Publicité
En savoir plus

“A l’ère du numérique , note Tanzina Vega dans les pages du New York Times republiées par Le Figaro, les choix de casting d’Hollywood peuvent immédiatement déclencher un débat public . Et lorsque s’y mêlent des questions de race et de célébrité, la discussion risque de devenir houleuse. Les médias en ligne bourdonnent de critiques depuis que l’on sait que Zoe Saldana devrait tenir le rôle de Nina Simone dans * Nina, un film qui raconte la vie de la chanteuse. Ce n’est pas le talent d’actrice de la jeune femme qui est mis en cause. En réalité, la controverse se focalise sur la question de savoir si c’est pour son teint clair, à l’opposé de celui de Nina Simone, que la jeune femme a été sélectionnée, un choix plus acceptable pour une production hollywoodienne qu’une actrice à la peau foncée. * « Hollywood et les médias ont tendance à rendre moins ethniques de nombreuses histoires, surtout quand il s’agit de comédiennes noires »*, affirme Tiffani Jones, créatrice du blog Coffee Rhetoric. Elle a rédigé un post intitulé * (Mis)Casting Call : The Erasure of Nina Simone’s Image (Erreur de casting : le gommage de l’image de Nina Simone).

« Quand aura-t-on le droit de ne pas correspondre à l’idéal de beauté noire délicate répandu par les médias ? », proteste-t-elle. Son post renvoie à une pétition en ligne demandant à Cynthia Mort, scénariste et réalisatrice du film, et à Jimmy Iovine, producteur exécutif, de * « remplacer Zoe Saldana par une actrice qui ressemble au moins un peu à Nina Simone ». Elle a recueilli des milliers de signatures. La controverse a fait du bruit en partie à cause de la place importante occupée par Nina Simone dans l’histoire de la musique et sur le plan social. Décédée en 2003 à l’âge de 70 ans, elle était non seulement une pianiste classique confirmée, mais une véritable diva, chantant de sa voix de velours aussi bien du folk que du jazz ou du blues. Dans les années 1960, devenue une figure majeure du Mouvement des droits civiques, elle écrivait des chansons sur le racisme visant les Afro-Américains. Elle était fière de son apparence, si peu conforme aux normes du show-business, de son style mêlant bijoux et coiffures d’inspiration tribale. * « Son physique contribuait à son charisme », explique Yaba Blay, spécialiste de l’Afrique et de la diaspora. * « C’était une femme qui s’imposait et triomphait en dépit de son physique particulier. » Selon Cynthia Mort, qui est blanche, le film ne se veut pas une biographie rigoureuse mais plutôt * « une histoire d’amour à propos d’une artiste partie à sa propre découverte ». Elle dit n’avoir pas encore confirmé l’attribution du rôle à Zoe Saldana. La rumeur qui a révélé ce casting a incité Simone Kelly, la fille de Nina Simone, à rédiger un message adressé aux fans de sa mère, sur la page Facebook officielle dédiée à celle-ci. Elle indique que les ayants droits de la chanteuse n’ont pas été sollicités pour collaborer au film. * « Ma mère a grandi en s’entendant dire que son nez était trop épaté, que sa peau était trop foncée », rappelle-t-elle. Sous cet angle-là, Zoe Saldana * « n’est pas le meilleur choix ».”

Publicité

En France, c’est une autre polémique, beaucoup plus feutrée, qui agite le monde du cinéma et de ses institutions, comme le raconte Olivier Séguret dans Libération * : “depuis la disparition, le 29 juillet, de Chris Marker, la discussion autour de sa succession soulève un certain embarras , constate-t-il. L’éclectisme tous azimuts du cinéaste-monteur-photogra-phe-écrivain-avatar-séducteur-geek donne un tour complexe à la question pratique de l’héritage culturel. Les services de l’Etat ont entrepris de leur côté, faute d’héritier direct connu, une « recherche de famille » au cas où existerait tout de même un arrière-petit-neveu pouvant prétendre à quelques droits. Le legs artistique, lui, ne manque pas de candidats. La Cinémathèque française espère notamment accueillir une partie de ce fonds de documents qui concerne le cinéaste. De son côté, l’Imec (Institut mémoires de l’édition contemporaine) a tenu à faire savoir * [à Libération ], par la voix de son directeur Olivier Corpet, qu’il entendait participer au partage : * « Dans la mesure où nous sommes la seule institution avec laquelle Marker ait pris contact expressément, nous ne pouvons pas être tenus à l’écart des décisions qui seront prises. » Le pôle d’intérêt de cet institut couvre tout ce qui passe par l’écrit dans les pratiques artistiques. Des archives de cinéastes comme Eric Rohmer ou Robert Kramer y sont par exemple conservés. En 2003, Chris Marker a effectivement pris contact avec Albert Dichy, directeur littéraire de l’Imec : * « C’était avant son déménagement, quand il a changé d’étage dans le même immeuble du XXe arrondissement. Il nous a autorisé à faire un film à ce moment-là. Il m’a demandé si nous pouvions être intéressés par des archives audiovisuelles, des captations dont il pensait ne plus se servir. J’ai accepté à condition que ce soit l’embryon d’un fonds plus consistant à venir. Il était d’accord. Il m’avait dit s’être adressé à d’autres organismes qui l’avaient refusé, mais je ne sais pas lesquels. » Après avoir transféré une trentaine de cartons contenant ces archives, l’Institut mémoires de l’édition contemporaine a ensuite transféré à Marker l’inventaire qui en avait été dressé. Dichy se déclare tout particulièrement intéressé par les connexions de Marker avec la littérature, établies depuis ses activités de jeunesse aux éditions du Seuil. * « Il se définissait lui-même comme un “écrivain-cinéaste“, et c’est précisément pour cela que le profil de l’Imec lui plaisait », argumente le directeur littéraire. Pour l’instant, le fonds conservé par l’institut consiste essentiellement en divers lots de cassettes VHS où sont enregistrés des captations et des montages que Chris Marker composait lui-même depuis des années, ainsi que quelques rushes de films anciens, des dossiers de production et toute sortes de papiers. * « Il avait le projet de nous donner davantage, notamment l’ensemble des photos et des archives écrites », revendique Olivier Corpet, qui ne souhaite pas, comme l’idée en a été émise, que l’on donne les ordinateurs et le matériel de Marker à une association qui les recyclerait. * « Il faut conserver l’installation originale. A l’Imec, nous pouvons préserver une partie de ce dispositif. Conserver tout cela demande beaucoup de précautions et je crains la foire d’empoigne. Mais personne n’est encore entré en contact avec nous… », a-t-il précisé à * Libération*.*

Dommage, en effet, que tant d’acteurs si volontaires pour préserver l’héritage de Marker n’aient pas encore été réunis pour en discuter” , regrette pour finir Olivier Séguret.

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
Réalisation