefen est l'auteur de La littérature est une affaire politique (Editions L'Observatoire) ; Vincent Berthelier fait paraître Le style réactionnaire, de Maurras à Houellebecq (Editions Amsterdam).

"Dans une société avide de spectacle, on feint trop souvent de croire que la littérature sert de pur divertissement. Cette enquête auprès de vingt-six écrivains contemporains montre le contraire : la littérature est avant tout une affaire politique. C’est le constat de ce livre, composé d’entretiens inédits - Annie Ernaux, Alice Zeniter, Aurélien Bellanger, Leïla Slimani, Mathias Énard... Les écrivains français sont loin de prôner une indifférence esthète à l’égard des problèmes politiques de leur pays. (...)" Alexandre Gefen

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"En matière de littérature et de style, dit-on, les conservateurs révolutionnent et les révolutionnaires conservent. Les amis du peuple parlent le français de Richelieu, les amis de l’ordre jargonnent comme des Apaches. L’idée a la peau dure : remontant au moins à Stendhal, il n’est pas rare de la trouver sous la plume des réactionnaires d’aujourd’hui, chez Houellebecq, par exemple, qui fait dire à l’un de ses personnages que tous les grands stylistes sont des réactionnaires. La droite ferait passer le style avant toute chose. (...)" Vincent Berthelier.

"Alexandre Gefen a réuni sous le titre La littérature est une affaire politique, des entretiens avec près de trente auteurs contemporains dont l'un d'eux, Philippe Forest, dit notamment ceci : " Toute œuvre littéraire est politique, implicitement ou explicitement, consciemment ou inconsciemment, par ce qu'elle dit et aussi bien, par ce qu'elle tait. Cela n'implique pas nécessairement de prises de position militantes (…)." Qu'en pensent nos invités ? Alain Finkielkraut.

"Je crois entendre une certaine inquiétude vis-à-vis de l'idée que tout soit politique et qu'il n'y ait plus d'espace protégé" (A. Gefen)

"Que la littérature ne soit plus un espace de retrait, où on ferait silence du monde pour revenir à soi, revenir à des grandes questions qui échapperaient aux politiques, aux idéologies ; je crois que pour comprendre la réponse de Philippe Forest - qui est largement partagée par les 26 écrivains que j'ai interrogés - il faut comprendre les conditions concrètes de la vie de l'écrivain d'aujourd'hui - qui est en permanence appelé à participer à des résidences d'écriture, à des débats avec les lecteurs, à répondre à une demande d'intelligibilité de la société qui l'appelle à comprendre des souffrances sociales, les crises et tout une série de questionnements par rapport auxquels le roman offre des armes".

"En quoi et par quels moyens la littérature participe-t-elle aujourd'hui de la politique ? Les écrivains que j'ai interrogés nous disent que la littérature, parce qu'elle montre, parce qu'elle dévoile - comme disait Sartre - certaines questions sociales, participe d'une conscience ou d'un inconscient global de la société. Par ailleurs, par le travail du style, de la langue, elle contribue à configurer nos sensibilités, à faire entrer tel ou tel vocabulaire, à modifier nos perceptions." Alexandre Gefen

"Ce qui me paraît important à souligner, c'est plutôt cette nouvelle attention au politique qu'on a dans nos manières de lire" (V. Berthelier)

"Je constate cela dans tous les mouvements de relectures, de redécouvertes d'auteurs plus anciens du XXe siècle, et de discussions du canon. Derrière ces relectures, il me semble que dans la volonté de remettre au goût du jour tel ou tel auteur, il y a un désir de définir, de discuter, redélimiter le champ du politique. Je pense par exemple à cette découverte de certaines autrices qu'on relit, qu'on veut remettre à leur place, à la place qui leur serait due pour des raisons politiques - et dans ces relectures, il me semble qu'il y a, non pas des conflits, mais des concurrences tacites entre critiques". Vincent Berthelier

"On ne peut pas enlever à la littérature, la capacité à poser un certain nombre de problèmes, avec l'ambition de la généralisation. Aristote disait que l'Histoire était ce qui relevait du particulier, et la littérature ce qui relevait du général. À travers les exemples particuliers que pose la littérature, résonnent des problématiques générales. (...)" Alexandre Gefen

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur la page.

Sources bibliographiques

Alexandre Gefen La littérature est une affaire politique (Editions L'Observatoire)

Vincent Berthelier,  Le style réactionnaire, de Maurras à Houellebecq (Editions Amsterdam).

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires (éd. Flammarion)

Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire (éd. Flammarion)

Jean-Jacques Rousseau, Dialogues, chap. L'amour-propre

Jean-Paul Enthoven, Lignes de vie (éd. Grasset)