Publicité
En savoir plus

Epilogue malheureux à un des feuilletons de cette revue de presse, dont je vous parlais la semaine dernière encore. “Le Paris-Villette baisse le rideau , écrit Nathaniel Herzberg dans Le Monde . Après plusieurs années de conflit avec le directeur, Patrick Gufflet, la Mairie de Paris a annoncé, * [jeudi dernier] 27 septembre, qu’elle n’accorderait pas de nouvelle rallonge à son théâtre municipal situé dans le 19e arrondissement. A quatre jours de l’ouverture de la saison, elle a décidé de mettre en place * « un nouveau projet »* avec * « un nouveau directeur ». La Mairie * « reconnaît la qualité et l’audace de la programmation de Patrick Gufflet ». Nombre de talents de la scène française ont fait leurs premiers pas au Paris-Villette, de Yasmina Reza à Joël Pommerat. Mais le directeur a placé l’établissement dans * « une impasse financière ». Une subvention annuelle passé de 645 000 euros à 865 000 entre 2000 et 2012, un apport supplémentaire de 150 000 euros accordé en 2011 pour combler le trou, une fréquentation passée de 14 273 à 4 000 spectateurs payants entre 2006 et 2011 : les mesures prises par Patrick Gufflet ont été * « insuffisantes et inefficaces », déplore la Mairie de Paris. La semaine dernière, le directeur du Paris-Villette avait lui-même alerté l’opinion * (c’est ce dont je vous avais parlé). Devant le refus de la banque d’accorder un découvert, il réclamait des pouvoirs publics un coup de pouce, faute de quoi la cessation de paiement surviendrait le 1er octobre. La Mairie a donc tranché. Si elle ne souhaite * « ni fermer ni voir disparaître » l’établissement, elle entend en modifier sensiblement le projet. Pour cela, elle assure vouloir * « poursuivre avec détermination le dialogue engagé avec l’Etat, propriétaire des lieux ». Elle promet d’ «accompagner »* les salariés et les compagnies programmées en 2012-2013. Des créneaux pourraient leur être proposés dans les autres théâtres municipaux. Autant d’engagement que Patrick Gufflet juge factices. Pour lui, * « la fermeture immédiate du Paris-Villette »* est annoncée. Devant cette décision * « catastrophique », il a décidé de maintenir * « coûte que coûte » les représentations des deux spectacles programmés à partir du 1er octobre * (ce soir), * Une mouette et * Bienvenue dans l’espèce humaine*. Il appelle aussi à un rassemblement de soutien le 6 octobre devant le théâtre.”*

Ce feuilleton (provisoirement ?) clos, un autre s’ouvre : “C’est officiel : Brigitte Lefèvre, directrice de la danse * [de l’Opéra de Paris], prendra sa retraite en 2014. Sa succession est donc ouverte, selon une règle toute nouvelle* , raconte Ariane Bavelier dans Le Figaro. Alors que le directeur de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris est nommé par décret en Conseil des ministres, celui de la danse l’est par le seul directeur de l’Opéra. Cette procédure de nomination – « en catimini » critiquent certains – va être appliquée pour la première fois. Elle a été mise en place par Hugues Gall lorsqu’il a dirigé l’Opéra de Paris, entre 1995 et 2004. Familier des arcanes et des éblouissements du ballet, il lui semblait nécessaire que le patron de l’Opéra soit assuré d’avoir un directeur de la Danse en phase avec lui, le Ballet assurant une partie considérable des recettes nécessaires aux productions lyriques. Sans même savoir s’il est ou non renouvelé à la tête de l’Opéra de Paris, Nicolas Joël entend nommer le nouveau directeur de la danse. * « C’est une prérogative du directeur de l’Opéra, dit-il* , et j’entends l’exercer. Je donnerai le nom en mars, au moment du lancement de saison. »* Peut-être même plus tôt : Brigitte Lefèvre a déjà bouclé la programmation pour la saison 2014-2015 et elle tient à éviter à la compagnie de 150 danseurs les flottements et les incertitudes d’une campagne de succession. En ce qui concerne la danse, Nicolas Joel s’en remet à Brigitte Lefèvre, qui a organisé un changement dans la continuité. Le dauphin est dans les murs, et déjà maître de ballet associé à la direction de la danse depuis deux ans : c’est Laurent Hilaire, 50 ans. Soleil noir, façonné par Noureïev, choisi par les chorégraphes, longtemps partenaire de Sylvie Guillem avec qui il a dansé à la Scala, au Royal Ballet, à l’ABT. C’est par ailleurs un excellent maître de ballet. Au sein même de la compagnie, il a un rival de taille : Nicolas Le Riche, danseur solaire, puissant, irrésistible de charisme et de sensualité, qui a succédé à Laurent Hilaire comme partenaire de Sylvie Guillem. Il devrait prendre sa retraite d’étoile fin 2013-2014, à 42 ans et demi, au moment même où Brigitte Lefèvre s’en ira, et ne possède donc encore aucune expérience comme directeur de compagnie. L’influent Philippe Villin, banquier d’affaires et vice-président de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris (l’Arop), mène activement sa campagne. Les projets artistiques d’Hilaire et de Le Riche ne sont pas dévoilés. Est-il souhaitable, cependant, * s’interroge la journaliste du Figaro, que la compagnie, qui passe pour la meilleure du monde, soit dirigée par un danseur rompu aux mœurs du sérail mais dépourvu de toute expérience extérieure ? Après les vingt années Lefèvre, ne faut-il pas élargir le casting ? D’autant plus que, dans les temps de récession qui s’ouvrent, le Ballet doit absolument être dirigé par une forte tête. S’il est certain qu’il remplira les salles et les caisses avec les sempiternels * Lac des cygnes et * Casse-Noisette*, il lui faut des défis plus novateurs pour garder élan et éclat. Déjà, de cinq ou six créations, on est cette saison passé à deux. L’enjeu mérite qu’on cherche ce nouveau Noureïev qui tiendra tête, façonnera une génération de jeunes étoiles, inventera des projets originaux et boostera durablement la compagnie. Existe-t-il seulement ? Les grands danseurs comme Sylvie Guillem, Manuel Legris, en train de ressusciter superbement le Ballet de Vienne, en Autriche, ou Eric Vu An, directeur de Nice, doivent être sollicités, de même que les chorégraphes rompus à la danse classique comme Benjamin Millepied ou Jean-Christophe Maillot. A l’étranger, on peut aussi penser à Forsythe, familier de la compagnie depuis 1987 ou Ratmansky, jeune ex-directeur du Bolchoï. Il n’est pas obligatoire d’être français pour bien diriger le ballet. Aujourd’hui, Noureïev reste le modèle. Il est vrai qu’il lisait Saint-Simon pour essayer de comprendre le fonctionnement de l’Opéra…”*

Publicité
Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
Réalisation