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“Réuni * [le 14 janvier] au matin, le conseil d’administration du Festival de Cannes a désigné à l’unanimité le très pressenti Pierre Lescure comme futur président de la manifestation. L’ancien PDG de Canal + prendra ses fonctions le 1er juillet, après l’édition 2013 du Festival, qui sera présidé pour la dernière fois par Gilles Jacob, 83 ans, titulaire du poste depuis 2001.”* Cette petite brève de rien du tout, parue dans Libération * mercredi dernier, signe en fait l’épilogue d’un feuilleton rocambolesque, déjà partiellement raconté ici. “Dans un monde où bien des stratégies passent par la maîtrise de la communication, l’annonce de l’élection de Pierre Lescure à la présidence du Festival de Cannes a connu rebondissements et cacophonie , écrit ainsi Jean-Claude Raspiengeas dans La Croix. L’automne dernier, des rumeurs ont commencé à courir. Puis l’intéressé a fait connaître son désir de concourir. L’un des prétendants, Jérôme Clément, dépité d’apprendre qu’il ne serait pas retenu, fit savoir, une semaine avant le conseil d’administration du festival, que Pierre Lescure, son rival, était déjà désigné. Embarras général. * [Le 14 janvier], pendant la fameuse réunion par tweet, Aurélie Filippetti donnait l’information sous couvert de * « féliciter » l’heureux élu, avant même l’annonce officielle. Communiquer ou l’art de faire parler de soi…”*

“Le Festival de Cannes se met au théâtre. Au vaudeville plus exactement , commente Etienne Sorin dans Le Figaro , qui rappelle que c’est *Paris Match * qui a ouvert le premier acte en annonçant jeudi 9 janvier que Pierre Lescure remplaçait Gilles Jacob à la présidence du festival, l’ancien PDG de Canal + ayant été préféré à Jérôme Clément, l’ancien PDG d’Arte. Le Festival a réagi via son compte Twitter en affirmant que * « Pars Match diffuse de fausses informations. Aucune élection n’a eu lieu et le président de Cannes est Gilles Jacob jusqu’à l’été 2014. »” *

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Dans les « fausses informations » publiées par Paris Match * sous la signature de Catherine Schwaab, figurait notamment ceci : que “Lescure avait le soutien de Hollande, tandis qu’Ayrault et Fabius penchaient pour Clément. * « Ce choix sera interprété comme peu favorable à la culture », décrypte un scénariste qui, avec des cinéastes comme Costa-Gavras ou Benoît Jacquot, préféraient l’ex-PDG d’Arte. Pierre Lescure aurait un « tropisme américain », une sorte d’inclination fascinée pour Hollywood : grand cinéphile et enfant du rock, il avait orchestré le rachat des Studios Universal par Canal+-Vivendi qu’il codirigeait en 2000 avant d’être débarqué en 2002, année où il dirigea le jury du Festival américain de Deauville. Ses goûts, ses connexions seraient plus américains qu’européens. Certains s’en réjouissent : * « Sans les superstars américaines, le festival est sinistre. Quand elles débarquent, c’est la fête, tout le monde est excité ! » Ce qui fait grincer des dents dans le milieu du cinéma européen. Beaucoup, dépités aujourd’hui, comptaient en effet sur le carnet d’adresses politique, audiovisuel et artistique de Jérôme Clément, ex-patron d’Arte. En vingt ans, l’homme a fait de la chaîne franco-allemande une référence et surtout une belle démonstration qu’une coopération artistique européenne est possible. C’est ce renforcement du Vieux Continent que souhaitaient voir développer ses partisans. […] Clément, président du Théâtre du Châtelet, était moins « homme d’affaires » que Lescure, qui est lui à la tête du théâtre Marigny. […] On murmure aussi qu’un Jérôme Clément ne se serait pas contenté d’un poste médiatique…” * Or, « le seul projet du Festival de Cannes, c’est le Festival de Cannes. C’est le Festival qui a fait de moi le délégué général que je suis » : ces mots de Thierry Frémaux , cités par Laurent Carpentier dans Le Monde , et confiés quelques jours avant la nomination de Pierre Lescure à la présidence du Festival en remplacement de Gilles Jacob, sonnent a posteriori comme un démenti cinglant à la stratégie du candidat malheureux, Jérôme Clément, qui avait défendu haut et fort * « son projet ». L’ancien patron d’Arte avait oublié le paradoxe essentiel de l’événement cannois : grand show sur le tapis rouge, mais discrétion dans les coulisses. Pierre Lescure l’a compris qui, nommé le 14 janvier par le conseil d’administration du Festival, tente de garder un silence prudent. L’ancien patron de Canal+ n’entrera en fonctions qu’à l’issue de la prochaine édition du Festival, mais il sait que cette nomination est source de bouleversements. Le fait est qu’en 67 ans, le Festival n’a connu (bien qu’élus pour des mandats de trois ans renouvelables) que quatre présidents. Et l’inaltérable Gilles Jacob, 83 ans, nommé délégué général en 1977 et président en 2001, a donné le sentiment que le poste était à vie. […] Il n’est un secret pour personne* ,poursuit Le Monde ,* que * [Thierry Frémaux et Gilles Jacob]* se livrent depuis des années un duel feutré, que chacun s’évertue à minimiser, mais qui s’avère parfois difficile à gérer pour leurs interlocuteurs. A ceux qui s’inquiètent avec l’arrivée de Pierre Lescure d’une nouvelle guerre des chefs, on observera que, dès le mois de juin 2013, Pierre Lescure et Thierry Frémaux dînaient ensemble, posant les bases d’un possible futur commun. Et qu’au sein du conseil d’administration, qui réunit à parité représentants de l’Etat et professions du cinéma, pas une seule des vingt-huit voix n’a manqué au nouveau président.” “La venue de Pierre Lescure à Cannes ne devrait pas provoquer de défiance pour cause de non-légitimité, tant d’un point de vue cinéphilique que managérial* , estimait pareillement Libération , avant même l’élection officielle. En revanche, son ADN Canal pourrait être un handicap pour Lescure, étant donné les rapports houleux mais dominants entre le Festival de Cannes et la chaîne cryptée qui, outre sa puissante présence sur la Croisette, a décroché depuis plusieurs années l’exclusivité de la retransmission des cérémonies officielles.”

Un augure de l’avenir du Festival tient peut-être dans ces deux informations essentielles dévoilées par Jean-Claude Raspiengeas dans son portrait de Pierre Lescure paru dans La Croix . Sa devise ? « Ne jamais subir ni gâcher… » Son totem d’ancien scout : « Kamichi malicieux » . Tout est dit…

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Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
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Réalisation
Daniel Finot
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