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Alors que les Centres chorégraphiques nationaux fêtent leurs 30 ans, et que celui de Grenoble échappe à une fusion avec la MC2, d'aucuns questionnent le pouvoir de Michel Orier au sein du ministère de la Culture. On commence cette revue de presse en retournant 30 ans en arrière. “Début des années 80 : une génération de chorégraphes ultradynamiques, parmi lesquels Dominique Bagouet, Régine Chopinot ou Angelin Preljocaj, place en quelques années la France comme épicentre de la création chorégraphique internationale , rappelle Eve Beauvallet dans Libération. C’est sous l’impulsion de cette nouvelle danse française que naissent les premiers Centres chorégraphiques nationaux (les CCN), fers de lance de la démocratisation culturelle chère à Jack Lang. C’était il y a trente ans – le temps pour ces outils de voir leurs missions s’élargir et leur fonctionnement parfois remis en cause par les générations suivantes. Aujourd’hui que le réseau est constitué de 19 CCN, 2015 s’impose comme un état des lieux. L’année sera rythmée par un ambitieux séminaire de recherche (une restitution est prévue pour mai à la Gaîté lyrique) et des temps forts festifs, comme cette soirée anniversaire organisée jeudi [dernier] à Paris.”

Mauvais signal Nulle doute qu’y aura été fêtée une bonne nouvelle, après une grosse inquiétude. C'était inscrit dans les tablettes du ministère de la culture et de la communication, ces derniers mois , expliquent Rosita Boisseau et Clarisse Fabre dans Le Monde : à Grenoble, la fusion entre le CCN et la Maison de la culture était à l'étude. La MC2, l'une des plus grosses scènes nationales du territoire, avait déjà absorbé le Centre dramatique national des Alpes (le CDNA), en janvier 2014. La fusion de la MC2 et du CCN était donc potentiellement la prochaine étape. Les deux structures partagent déjà les mêmes locaux, et leurs directeurs respectifs – Jean-Paul Angot pour la MC2, et Jean-Claude Gallotta pour le CCN – sont de vieux amis. Les deux hommes avaient élaboré un projet de pôle chorégraphique auquel était associé un autre complice, le chorégraphe Rachid Ouramdane, 43 ans. Jean-Claude Gallotta, 64 ans, doit quitter le CCN fin 2015, et il s'agit de préparer la relève. L'enjeu de la fusion était de développer les projets artistiques, la puissante MC2 ayant un budget de production pour la danse. Mais le vent a tourné. Lundi 16 février, lors du conseil d'administration du CCN de Grenoble, la représentante du ministère de la culture a ainsi annoncé que le projet de fusion était désormais écarté. Un arbitrage délicat, à la veille des élections départementales des 22 et 29 mars, dans un contexte de turbulences pour la culture. * […]* * L'affaire a été examinée de près au ministère de la culture : le directeur général de la création artistique (la DGCA) n'est autre que Michel Orier, lequel a dirigé la MC2 de Grenoble de 2002 à 2012. Et la déléguée danse de la DGCA, Irène Basilis, nommée par M. Orier, était chargée de la programmation danse à la MC2.* […] L'association qui regroupe les dix-neuf CCN du territoire ne voulait pas d'un démantèlement du réseau et craignait que le CCN devienne un simple département de la MC2, sous l'autorité de son directeur. Ce qui aurait été un mauvais signal, alors que le milieu de la danse [célébrait] les 30 ans des Centres chorégraphiques nationaux, le 19 février. L'inquiétude a porté, également, sur la pérennité des missions du CCN : lorsque l'actuel directeur de la MC2 prendra sa retraite, qu'adviendra-t-il du département danse ? Un autre élément est venu alourdir la balance. Ces dernières années, le conseil général PS de l'Isère a diminué son soutien à la MC2. La fusion risquerait-elle de fragiliser encore les équilibres ? Le pour et le contre ont été pesés. * « Les collectivités locales qui soutiennent le CCN de Grenoble – ville, département, région – ont fait savoir qu'elles s'en remettaient au choix de la ministre », explique-t-on Rue de Valois. Et Fleur Pellerin a décidé de ne pas fusionner le CCN historique de Grenoble.” *

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Dérapages A propos de Michel Orier, Laurence Liban en dresse dans L’Express * un singulier portrait dans un dossier sur le « malaise généralisé » qui affecte le milieu du théâtre. “Avec l’arrivée Rue de Valois, en 2012, d’Aurélie Filippetti et de Michel Orier, c’est l’indépendance même de l’artiste qui est en danger , estime-t-elle, à travers la remise en question des centres dramatiques nationaux (CDN). […] S’estimant * « enfumés » ou * « manipulés », les professionnels rencontrés [par * L’Express*] refusent d’être cités. D’autant plus que la subvention accordée aux directeurs en fin de mandat est assortie d’un devoir de réserve… très efficace. Pourtant, la liste des accusations est longue envers Michel Orier : propos misogynes, violences verbales, tendances colériques, mépris… […] Sans parler des « cafouillages » qui se multiplient : dossier de candidature à la Comédie-Française disparu, parité à l’arrache, grandes institutions confiées à des metteurs en scène sans expérience… Interrogé sur ces « dérapages », Michel Orier répond : * « Le débat démocratique peut être vif, surtout à un poste aussi exposé que le mien. […] Je dis les choses, c’est tout. » « C’est vrai qu’il est cash », sourit l’un, tandis que l’autre met en avant sa faculté à défendre les causes auxquelles il croit. Confirmées par des témoins, amplifiées peut-être, ces accusations et affaires constituent un « légendaire » à prendre avec prudence , tempère Laurence Liban. Mais ce légendaire témoigne d’un climat de suspicion et, peut-être, d’un sentiment de toute-puissance, dû à l’absence de prise en main de son ministère, dès son arrivée, par Aurélie Filippetti. Aujourd’hui, la balle est dans le camp de Fleur Pellerin. A l’heure de tous les dangers, les gens de théâtre attendent qu’elle reprenne les rênes, en fondant son projet sur une véritable vision, le tout dans la clarté et la confiance. C’est à ce prix que l’exception théâtrale française continuera d’exister.”

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L'équipe

Antoine Guillot
Antoine Guillot
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
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