France Culture
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"Les damnés" de Luchino Visconti
"Les damnés" de Luchino Visconti

Le festival d'Avignon sera plus court cette année. On y verra sans nul doute Régine Hatchondo, fraichement nommée à la Direction générale de la création artistique, un poste crucial en cette année encore riche en nominations, ce seul réel pouvoir du ministère de la Culture. Au plan local, c'est encore et toujours la culture qui pâtit des restrictions budgétaires. Cette semaine, l'exemple de l'Allier.
“La prochaine édition du Festival d'Avignon , nous apprend La Croix, se déroulera du mercredi 6 juillet au dimanche 24 juillet, soit une durée de dix-huit jours, contre vingt et un l'an dernier. La raison officielle en est la clôture tardive de l'année scolaire – le 5 juillet. Or, * « nous avons besoin de plusieurs établissements scolaires pour les représentations », explique Paul Rondin, directeur délégué du festival. Cette réduction de la durée n'affectera pas le nombre de places mises en vente et de spectacles. Si la programmation définitive ne doit être dévoilée que les 24 et 25 mars, d'abord à Avignon, ensuite à Paris, la venue de la Comédie-Française dans la cour d'honneur du palais des Papes est déjà annoncée. Elle ouvrira le festival avec une adaptation du film * Les Damnés* de Visconti, mise en scène par le Belge Ivo van Hove.” *

Chasseuse de têtes Nul doute qu’y assistera Régine Hatchondo. La “conseillère Culture et Médias de Manuel Valls succède à Michel Orier à la Direction générale de la création artistique [du ministère de la Culture], celui-ci ayant été nommé inspecteur général des Affaires culturelles , a-t-on lu dans Libération. C’est Nathalie Sultan, ex-directrice de la communication du Théâtre du Rond-Point (après avoir été chargée des relations presse au Théâtre de la Bastille et secrétaire générale du Théâtre 71 de Malakoff , précise Le Journal des Arts), qui reprendra le poste auprès du Premier ministre.” “Régine Hatchondo , lit-on encore dans le *JDA, a une carrière riche et diversifiée dans la culture, très axée sur le cinéma. Mais elle a d’abord commencé dans le théâtre en tant qu’administratrice du Théâtre national de Chaillot.” * Ce qui ne sera pas de trop pour épauler Fleur Pellerin dans son occupation principale : les nominations. Car comme l’écrit Michel Guerrin dans Le Monde , *en 2016, la ministre de la culture devra endosser le job de chasseuse de têtes. Plusieurs lieux, parmi les plus prestigieux, verront en effet leur patron partir ou au contraire être prolongé : Grand Palais et Théâtre de Créteil (janvier), Théâtre de la Colline (février), Musée d'Orsay et Bibliothèque nationale de France (mars), Théâtre de Chaillot (juillet), Château de Versailles (octobre). On saura aussi, avant l'été, qui deviendra, dans deux ans, le patron du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence. Quant à la Philharmonie de Paris, son président, Laurent Bayle, devrait être reconduit pour cinq ans dans les semaines qui viennent. Les postes sont fabuleux, hyperconvoités, ils changent une vie. Autant dire que la ministre aura l'esprit occupé. Il faut sonder, consulter, convaincre, décourager des candidats, déjouer les coups tordus, séduire des élus… Ça se complique quand un sortant ne veut pas sortir. Ainsi, depuis cinq ans, les grosses nominations sont auréolées de polémiques, d'hystérie même, avec le sentiment que le ministère ne contrôle pas grand-chose. Les nominations sont contestées, parce que les ministres et leurs conseillers ont perdu en légitimité. Alors les critiques pleuvent, parfois excessives : fait du prince, copinage, sexisme, salaires mirobolants.” *

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Jouets Dernier épisode en date, rappelle Michel Guerrin, “en septembre 2015, la comédienne et ancienne directrice de la Comédie-Française Muriel Mayette rejoint la Villa Médicis, à Rome, qui est un lieu d'art et de patrimoine, voire de musique – trois champs qui lui échappent. Dans un entretien surréaliste au * Monde du 29 décembre 2015, cette dernière dit vouloir mettre en place à la Villa des jeux de société pour les enfants et monter une exposition sur les jouets. Demain, macramé ? Comme si un patron de lieu culturel pouvait faire son menu au feeling.” * Quoi qu’il en soit, “le ministère de la culture a tout intérêt à ce que cette vague de nominations se passe bien car c'est à peu près ce qui lui reste à faire. Exagéré ? Dès 2011, Nathaniel Herzberg publiait une analyse dans * Le Monde avec ce titre : * « La politique culturelle réduite au pouvoir de nomination ».* Les arguments ? La tutelle sur les musées ou salles de spectacle a été transférée aux villes ou aux régions – ce sont elles qui paient la marge budgétaire du ministère est si faible que, fin janvier, il a déjà distribué une grande partie de son argent ; quant aux gros musées, opéras, théâtres, bibliothèques, ils vivent en autonomie. En quatre ans, ces facteurs se sont aggravés, et puis ce ministère, par manque de temps, est quasi condamné aux affaires courantes jusqu'à * 2017.”

Un désintérêt total pour le domaine artistique C’est donc au plan local que ça se joue, et parfois ça fait mal. Prenons l’exemple de l’Allier. Le 15 décembre, rapporte Sophie Garnier dans La Montagne , “la suppression de certaines subventions du Conseil départemental a été votée. Pour les compagnies théâtrales * [qui ont perdu les leurs], c’est la consternation. […] * « C'est comme si l'Allier donnait son congé aux artistes, en leur disant au revoir et merci », souligne amèrement Pierre Meunier, metteur en scène pour le Cube à Hérisson. […] Michel Cegarra, du Domaine M de Cérilly, enchaîne : * « Cela montre un désintérêt total pour le domaine artistique. Il y a du souci à se faire, pas seulement pour nous mais aussi pour les gens, qui vont se retrouver dans une pénurie culturelle importante. C'est un choix politique franc et net absolument délirant. Nous avons tenté de contacter le Conseil départemental, on ne veut pas nous rencontrer. En 35 ans, je n'ai jamais vu ça. » […] Face à cette menace pour leur avenir, les compagnies professionnelles de théâtre comptent bien réagir pour défendre au mieux leurs intérêts. En commençant par souligner l'attractivité de leurs activités. * « Toutes [ces] compagnies […] rapportent plus au territoire qu'elles ne coûtent », affirme Elena Blond, présidente de l'association le P'tit bastringue. Claudine Bocher, responsable de production de la compagnie La belle meunière, au Cube, ajoute : * « Nous provoquons les spectacles. C'est grâce à nous que de nombreuses personnes sont venues s'installer dans cette région pourtant peu attractive. Rien qu'à Hérisson, une soixantaine de jeunes sont venus grâce au théâtre. Et nous exportons également l'image de l'Allier, notamment au festival d'Avignon. » Les compagnies souhaitent réagir, avec la création en cours d'un collectif de soutien. * « On compte saisir le conseil d'État*, ajoute Michel Cegarra, * car une attaque contre la culture est anticonstitutionnelle. »*” * Qu’à cela ne tienne, une constitution, ça se modifie, n’est-ce pas ?