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Alors que la Foire internationale d’art contemporain, la FIAC, s’inaugure ce soir, c’est la “mobilisation générale contre une fausse bonne idée , constate Vincent Noce dans Libération . Depuis que la commission des finances de l’Assemblée nationale a proposé d’intégrer les œuvres d’art dans l’impôt de solidarité sur la fortune (l’ISF), la communauté culturelle a sonné la trompette. Du jamais-vu : les présidents des grands établissements (la Bibliothèque nationale, le Centre Pompidou, le Grand Palais et la Réunion des musées nationaux, le Louvre, le Château de Versailles, le musée d’Orsay et celui du quai Branly) ont tous signé vendredi une lettre dont * Libération a pu avoir copie. * « La France risque d’assister à la disparition de collections historiques, transmises de génération en génération », avertissent-ils dans cette missive remise à la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, avec copie au chef de l’Etat et au Premier ministre. Les signataires ont été rejoints * [lundi] par sept maires de grandes villes, qui dénoncent cette nouvelle * « menace »* à l’encontre de la culture. Un appel soutenu par des poids lourds socialistes, puisqu’y figurent Martine Aubry (Lille), Bertrand Delanoë (Paris), Gérard Collomb (Lyon), François Rebsamen (Dijon), Pierre Cohen (Toulouse), Roland Ries (Strasbourg) et Michel Destot (Grenoble). * « Ne décourageons pas nos collectionneurs, alors qu’ils constituent l’un des piliers de l’accompagnement de la création artistique et de la préservation de notre patrimoine », lancent les élus, en soulignant l’enrichissement continu de leurs propres musées par les collectionneurs privés, par don ou par paiement de l’héritage. Dans l’immédiat, les Jean-Paul Cluzel, Alain Seban, Guy Cogeval et autres patrons des plus prestigieux établissements français craignent de voir les collectionneurs refuser de prêter leurs tableaux, au point de menacer l’existence de certaines expositions. La taxation des œuvres entraînerait de plus, selon eux, * « un départ pour l’étranger » qui tarirait * « le système des dations comme celui »* du mécénat pour les acquisitions. Ils * « redoutent que beaucoup de propriétaires, qui n’ont pas nécessairement d’autre fortune que ces œuvres d’art, ne les vendent », alors que les musées trouvent difficilement aujourd’hui le moyen de rivaliser avec les acheteurs étrangers. Au total, * « les conditions seraient réunies pour un appauvrissement du patrimoine français ». Outre ses effets délétères sur le marché de l’art, * « un tel impôt*, enchérit Christian Deydier, président du syndicat national des antiquaires, * entraînerait une hémorragie »* dans un pays qui, depuis des années déjà, * « exporte plus d’œuvres qu’il n’en importe ». […]

L’émotion est d’autant plus grande que ce nouveau péril vient après une première menace (finalement déjouée) sur le mécénat et une réduction budgétaire qui affecte les grands établissements. […] La culture se sent fragilisée et l’incertitude demeure sur le vote de l’Assemblée (à l’heure où Vincent Noce écrivait ces lignes). * « Tout dépend des consignes effectives transmises par les conseillers parlementaires de Matignon et du Budget », résume un vieux routier. Dans tous les cas, demeurera l’impact symbolique d’une annonce maladroite. A contre-courant du populisme, toutes ces personnalités lancent un plaidoyer en faveur des collectionneurs, * « des passionnés qui portent des regards avertis sur l’art de notre temps et s’engagent auprès de jeunes artistes », pour les maires * « des descendants d’artistes, des érudits ou des collectionneurs amateurs, qui possèdent des œuvres de grande valeur, souvent sans rapport avec le reste de leur patrimoine », pour les représentants des musées. Même si l’amendement est rejeté, la trace en restera »* , estime pour conclure le journaliste de Libération . Et de fait, le porte-parole des députés socialistes, Thierry Mandon, a annoncé hier qu’ils ne voteraient pas ledit amendement, pouvait-on lire sur lefigaro.fr .

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D’autant que le contexte n’est déjà pas favorable aux collectionneurs, comme le montre un article de Roxana Azimi dans Le Monde , titré « La hausse de la pression fiscale jette un froid sur la FIAC » . “Ces derniers temps, certains amateurs français sont à la diète , constate-t-elle. D’autres achètent encore, mais du bout des doigts. Pourquoi tant d’hésitations ? Pour les portefeuilles les moins garnis, la crise est passée par là. Mais plus que tout, la hausse des impôts taraude les amateurs. Le collectionneur grenoblois Bruno Henry, qui avait l’habitude d’acheter dix à quinze œuvres par an, a ainsi mis le holà. * « Il y a un climat fiscal général plutôt anxiogène, qui résulte de l’instabilité fiscale chronique en France », admet Fabien Vatinel, directeur adjoint de l’ingénierie patrimoniale de Neuflize OBC. […] * « Le collectionneur français classique, l’entrepreneur à succès qui s’offrait des œuvres, a freiné. Les effets d’annonce ont été maladroits et dommageables*, observe le galeriste parisien Jérôme de Noirmont. * Les élections présidentielles ont toujours tout paralysé. C’est très français. Mais il y a normalement une reprise après. Là, ce n’est pas le cas. Toutes les galeries étrangères qui venaient à la FIAC sentaient que Paris était devenue une place importante. Le vent peut vite tourner. » […] * « Au-delà de la taxation des hauts revenus qui vise les collectionneurs et les marchands, ceux qui seront très pénalisés seront les artistes français bénéficiant d’un solide marché national, observe la galeriste parisienne et bruxelloise Nathalie Obadia. * Ils vendront moins et seront donc moins compétitifs sur la scène internationale lors de manifestations comme les biennales ou Art Unlimited, à Bâle, car ils auront moins de moyens pour produire des œuvres ambitieuses. Cela va accentuer la visibilité des artistes de pays prescripteurs comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, qui ont un solide marché national. » Néanmoins, malgré la frilosité ambiante, certaines initiatives pourraient sortir les amateurs de leurs tanières. Notamment celle de la collectionneuse Sandra Mulliez, qui, pour aider le Palais de Tokyo à Paris, dont les subventions seront à la baisse, a imaginé une vente aux enchères de lots immatériels, organisée au sein du musée * [lundi dernier]. Le principe ? Mettre en vente non pas des œuvres, mais des moments de rêve avec un artiste. L’adjudicataire pourra ainsi se faire mouler le corps par Daniel Firman. Ou manger un dîner iranien préparé par * [la photographe]* Shirin Neshat. Ou encore passer une soirée dans un night-club avec Francesco Vezzoli. Mise à prix de ces plaisirs immatériels ? Celui du désir”* , conclut, toute émoustillée, Roxana Azimi dans Le Monde.