Portrait de Blaise Pascal (1623-1662) fait par François II Quesnel (pour Gérard Edelinck) 1691.
Portrait de Blaise Pascal (1623-1662) fait par François II Quesnel (pour Gérard Edelinck) 1691. - Source Wikipédia
Portrait de Blaise Pascal (1623-1662) fait par François II Quesnel (pour Gérard Edelinck) 1691. - Source Wikipédia
Portrait de Blaise Pascal (1623-1662) fait par François II Quesnel (pour Gérard Edelinck) 1691. - Source Wikipédia
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Conversation avec Pierre Manent autour de la proposition chrétienne de Blaise Pascal.

Avec
  • Pierre Manent Philosophe, historien et directeur d’études honoraire à l’EHESS

Alain Finkielkraut s'entretient avec le philosophe, Pierre Manent auteur d'un essai paru aux éditions Grasset, intitulé  Pascal et la proposition chrétienne, dans lequel il tente de ressaisir "la gravité et l’urgence de la question chrétienne" - de la foi chrétienne, de la possibilité de la foi. La conversation porte sur la formule du titre définie, évoque ce que c'est que de faire l'expérience de Dieu, aborde la pensée de la mort, sa peur, la notion de foi, analyse le dogme du péché originel central dans la pensée de Pascal et si important pour la proposition chrétienne.

"Alors qu’il est repoussé à la périphérie de la vie européenne, le christianisme en reste le centre agissant. Nous sommes gouvernés par ce que nous fuyons. Difficile d’imaginer situation plus dommageable. Ayant séparé Dieu du reste de notre vie, nous sommes devenus incapables d’aborder la question la plus haute et la plus urgente que l’animal rationnel puisse se poser. Comment ressaisir l’unité et la vie, le sens et l’urgence de cette question de Dieu ?
C’est au mitan du XVIIe siècle que la décision a été prise de construire l’État souverain. Et c’est à ce moment que fut repensée par Blaise Pascal ce que j’appelle la proposition chrétienne (…)." Pierre Manent

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"La proposition chrétienne est aujourd'hui inaudible" (P. Manent)

"D'une certaine façon, toute proposition humaine est inaudible. Pourquoi l’être humain aujourd'hui ne réussit-il plus à proposer quoi que ce soit à l’être humain ? Toute proposition sépare ceux qui proposent quelque chose et ceux qui ne proposent pas ou qui l’ignorent. Or, aujourd’hui, un seul interdit pèse sur l’Humanité : ne pas se diviser. Toute proposition sérieuse à l’être humain séparent ceux qui la proposent. Le terme de proposition veut désigner ce geste premier de l’être humain, qui n’est pas nécessairement religieux, qui peut être politique, associatif. C’est en contenu intellectuel, notionnel, porté par une volonté qui réunit potentiellement ceux qui adhèrent à cette proposition, et ceux qui la proposent, le reste de l’Humanité peut-être." Pierre Manent

"Une proposition sépare, et aujourd'hui c'est ce qui nous empêche de nous proposer les uns aux autres"

"Une proposition chrétienne revendique une origine surhumaine ou non-humaine, elle est donc la proposition d’une expérience qui comporte une révélation, une communication entre le divin et l’humain, entre Dieu et les hommes. La proposition chrétienne n’existe pas si elle ne revendique pas cette origine divine. Elle est inséparable d’une société qui a reçu cette révélation et qui présente cette caractéristique troublante qu’elle se donne dans une communauté d'Église chrétienne qui est inséparablement véhicule du divin et institution humaine. La proposition chrétienne dit aux Hommes qu’ils sont séparés de Dieu, mais d’un Dieu ami des Hommes, qui veut mettre un terme à cette séparation, et qui a mis un terme à cette séparation en venant prendre la nature humaine. Les suites de cet acte fondateur sont distribuées aux Hommes par l’institution qui est le véhicule du salut. Le point qui doit être mis au premier plan, car il est ce qui fait obstacle à toute réception de la proposition chrétienne, et souvent à toute proposition d’une religion révélée, c’est le fait que c’est une expérience particulière : pourquoi croirais-je les Apôtres ? Pourquoi croyais-je les Chrétiens ?" Pierre Manent

"Le rejet du christianisme est définitoire de l'Europe nouvelle"

"L’Europe est un geste dont ceux qui l’accompagnent n’ont pas mesuré et ne mesurent toujours pas la radicalité. Ils ont le sentiment de faire la chose évidemment raisonnable, évidemment morale. Or, ils ont décidé que l’Europe nouvelle n’aurait aucun rapport avec l’Europe ancienne, car l’Europe ancienne n’est considérée que comme la somme des crimes, injustices, inégalités, guerres, qui se sont déroulées sur le sol européen ou entre les populations européennes. L’Europe a décidé de partir de zéro, d’effacer les Nations, d’effacer les vieilles confessions européennes qui avait accompagné, nourri, l’histoire européenne. Partir de zéro veut dire ne plus porter aucune proposition, commencer à mettre à l’œuvre l’unification de l’Humanité, l’Europe se présentant comme la première version du brouillon de l’unification de l’Humanité, mais une Humanité qui n’est définie par aucun contenu, qui n’a aucune visée, qui n’a aucune articulation interne, une Humanité informe. L’Europe efface les Nations, mais pas pour produire l’Europe, pour se dissoudre dans ce que l’on imagine devoir être l’Humanité réconciliée, unifiée. Le christianisme rappelle toute l’histoire de l’Europe, cette histoire dont on veut se séparer, que l’on veut ôter de soi. (…)" Pierre Manent

Sources bibliographiques

Pierre Manent,  Pascal et la proposition chrétienne

Blaise Pascal, Pensées

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant sur la page.

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