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Je vous parlais il y a trois semaines d’une grande inquiétude qui s’était emparée du milieu de l’art : et si le Centre Pompidou se retrouvait bientôt sans capitaine ? L’annonce par Nicolas Sarkozy que « les postes vacants d’ici la prochaine élection présidentielle ne seront pas pourvus s’il s’agit de responsables d’établissements publics qui jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre de la politique économique et sociale de la nation. » pouvait laisser croire que le nouveau président du Centre serait nommé après les élections, alors que le mandat d’Alain Seban arrive à son terme début avril. Le Monde avait rassuré tout le monde en constatant que le Centre Pompidou ne fait pas partie de ces dits « établissements publics qui jouent un rôle essentiel » , et qu’un nouveau président serait bien nommé par le gouvernement actuel avant les élections. Eh bien c’est chose faite, si on en croit Libération : “Alain Seban va être reconduit pour trois ans à la tête du centre Pompidou, qu’il dirige depuis 2007 , nous informe le quotidien. Son mandat arrivant à terme en avril, la nomination devrait être inscrite au Conseil des ministres fin février. C’est la dernière du quinquennat dans le domaine de la culture (la prochaine sur la liste concernant la Villa Médicis, cet été). * « Elle va de soi », précise-t-on à l’Elysée, au vu du bilan récent de l’intéressé“* , conclut l’articulet, rappelant au passage que “conseiller à la culture de Chirac à l’Elysée, Alain Seban avait remplacé Bruno Racine à la veille de la dernière élection présidentielle.“

On a commencé par un droit de suite, on continue par un droit de réponse, celui publié pleine page dans L’Express du 8 février, signé du musée d’Orsay, qui y conteste l’ensemble ou presque des informations contenues dans un article de l’hebdomadaire en date du 16 novembre 2011, intitulé “L’Etat a-t-il volé * « La République » ?“ . Ne reculant devant rien pour éclairer nos auditeurs, nous sommes allé chercher l’article litigieux. “A qui appartient * « La République française » ? , s’interrogeait le signataire de l’enquête, Pascal Ceaux. Ce tableau d’Henri Gervex (1852-1929) est aujourd’hui au cœur d’un conflit larvé entre l’Etat et un particulier. Peint en 1890, il représente dans un style académique les dirigeants du journal fondé par Léon Gambetta en 1871. On y reconnaît des hommes politiques de premier plan de la IIIe République, dont Joseph Reinach, fondateur de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen. L’œuvre, exposée au musée d’Orsay, est officiellement la propriété des Musées de France. * « Une possession illégale », accuse Alexandre Bronstein, descendant de Joseph Reinach, premier propriétaire d’* A la direction de « La République française », titre complet du tableau. Joseph Reinach avait commandé la toile sur laquelle il figure lui-même assis, en train d’écrire. Fils d’un banquier d’origine allemande, cet avocat est un amoureux de la République française. Plusieurs fois élu député, il en défend les principes avec vigueur au Parlement. Mais c’est surtout son rôle dans l’affaire Dreyfus qui le fait connaître. Mais l’homme a une autre facette, celle d’un amateur d’art éclairé. Pour se reposer des joutes parlementaires et des attaques antisémites dont il est régulièrement victime, il collectionne toiles et sculptures d’artistes contemporains. Lorsqu’il rédige son testament, le 31 juillet 1920, Joseph Reinach veut que sa chère IIIe République se souvienne de lui. Il désire léguer aux musées du Louvre et du Luxembourg plusieurs de ses possessions. La liste comprend notamment les portraits de George Sand par Eugène Delacroix et d’Hector Berlioz par Gustave Courbet, mais aussi * Un pont, de Claude Monet, et * Les Bords de Seine*, de Vincent Van Gogh. La lecture du document original laisse aussi apparaître des noms rayés parmi eux, Jean-Baptiste Greuze et Gervex. Ces ratures attirent l’attention d’Alexandre Bronstein. Qui acquiert très vite la conviction que le don de son trisaïeul ne comporte pas * A la direction de « La République française », d’autant plus que les autres œuvres rayées sont restées dans la famille. L’Etat n’en serait donc pas légalement propriétaire. Un fait curieux renforce cette impression. Dans une série de documents officiels, l’œuvre est signalée comme un don de Mme Andral datant de 1925. Or cette honorable veuve, décédée cette année-là à l’âge de 88 ans, n’a jamais possédé ce tableau de Gervex. L’erreur, manifeste, a d’ailleurs été réparée. Il apparaît désormais sous la mention don de Joseph Reinach au musée du Luxembourg enregistré par décret du 28 février 1920. Pour le président de l’Etablissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie, Guy Cogeval, la réalité du don ne fait aucun doute, comme il l’affirme dans un courrier du 31 août 2010 adressé à Alexandre Bronstein. En guise de preuve supplémentaire, il mentionne un autre document : * « Une lettre du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, écrit-il* , remercie le 15 mars 1920 M. Joseph Reinach »* d’avoir cédé * « La République », de Gervex. Dossier clos ? Pas sûr. Car d’autres points sèment le trouble. La lettre du ministre existe bel et bien. Mais elle ressemble à un brouillon : passages dactylographiés et manuscrits s’y entremêlent. * « Mais surtout, affirme Alexandre Bronstein, * personne n’a été en mesure de me montrer le courrier de mon trisaïeul qui annonçait ce don. » Autre élément pour le moins surprenant : aucun numéro d’entrée au musée du Luxembourg n’a été enregistré pour cette œuvre, contrairement à ce qu’exige la procédure courante. Malgré des demandes insistantes, les procès-verbaux des délibérations obligatoires pour l’acceptation d’un tableau n’ont pas été produits, alors qu’ils suffiraient à mettre un terme au contentieux. Enfin, le descendant de Joseph Reinach assure qu’en dépit d’une visite au musée d’Orsay il ne lui a pas été permis d’examiner le cadre original de la toile, ce qui permettrait, selon lui, d’éclaircir le mystère. A ce point, l’histoire pourrait bien prendre une tournure judiciaire. Pour forcer la décision en sa faveur, Alexandre Bronstein a écrit, le 28 septembre 2011, au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand. Il lui réclame la restitution du tableau. Et fait clairement peser la menace d’une plainte pénale en cas de refus. A ce jour, il n’a pas reçu de réponse.“ , concluait l’article en novembre.

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Il faut croire que l’héritier de Joseph Reinach s’est lassé de ne pas avoir de réponse, puisque dans la réponse de Pascal Ceaux au droit de réponse du musée d’Orsay, qui « conteste fermement les accusations faites par M. Bronstein » , on apprend que ce dernier a saisi la justice le 20 décembre 2011 d’une plainte pour « recel, abus de confiance, faux et usage de faux »…