Un homme portant un panneau lors d'une manifestation pour défendre la "liberté d'instruction" face à des femmes musulmanes voilées à Lyon, 16 janv 2021
Un homme portant un panneau lors d'une manifestation pour défendre la "liberté d'instruction" face à des femmes musulmanes voilées à Lyon, 16 janv 2021 ©Getty - Robert Deyrail -Gamma-Rapho
Un homme portant un panneau lors d'une manifestation pour défendre la "liberté d'instruction" face à des femmes musulmanes voilées à Lyon, 16 janv 2021 ©Getty - Robert Deyrail -Gamma-Rapho
Un homme portant un panneau lors d'une manifestation pour défendre la "liberté d'instruction" face à des femmes musulmanes voilées à Lyon, 16 janv 2021 ©Getty - Robert Deyrail -Gamma-Rapho
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Débat sur la laïcité en France aujourd'hui, avec Iannis Roder et Jean-Fabien Spitz.

Avec

Alain Finkielkraut s'entretient avec Iannis Roder, professeur d'histoire en Réseau d'éducation Prioritaire (REP) et auteur de La jeunesse française, l'école et la République (éd. L'Observatoire) et Jean-Fabien Spitz, professeur émérite de philosophie politique, qui fait paraître La République ? Quelles valeurs ? essai sur un nouvel intégrisme religieux (éd. Gallimard).

"Qu’apprennent vraiment les élèves français à l’école ? Il faut l’admettre : l’école de la République n’est plus en mesure de répondre à l’une des missions qui lui fut originellement donnée. Cette mission, c’est l’édification de jeunes républicains, conscients des enjeux démocratiques, et convaincus de la nécessaire pérennité de la République… Mais de fait, l’école a-t-elle aujourd’hui la possibilité d’expliquer de manière satisfaisante ce qu’est la République, d’en transmettre les valeurs et les principes, dans des conditions qui permettraient à la jeunesse d’adhérer à ce beau projet émancipateur ?" Iannis Roder, La jeunesse française, l'école et la République

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"La République est devenue un mantra du discours politique en France. Réduite à un universalisme de façade et à une laïcité entièrement falsifiée, elle n’est plus utilisée que pour dissimuler la réalité des fractures et pour tenter de combler le déficit croissant de légitimité auquel se heurte une régulation sociale qui laisse proliférer l’inégalité et précarise les existences. On oublie ainsi le sens premier du projet républicain (...)". Jean-Fabien Spitz, La République ? Quelles valeurs ? essai sur un nouvel intégrisme religieux

"Un même mot figure dans les titres de ces deux essais parus : le mot "République", mais il ne semble pas, lecture faite, que les deux auteurs lui donnent le même sens. Pour commencer, demandons à Jean-Fabien Spitz ce qu'il entend par "nouvel intégrisme religieux". Alain Finkielkraut

Une République intégriste, dogmatique, selon Jean-Fabien Spitz

"Mon sous-titre initial était : L'intégrisme républicain contre l'idée républicaine. L'idée était de dire qu'il se développe aujourd'hui une forme de "républicanisme" qui est dogmatique, c'est-à-dire qui donne des acceptions, des valeurs républicaines qu'il présente comme absolument incontestables, sans d'ailleurs les avoir clairement définies - ni la liberté, ni la légalité, ni la fraternité, ni même la laïcité ne sont définies de manière conceptuelles. C'est ce que j'entends par intégrisme ; je pense au contraire que toutes les valeurs républicaines - je préfère parler de principes - sont dotées d'un fondement rationnel, donc discutable." Jean-Fabien Spitz

"Je me réclame de la République et j'estime ne pas être intégriste - et je pense que nous sommes nombreux à refuser ce républicanisme intégriste. L'idée républicaine a un sens pour moi très simple : c'est une société qui traite l'ensemble de ses membres comme ayant une valeur égale et comme instaurant entre eux des rapports d'égalité de pouvoir. L'intégrisme républicain qui se développe aujourd'hui est une forme d'exclusion qui traite certaines personnes en mineurs, comme n'ayant pas les mêmes droits ; des gens issus de l'immigration, pour la plupart, des citoyens français". Jean-Fabien Spitz

"L'école doit être ce lieu de respiration où les élèves n'ont pas à subir de pressions extérieures" (Iannis Roder)

"Quand l’Éducation nationale fait des formations à la laïcité, elle parle évidemment de la loi de 1905, elle parle évidemment des lois Ferry et elle doit parler de la loi de 2004 (*selon laquelle toute manifestation de signes ostensibles d' une appartenance religieuse est interdit), puisque c'est la loi. En tant que fonctionnaires, ces fonctionnaires de l’Éducation nationale doivent connaître cette loi et ce qui a guidé à la décision législative en 2004. Et ce qui a guidé cette décision législative, c'est d'abord les pressions dont étaient victimes ces jeunes filles qu'on obligeait à l'extérieur de l'école à porter un foulard, un fichu, un voile comme on dit aujourd'hui. Il a été décidé que l'école devait justement être ce lieu de respiration où les élèves n'avaient pas à subir ces pression extérieures. Et quand bien même, aujourd'hui, il y a des élèves qui portent volontairement ce voile, il y en a toujours qui le portent sous pression. Et parce qu'elles le portent sous pression, eh bien cette loi me semble à moi légitime." Iannis Roder

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur la page.

Sources bibliographiques :

Jean-Fabien Spitz, La République ? Quelles valeurs ? essai sur un nouvel intégrisme religieux, éd. Gallimard.

Iannis Roder, La jeunesse française, l'école et la République éd. L'Observatoire

François Dubet, Marie Duru-Bellat, 10 propositions pour changer d'école, éd. Seuil

L'école face à l'obscurantisme religieux, 20 personnalités commentent le rapport Obin, Max Milo Débat

Jean-Pierre Obin, Comment on a laissé l'islamisme pénétrer l'école, éd Hermann

Gilles Kepel, Passion française, Les voix des cités

Cité par J-F Spitz. Maurice Samuel, Le droit à la différence, éd. La Découverte