Ainsi font-elles toutes ?

L'Orchestre symphonique de Téhéran, dirigé par Alexander Rahbari
L'Orchestre symphonique de Téhéran, dirigé par Alexander Rahbari
L'Orchestre symphonique de Téhéran, dirigé par Alexander Rahbari
L'Orchestre symphonique de Téhéran, dirigé par Alexander Rahbari
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Christophe Honoré ouvrira le prochain Festival d'Aix-en-Provence avec sa mise en scène de "Cosi fan tutte". Et dans la musique, de Séoul à Téhéran en passant par les concerts humanitaires, comment font-elles toutes ?

“Bernard Foccroule, directeur du festival d’Aix-en-Provence, quittera ses fonctions en décembre 2017, nous apprenait fin décembre une brève de La Croix. A cette date, il aura achevé son troisième mandat à la tête de l’institution d’art lyrique et n’en brigue pas un quatrième. Tout en poursuivant son engagement au service de la diffusion artistique, Bernard Foccroule, remarquable organiste, souhaite se « consacrer à l’interprétation et à la composition ».” Un mois plus tard, une autre brève de La Croix signale que c’est “le réalisateur Christophe Honoré [qui fera l’] ouverture du prochain Festival d’Aix-en-Provence. Familier des plateaux lyriques, le cinéaste réalisera sa première production au festival d’art lyrique avec le Così fan tutte de Mozart, génial marivaudage tout de délicate cruauté, d’humour et de mélancolie.” Dont le titre signifie, pour les non-italianophones, « ainsi font-elles toutes ». 

Raidissement

Et que font-elles toutes, ces femmes ? Du scandale, parfois. “Le chef Myung-whun Chung [a démissionné] de son poste à la tête de l’Orchestre philharmonique de Séoul, a-t-on lu mi-janvier dans L’Obs. Sa femme aurait demandé à des musiciens d’accuser la présidente de l’orchestre de harcèlement sexuel.” Depuis, précise Diapason, elle “a été accusée de diffamation à l’encontre de l’ancienne présidente de la formation, sur fond d’interminable guérilla interne.” Le mieux reste donc de tenir les femmes à l’écart des orchestres, comme le rapporte cette autre information de Diapason. “L’Orchestre symphonique de Téhéran devait se produire fin novembre dans le cadre d’une compétition de lutte en Iran. Rien de très spectaculaire au programme, qui comportait l’hymne national. Mais au dernier moment, les organisateurs ont refusé la présence de femmes dans les rangs de la formation. « Les chaises étaient disposées et tout avait l’air en ordre », a relaté le chef permanent de l’orchestre, Alexander Rahbari, formé à Vienne. « Mais avant l’hymne, ils ont annoncé que les femmes ne pouvaient pas monter sur scène. Impossible pour moi d’accepter une telle insulte. Nous jouons tous ensemble ou nous ne jouons pas », a signifié le chef aux organisateurs. Les chanteuses ou musiciennes n’ont pas le droit de se produire seules sur scène depuis la révolution islamiste de 1979. Mais elles sont théoriquement autorisées à jouer dans un orchestre… Faut-il voir dans cet incident un nouveau raidissement du régime des mollahs ?” 

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Ovni

Heureusement, sous nos latitudes, les femmes peuvent jouer dans des orchestres, et même les créer. “Cela faisait un moment, écrit Christian Merlin dans Le Figaro, que l’on était intrigué par cet orchestre français au nom anglais récemment apparu dans le paysage musical comme un ovni : l’Alma Chamber Orchestra. Peut-être n’y aurait-on pas prêté attention sans son côté people : la fondatrice et premier violon de cet ensemble est Anne Gravoin, qui n’est autre que l’épouse du premier ministre, Manuel Valls. De fait, l’autre soir, pour leur concert à la Philharmonie de Paris, on pouvait croiser beaucoup de têtes couronnées de la politique et du show-biz, que l’on ne voit jamais à un concert classique. Des discours introductifs rendus plus fastidieux que d’ordinaire par une mauvaise sono rappellent que cet orchestre a été fondé pour défendre la cause de la paix, que son président est un homme d’affaires très actif au Koweït, Zouhir Boudemagh, et que les musiciens vont se produire au Qatar. Que la musique soit un message de paix, cela ne faisait pas de doute, le Divan de Daniel Barenboïm en est une preuve quotidienne. On est plus dubitatif, tempère le critique musical du Figaro, sur la nécessité d’un concert de plus à Paris où la saison symphonique est déjà dense, avec un programme tout ce qu’il y a de conventionnel, mais qu’à cela ne tienne : si la sincérité l’emporte sur le coup médiatique, pourquoi pas ! D’autant que le chef Lionel Bringuier est l’une des étoiles de la jeune génération de maestros français, et que la seule présence de la pianiste Martha Argerich nous ferait nous déplacer même en civière. D’ailleurs, autant le dire d’emblée : elle a été tout simplement fabuleuse dans le Concerto n° 2 de Beethoven, feu d’artifice de liberté et d’inventivité. 

Requins cachetonneurs

L’intérêt était de découvrir la personnalité musicale de cet orchestre. Notre perplexité s’accroît en voyant ses membres entrer sur scène. On reconnaît celui-ci, puis celui-là, ah tiens lui aussi, et elle également… On croit se retrouver à un concert d’abonnement de l’Orchestre de Paris : une bonne partie des cordes et la quasi-totalité des pupitres, de l’harmonie jusqu’aux timbales, en sont issus. Ajoutez le violoncelle solo, la chef d’attaque des seconds violons et plusieurs tuttistes de l’Opéra, une pincée de musiciens du National, et vous aurez l’impression d’une réunion de mercenaires issus des formations parisiennes, comme au bon vieux temps des orchestres de studio. Il est vrai que la régie d’orchestre est la spécialité d’Anne Gravoin, imbattable dans l’art de réunir des musiciens pour les spectacles des stars de variétés. Elle a même régénéré ce métier que l’on croyait disparu, et qui fut florissant dans les années 1970 et 1980, quand musiques de films et shows télévisés procuraient des « affaires » aux musiciens classiques les plus débrouillards : on surnommait alors les « requins » ceux qui entraient dans ce circuit lucratif, et lorsque l’on regardait les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier ou de Michel Drucker, on croyait voir une annexe de l’Orchestre de l’Opéra accompagner Johnny ou Michel Sardou. Le retour en force des effectifs symphoniques dans la variété a entraîné celui des orchestres de cachetonneurs. Le problème, c’est que, dans le répertoire classique, il faut plus qu’un bon carnet d’adresses pour faire un véritable orchestre. L’autre soir, dans l’ouverture Les Hébrides de Mendelssohn comme dans la Symphonie Rhénane de Schumann, on a été frappé par la sonorité froide et lisse des cordes, sans densité ni grain sonore, sans parler de décalages flagrants dans le concerto. Phénomène que ne pouvait arranger la direction droite et précipitée de Lionel Bringuier, qui laissait peu de place à la respiration et au phrasé, sans parler de la poésie. Il faut beaucoup plus, conclut Christian Merlin, que quelques coups de téléphone pour arriver à forger un son commun, ce sera la leçon musicale de ce concert, au-delà du message humanitaire.”

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