Publicité
En savoir plus

En France, le ministère de la Culture tente de rattraper le temps perdu, d'aucuns espèrent que la fusion des régions permettra de repenser la politique culturelle. Et pendant ce temps, en Angleterre, on promeut la diversité... S i “on connaîtra en mars le programme définitif du Festival d’Avignon” , il semble déjà, nous apprend Le Figaro , que “le metteur en scène Thomas Ostermeier devrait être présent, et [qu’il] pourrait diriger le directeur de la manifestation, Olivier Py, dans le rôle-titre du * Roi Lear de Shakespeare. Un jeune Lear d’à peine 50 ans.” * En parlant de jeune d’à peine 50 ans, Libération et La Croix nous ont donné des nouvelles de Stéphane Braunschweig, candidat de dernière heure, et malheureux, au poste d’administrateur de la Comédie-Française. “Directeur du Théâtre national de la Colline à Paris depuis 2010, [il] a été renouvelé pour trois ans à ce poste. […] Il y poursuivra , nous dit La Croix, sa défense d’un théâtre de création, contemporain ouvert aux jeunes artistes, aux jeunes compagnies et aux formes nouvelles.” * Pas d’annonce de création de troupe, comme au Français, en revanche, et pourtant le sujet est à la mode. “Face au désir croissant de troupes théâtrales dans le secteur public, le ministère de la Culture étudie la possibilité de créer environ cinq grandes « compagnies nationales »* , révèle Laurence Liban dans *L’Express. Cette bonne nouvelle possède son revers puisqu’elle impliquerait la fermeture de centres dramatiques nationaux. Aujourd’hui, la France compte une seule et unique troupe : la Comédie-Française. Les Tréteaux de France, dirigés par Robin Renucci, ont le statut de CDN itinérant. Quand au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, il s’agit d’une société coopérative et participative, une Scop.” *

La situation de la culture est délicate Ces études mises à part, “s ur le terrain, la Rue de Valois tente […] de rattraper le temps perdu , constate Clarisse Fabre, qui enquête dans Le Monde sur l’inquiétude que suscitent la réforme territoriale et les coupes budgétaires des collectivités locales*. Après avoir diminué le budget de la culture de 2012 à 2014, le gouvernement a changé de position : c'est Manuel Valls en personne qui a annoncé la sanctuarisation des crédits jusqu'en 2017, et même promis une légère hausse pour 2016.* Enfin, une partie du budget a été dégelée pour 2015 – débloquant les crédits des deux missions « création » et « transmission des savoirs ». Car la situation de la culture est délicate. Fusion des régions ou pas, des élus locaux suppriment des manifestations culturelles ou reprennent en main des programmations. Il y a les difficultés économiques des collectivités, qui subissent entre autres la baisse de la dotation de l'Etat. S'y ajoutent des arbitrages politiques défavorables à la création contemporaine : des gestes qui se sont multipliés depuis que la droite a gagné les élections municipales de mars 2014. *A la nouvelle architecture des grandes régions qui se profile, il faut donc superposer la carte de la culture en souffrance, avec la liste des lieux ou festivals disparus. Au Syndeac, syndicat d'employeurs du spectacle vivant, la présidente, Madeleine Louarn, avertit : * « La fusion des régions ne va pas se faire en un jour. Pendant la période de transition de deux ou trois ans, il faudra veiller à ne pas défaire ce qui a été fait. »

Publicité

La région Haute-Normandie, appelée à fusionner avec la Basse-Normandie, est dans le viseur. La disparition du festival pluridisciplinaire – et emblématique – Automne en Normandie, annoncée en novembre 2014 * (nous en avons parlé ici), a consterné les acteurs culturels. * « Les élus locaux ont raté une occasion. Avec la création de la grande région, Automne en Normandie aurait dû monter en puissance. C'est l'inverse qui se produit. Au-delà de la fusion annoncée, des motivations budgétaires et un manque de vision politique ont abouti à ce choix », regrette Jean-François Driant, représentant du Syndeac en Haute-Normandie. Et dans l'Eure, la scène nationale Evreux-Louviers est mise à mal par le nouveau maire d'Evreux, l'UMP Guy Lefrand, qui a coupé dans ses subventions et veut la faire déménager. Le directeur de la scène nationale du Volcan, au Havre, voit dans la fusion des régions une chance pour repenser la politique culturelle : * « La situation actuelle, avec les diminutions de crédit, aboutit à ce paradoxe : sur tout le territoire français, on a des théâtres qui ont des plateaux vides, faute de budget pour programmer des spectacles. En face, on a une nouvelle génération d'artistes qui manque de lieux pour travailler. Il y a quelque chose à faire », dit-il.”*

L'anti-Zemmour Il y a quelque chose à faire, c’est sans doute aussi ce que s’est dit un jour Sir Peter Bazalgette, que Le Monde , encore lui, présente comme « l’anti-Zemmour ». “ « Trop de gens ne voient que la haute falaise blanche de l’ordre établi du monde de l’art et pensent qu’ils ne pourront jamais l’escalader », a déclaré, le 8 décembre, le président de l’Arts Council England, le financier de 670 théâtres, compagnies de danse, orchestres et salles de spectacle en Angleterre. C’est pour y remédier que Sir Bazalgette a annoncé un * « changement fondamental » dans la politique du Conseil. Désormais, le critère de * « la diversité »* devra être considéré à chaque fois que sera discuté le financement d’une institution – tant dans la programmation que dans le choix du personnel et l’ouverture au public. Sir Bazalgette a précisé qu’il parlait des « BME » (Black and Ethnic Minorities, 15 % de la population britannique), mais aussi des personnes handicapées et défavorisées. Il a encore déclaré au * Guardian*, le 8 décembre, qu’à peine un dirigeant sur dix d’un espace culturel était issu d’une minorité : * « Trop souvent, les recrues noires et asiatiques douées sont cantonnées dans des postes subalternes. »* Selon lui, il faut un * « changement d’ensemble », et s’appuyer sur * « tous les talents créatifs de la nation ». A ceux qui craignent que cette politique introduise des contraintes trop fortes, Sir Bazalgette a répondu : * « J’appelle cela une carotte, je n’appelle pas cela un bâton, parce que c’est un moyen de faire en sorte que les choses avancent (…). Nous devons ouvrir l’accès au pouvoir et aux ressources. »*” * Ça change des restrictions budgétaires et autres fusions territoriales…