France Culture
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Résumé

Timbuktu, porté autant par son succès en salle que par le climat post-attentats, fait une razzia sur les Césars. Aux Oscars, sur fond de discours très engagés, c'est une rafle mexicaine qu'opère Birdman , un film dans lequel Hollywood s'est manifestement reconnue.

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*Timbuktu, * porté autant par son succès en salle que par le climat post-attentats, fait une razzia sur les Césars. Aux Oscars, sur fond de discours très engagés, c'est une rafle mexicaine qu'opère Birdman , un film dans lequel Hollywood s'est manifestement reconnue. “Enfin, la consécration ! , se réjouit Arnaud Schwartz dans La Croix. Lauréat du prix du jury œcuménique mais oublié par le jury officiel du dernier Festival de Cannes, alors qu’il avait été salué comme l’une des plus belles révélations de la compétition, * Timbuktu* d’Abderrahmane Sissako a obtenu, vendredi, une juste reconnaissance du cinéma français. Déjà plébiscité par le public (près d’un million d’entrées en salles), ce magnifique plaidoyer pour l’amour et la paix face à l’obscurantisme et la violence, évocation d’un Mali livré à l’aveuglement des djihadistes, a reçu sept prix (sur huit nominations) lors de la 40e nuit des Césars.” “* Timbuktu, salue Télérama ,* est une œuvre d'une grande puissance, à laquelle les événements récents ont donné une portée symbolique – et c'est aussi ce symbole que les votants ont voulu récompenser.” * Même analyse pour le service cinéma de Libération , pour qui le film a été porté *“sans doute autant par son vif succès en salles qu’un climat post-attentats forcément présent à l’esprit des votants. […] Le communiqué officiel de Frédérique Bredin, présidente du CNC, envoyé quelques minutes après la fin de la cérémonie, saluait ainsi, quitte à tout mélanger, * « un chant de lutte contre la barbarie et chant d’espoir humaniste, qui manifeste de façon éblouissante la force et l’importance du cinéma, dans ces temps dramatiques, pour faire vivre la liberté d’expression et de création et pour faire dialoguer les cultures ».* Le cinéaste mauritanien se trouve ainsi érigé en emblème d’humanisme universaliste. […] Dans son long discours, Abderrahmane Sissako a notamment affirmé * « qu’il n’y a pas de choc des civilisations, mais bien une rencontre des civilisations »*. *

Jeunisme Pour le reste,  poursuit *Libération, les votants, dans une sorte de crise aiguë de jeunisme ont semblé dire un grand ouste à tous les croulants qui, trentenaires ou plus, prétendaient à quelque récompense que ce soit. Ainsi des principaux prix d’interprétation, revenus à Adèle Haenel (26 ans), Pierre Niney (25 ans) ou à la teen-idol de passage Kristen Stewart (24 ans). Mais aussi du récipiendaire du prix du meilleur film étranger, Xavier Dolan (25 ans), inexplicablement absent alors que, à [la] connaissance [du service cinéma de * Libération]*, nulle nomination aux oscars n’interdisait sa présence.” * Et puisqu’on en parle, si la rafle sur les césars fut mauritanienne, elle fut mexicaine à Los Angeles, pour des oscars là aussi très politiques, estime Thomas Sotinel dans Le Monde , selon qui le palmarès fut *“pauvre en surprises. Comme l'avaient prédit bookmakers et pronostiqueurs, * Birdman*, * du réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu, a triomphé, remportant quatre trophées. Une soirée qui marquera les esprits grâce aux discours des lauréats et non par l'originalité des choix de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, dont les membres attribuent les Oscars. Chaque film primé a été l'occasion de défendre une cause : égalité hommes-femmes ( Boyhood_), incarcération des jeunes Afro-Américains (_ Selma_), surveillance généralisée (_ Citizenfour_), discriminations à l'encontre des adolescents gays (_ The Imitation Game_), traitement des Mexicains aux Etats-Unis (_ Birdman*). […] *

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Une industrie du film américaine aussi hystérique qu'en panne d'inspiration *Le grand vainqueur de la soirée, Alejandro Gonzalez Iñarritu – que Sean Penn a présenté en demandant * « qui a donné sa carte de séjour à ce fils de pute ? »* (un second degré qui n'a pas été perçu par tous les spectateurs) –, s'est d'abord demandé si les autorités n'allaient pas trouver bizarre que l'Oscar du meilleur réalisateur aille deux années de suite à un Mexicain (il est allé en 2014 à Alfonso Cuaron pour * Gravity*). * *Plus sérieusement, le réalisateur de * Birdman*a appelé à un meilleur traitement des immigrés mexicains aux Etats-Unis, et à l'établissement d'un gouvernement * « digne d'eux »* au Mexique.” * Pour Thomas Mahler, dans Le Point , le succès de Birdman , qui sort mercredi et dont nous nous disputerons mardi prochain, tient à ce que “l'Académie des Oscars s'est reconnue dans le tableau d'Iñarritu, comédie noire sur un Hollywood phagocyté par ses super-ego. […] Ce n'est sans doute pas un hasard , estime-t-il,* si ce sont deux réalisateurs étrangers, deux outsiders, qui viennent de dépeindre une industrie du film américaine aussi hystérique qu'en panne d'inspiration. L'an dernier, avec le féroce * Maps to The Stars_,_ * le Canadien David Cronenberg présentait un Hollywood malade de sa consanguinité. […] Dans Birdman, la verve satirique du Mexicain Iñarritu fait elle aussi feu de tout bois, taclant les ego hypertrophiés, les acteurs qui s'offrent une cure de crédibilité à Broadway ou les critiques qui ne peuvent poser une question sans citer Roland Barthes. En choisissant Michael Keaton pour incarner son personnage principal, Iñarritu cible d'abord l'obsession américaine pour les super-héros. […] *

Mais comment en est-on arrivé là ? *Hollywood semble aujourd'hui drogué aux super-héros, quitte à risquer l'overdose. * « C'est un génocide culturel »*, pour Iñarritu. […] Au milieu des films-attractions prisés par les gestionnaires, la place pour les longs-métrages dits d'auteur semble, elle, de plus en plus restreinte. * « C'est le cœur du problème,* poursuit Iñarritu. * Chaque année, il y a dix ou quinze films originaux formidables, mais ils n'ont plus l'exposition qu'ils méritent. Leur distribution devient de plus en plus minimale, les blockbusters monopolisant les écrans. »* Super-héros plus proche de Cassavetes que de Catwoman, son * Birdman* a pu prendre son envol sur le territoire américain grâce à la saison des prix. Déjà récompensé aux Golden Globes et par les syndicats des producteurs, réalisateurs et acteurs, il est le grand gagnant de la cérémonie des Oscars 2015. La preuve, sans doute, que les professionnels du cinéma commencent eux aussi à se poser cette question : mais comment en est-on arrivé là ?”*