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“25 000. C’est, en euros, * apprend-on dans Libération , la somme réclamée par une Moscovite en dédommagement de la * « souffrance morale » que lui a causée la vision de l’opéra * Rouslan et Ludmila, présenté au Bolchoï dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov, fournie, selon la plaignante, en connotations sexuelles. La requête a été rejetée lundi dernier par le tribunal de Moscou.“*

Tiens, puisqu’on parle de pièces choquantes, j’avais évoqué il y a trois mois comment, en annonçant qu’elle allait monter une pièce mettant en scène le manifeste de 1 518 pages qu’Anders Behring Breivik avait diffusé sur Internet quelques heures avant de commettre ses crimes, la troupe danoise du CaféTeatret, à Copenhague, avait scandalisé les Norvégiens. Alors que s’ouvre aujourd’hui le procès de l’homme qui a tué 77 personnes en Norvège, en juillet 2011, dont 69 participants à un camp de jeunes sociaux-démocrates sur l’île d’Utoya, c’est un autre théâtre, le théâtre De Balie, à Amsterdam, qui a décidé de faire parler Anders Breivik, nous rapporte le correspondant sur place du journal Le Monde , Jean-Pierre Stroobants. Et selon lui, plutôt que le scandale, c’est la perplexité que suscite cette pièce. Dans celle ci, intitulée *Breivik ontmoet Wilders * (Breivik rencontre Wilders ), *“le Norvégien est, par hasard, cloîtré pendant près d’une heure dans un salon de l’aéroport d’Heathrow avec le dirigeant d’extrême droite néerlandais Geert Wilders. Et il va lui reposer sans cesse la même question : * « Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? » Breivik et Wilders, deux visages de l’obsession antimusulmane qui se répand en Europe, ne concluront pas. Ils laisseront le public de De Balie confronté à sa propre interrogation : le programme d’un dirigeant comme Wilders est-il une source d’inspiration pour des terroristes comme Breivik, prêts à prendre les armes pour éviter la victoire d’un islam totalitaire sur un Occident « aveuglé » par le multiculturalisme ?

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Le chroniqueur et écrivain Theodor Holman, auteur de la pièce – en réalité, une lecture par deux acteurs – jouée les 22 et 25 mars à Amsterdam, n’apporte aucune réponse claire. Il a voulu lancer un débat qu’il n’arrive pas à trancher, comme s’il ne pouvait se départir de son intérêt, voire de sa fascination, pour ses deux personnages. Ami très proche du défunt Theo Van Gogh, assassiné par un djihadiste en 2004 parce qu’il avait, dans son film * Submission, critiqué le sort réservé aux femmes par les fondamentalistes musulmans, Theodor Holman résume involontairement la confusion qui règne en ce moment aux Pays-Bas.*

Pour les uns, Geert Wilders est un néofasciste, adepte des théories du choc des civilisations, un dangereux boutefeu qui pollue le débat public, surtout depuis qu’il est devenu un soutien indispensable du gouvernement minoritaire en place. Pour d’autres, il incarne la liberté d’expression et une forme de résistance que l’Occident devrait opposer aux formes les plus obscurantistes d’une religion.

Pour des illuminés comme Anders Breivik, il est, enfin, un modèle : * « Je vous admire », dit, dans la pièce, le jeune Norvégien à son mentor, cité une trentaine de fois dans le « manuel » de 1 500 pages dans lequel le tueur de l’île d’Utoya avait consigné sa vision de la société. Il * « admire »* mais, lui fait dire Theodor Holman, il songe surtout à aller bien plus loin. Il rêve d’une * « destruction totale »* de * « l’enfer »* moderne que constituent * « les musulmans, les marxistes culturels, les fascistes, les adeptes du politiquement correct, les gens de gauche et tous ceux qui renoncent au martyre ». Face à ce jeune homme qui n’a encore tué personne à ce moment, le Geert Wilders imaginé par Holman se définit comme démocrate, athée mais défenseur de la chrétienté, protecteur de ces enfants que Breivik veut punir pour éviter qu’ils reproduisent les erreurs de leurs parents. * « Je vous quitte avec le triste constat que nous pensons la même chose, que nous jugeons, analysons et ressentons de la même manière mais que nous agissons différemment », conclura Breivik. Geert Wilders se demandant : * « Est-il vraiment fou ? »

La salle de la première a hésité à applaudir. Dubitative face à ce texte ni vraiment provocateur ni vraiment profond ? Dommage, compte tenu de l’ampleur du sujet qu’il était censé embrasser » , conclut le correspondant du Monde à Amsterdam.

L’actualité politique, mais aussi meurtrière, de l’année écoulée dans une autre partie du monde fait également l’objet d’une mise en scène théâtrale, en Jordanie cette fois, a-t-on pu lire là encore dans Libération . “Peu coutumiers des représentations théâtrales engagées, les Jordaniens ont pu délaisser, pour quelques minutes, leur respect imposé de l’autorité pour rire aux éclats d’une satire sur les despotes balayés par les printemps arabes. La pièce est baptisée * Maintenant, je vous ai compris, en référence aux propos tenus par le dictateur tunisien Ben Ali quelques heures seulement avant qu’une révolte populaire ne l’oblige à quitter son pays. Le comédien Moussa Hijazin, qui incarne l’un de ces autocrates mettant en coupe réglée leur pays, n’épargne pas le régime jordanien. Il l’accuse de népotisme et le dépeint comme incapable de mener à bien de profondes réformes et d’éliminer la corruption latente. La pièce, considérée comme franche et directe, a le mérite de soulever des questions qui dérangent. C’est pourquoi elle a attiré de nombreux spectateurs. Parmi eux, plusieurs responsables gouvernementaux, ainsi que le roi Abdallah II lui-même, accompagné de son épouse, la reine Rania qui, selon des témoins, ont tous deux * « ri aux éclats ».“

Le roi est mort de rire. Le roi se meurt , c’est le titre de la pièce à l’issue des représentations de laquelle Michel Bouquet avait annoncé, en décembre, qu’il ne monterait plus sur scène. « J’ai 86 ans, je n’en peux plus, * avait-il déclaré. Quand on est proche du chagrin, de l’abattement, il faut arrêter… »* Eh bien bonne nouvelle, nous apprend Le Parisien , Michel Bouquet n’aura pas tenu longtemps loin des planches : à partir du 12 septembre, il reprendra Le roi se meurt . « J’ai laissé passer six mois, je me suis reposé tranquillement , confie-t-il au Parisien . *Et quand, tout à coup, le directeur du Théâtre des Nouveautés m’a proposé de refaire une série de cinquante représentations, j’ai dit : * Oui, pourquoi pas ? Etre sur scène, ça ne me cause que du plaisir » , conclut Bouquet.

Et au spectateur aussi, dans le meilleur des cas…