Vie et œuvre de Karen Blixen

Karen Blixen (1885-1962), prix Nobel de littérature en 1920, en safari au Kenya, 1918
Karen Blixen (1885-1962), prix Nobel de littérature en 1920, en safari au Kenya, 1918 ©Getty - Apic
Karen Blixen (1885-1962), prix Nobel de littérature en 1920, en safari au Kenya, 1918 ©Getty - Apic
Karen Blixen (1885-1962), prix Nobel de littérature en 1920, en safari au Kenya, 1918 ©Getty - Apic
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Rencontre autour de l'écrivaine danoise, romancière mondialement célèbre, baronne et entrepreneuse, qui passa une grande partie de sa vie en Afrique de l'Est, au Kenya : Karen Blixen, née Karen Christentze Dinesen.

Avec

Conversation autour de l'oeuvre et de la vie de Karen Blixen (1885-1962). Alain Finkielkraut s'entretient avec la journaliste, Dominique de Saint-Pern, auteure de Baronne Blixen (éd. Stock 2015), et l’écrivain et critique littéraire, Bruno de Cessole.

" Comme le dit très simplement le narrateur du roman de Michel Houellebecq, Soumission : "Un livre qu'on aime, c'est avant tout un livre dont on aime l'auteur, qu'on a envie de retrouver, avec lequel on a envie de passer ses journées". Et j'ajouterais que cet auteur aimé, ce compagnon diurne ou nocturne, on a tout naturellement envie de mieux le connaitre. De lui, tout nous est important et tout nous fascine. Et c'est cette fascination que je vois à l'œuvre dans l'enquête romanesque de Dominique de Saint-Pern, Baronne Blixen, et dans le chapitre de son livre, L'Internationale des Francs tireurs, que lui a consacré Bruno de Cessole, sous le titre, Karen Blixen, l'honorable Lionne du Kenya. Partons de ce titre, justement : pourquoi, comment, dans quelles circonstances, la fille de Wilhelm Dinesen et d'Ingeborg Westenholzn, née le 17 avril 1885, à Rungstedlund, a-t-elle accédé à la dignité d'honorable Lionne ?" Alain Finkielkraut.

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Bruno de Cessole

Le titre d'honorable Lionne est venu d'une lettre. Karen Blixen avait quitté l'Afrique depuis longtemps quand elle a reçu d'un ancien porteur de fusils qui avait été à son service, une lettre dont la souscription portait "Madame la Lionne Blixen", et la lettre commençait par cette formule insolite, "Très honorable Lionne". Pourquoi "Très honorable Lionne" ?

Il se trouve que Karen Blixen avait passé dix-sept ans en Afrique, qu'elle avait chassé en Afrique dès ses débuts, et chassé notamment, les lions, que sa bravoure et son goût de la chasse lui avaient attiré non seulement le respect et l'admiration de son mari, Bror von Blixen, mais aussi de celui qui allait devenir son compagnon, Denys Finch Hatton. Elle était admirée pour son goût de la vie aventureuse, pour son goût des safaris, et aussi pour son côté prédateur - ce que Dominique de Saint-Pern raconte très bien dans "Baronne Blixen" - et à plusieurs titres elle méritait le nom de Honorable Lionne.

Dominique de Saint-Pern

C'est un titre qu'elle a mérité jusqu'au bout de sa vie. Dans "Honorable Lionne",  il y a la bravoure effectivement face aux cataclysmes qu'elle a rencontrés en Afrique mais aussi, face à la maladie qui la rongeait, face aux pertes qu'elle a vécues, il y a aussi le sens de l'honneur - une vertu qu'elle exigeait de tous ses proches, elle-même, la respectant - cette souveraineté qui émanait d'elle, et qui fascinait tout son entourage.

Elle chassait et pourtant, les animaux comptaient pour elle. On retrouve chez Karen Blixen cette idée de suivre un "tempo propre" à ce grand orchestre qu'est la nature, cette idée de s'immerger dans ce paysage qui l'entourait et de prendre des leçons en observant les animaux.

C'est très important dans sa vie, et depuis très très longtemps, parce que son père - nobliau d'origine suédoise, homme politique et homme de lettres, trappeur, chasseur - lui avait transmis cette leçon-là, d'apprendre des animaux. Son père qui s'est suicidé brutalement, du jour au lendemain et qui, la veille de sa mort, avait expliqué à sa fille qu'il fallait qu'elle observe les animaux, pour comprendre les hommes. Qu'il n'y avait rien de plus précieux que la nature. Et je crois que tout cela s'est exprimé, quand elle est arrivée en Afrique, où là, finalement, on entre dans les territoire des animaux, on est chez eux, on n'est pas tellement dans le territoire des humains (...).

Quand son père s'est suicidé - il s'est pendu -  Karen Blixen avait dix ans.

Bruno de Cessole

Karen Blixen a hérité de son père son goût de la littérature, de la vie sauvage, son amour de la nature, et des animaux, mais elle a hérité également de lui son caractère et son tempérament. Elle pensait que la vie de son père se réfléchissait dans la sienne. Tout au long de sa vie, elle a senti cette proximité spirituelle entre son père et elle ; elle avait hérité de lui à la fois, le goût de l'aventure, le dédain de la respectabilité, et également, une philosophie nietzschéenne de l'existence, une sorte de radicalisme aristocratique, le goût du danger, l'admiration pour les hommes qui savent prendre leurs responsabilités. Et tout cela l'a fortement marquée. Je pense qu'elle a retrouvé ensuite chez Denys Finch Hatton quelque chose du tempérament  et du caractère de son père.

L'intégralité de l'émission est à écouter en cliquant dans la page.

Une rediffusion de l'émission du 14/02/2015.

À réécouter : Une ferme en Afrique
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