France Culture
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Du Bleu est une couleur chaude en persan à Abdullah X en lutte contre Daesh en passant par Kamala Khan, la super-héroïne musulmane en collants roses : bande dessinée et islam, révolution culturelle ou marché de niche ? “Ecrivain et poétesse iranienne, Sepideh Jodeyri fait l’objet dans son pays d’un lynchage médiatique orchestré par la presse conservatrice de Téhéran , a-t-on lu dans *Libération. On lui reproche d’avoir affiché ses sympathies LGBT en traduisant en persan * Le bleu est une couleur chaude, * BD et best-seller signé Julie Maroh, dont fut adapté * *la Vie d’Adèle, * *d’Abdellatif Kechiche (palme d’or à Cannes en 2013). Déjà censurée et menacée suite à ses prises de position anti-régime, et aujourd’hui exilée en République tchèque, Jodeyri avait découvert le livre par hasard et publié sa traduction via Naakooja, éditeur persanophone basé à Paris. L’annonce d’une lecture de son dernier livre de poésie dans un musée d’Etat a suscité un embrasement de réactions hostiles des conservateurs religieux, qui lui font craindre pour la sécurité de son éditeur à Téhéran. Dans un entretien accordé au site Yagg.com, elle explique : * « Il faut comprendre que la société iranienne en est là où était la France avant 68. Il existe une communauté LGBT, mais elle n’a encore aucune visibilité. »”

Offrir une vision de l'islam plus réelle que celle fantasmée dans la culture anglo-saxonne Ceci dit, islam et bande dessinée peuvent faire bon ménage, même si ce n’est pas forcément là où on l’attendrait. “ Apparue fin 2013 aux États-Unis dans le comic * Ms. Marvel, Kamala Khan atterrit dans les librairies françaises* .* Pas vraiment un personnage à collants (roses) comme les autres,* précise François Ménia dans Le Figaro. La particularité de cette Américaine de 16 ans tient à son origine. Pakistanaise. Et à sa religion. Musulmane. Au synopsis classique, celui d'une fille de 16 ans du New Jersey confrontée aux questions classiques de l'adolescence, s'ajoute donc le déchirement entre les traditions familiales et la culture des États-Unis. L'islam , rappelle le journaliste du Figaro, a déjà été personnifié dans l'univers des comic books, au travers des apparitions de Sooraya Qadir, vengeresse afghane sunnite, membre des X-Men, qui dissimule ses super-pouvoirs sous sa burqa. Kamala est la seule à obtenir sa propre série mensuelle. * « Marvel a compris qu'il y avait un lectorat potentiel captif », admet Ahmed Djebbar, chercheur en sciences musulmanes et ancien ministre de l'Éducation en Algérie. L'éditeur ne s'est pas trompé en effet : chaque mois, le nouvel épisode s'arrache outre-Atlantique. Le premier tome en est à sa septième réédition. Pourquoi un tel succès alors que ce n'est certes pas la première fois qu'un personnage issu d'une minorité accroche sa cape chez Marvel ? Récemment, Spider-Man n'est-il pas devenu afro-américain ? Pour l'éditeur français Aurélien Adinaieros (chez Panini Comics), l'évolution dont Kamala Khan est l'étendard colle à celle de notre société. Avant de reconnaître que l'arrivée d'une super-héroïne musulmane dans l'univers des comics a boosté les ventes malgré une * « aile conservatrice qui râle à chaque incursion de Marvel dans la diversité ». Derrière les aventures de cette super-héroïne se cache la vie de Sana Amanat, son éditrice, elle-même d'origine pakistanaise. Gwendolyn Willow Wilson, journaliste et scénariste convertie à l'islam, en signe le scénario. * « Elles ont voulu offrir une vision de l'islam plus réelle que celle affichée, voire fantasmée dans la culture anglo-saxonne », confirme Ahmed Djebbar, qui a analysé ce phénomène Ms. Marvel. *

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Séduire un public musulman Si ce dernier se félicite de la volonté de présenter Kamala comme une jeune musulmane moderne, il a noté quelques maladresses dans sa pratique religieuse et des fautes de traduction de l'arabe écrit. Pis, certaines cases sont selon lui * « un prétexte, une mise en scène pour présenter la deuxième religion du monde ». Aussi louable soit l'intention, elle pourrait s'avérer contre-productive : * « Cette représentation peut donner une image éloignée de la réalité. Dans les pays occidentaux, la plupart des jeunes filles ne vont pas prier à la mosquée et ne portent pas le voile comme le fait Kamala Khan. Elles vivent leur religion de manière privée. »* N'empêche, Kamala Khan fait son petit effet. À San Francisco, elle est même devenue l'égérie de la lutte contre le racisme. À la suite de messages islamophobes inscrits sur des bus municipaux, une association a utilisé son image comme symbole du refus de la xénophobie. Et si finalement c'était ça, son super-pouvoir ?”* , s’interroge en conclusion François Ménia. A moins que ce ne soit simplement celui “de séduire un public musulman”

« L’esprit d’un chercheur, le cœur d’un guerrier » ** Ce qui est également le but, de façon plus militante encore, d’Abdullah X , une bande dessinée anti-Daesh qui triomphe sur la Toile, nous apprend Mehdi Ouassa du journal marocain Libération. “ « L’esprit d’un chercheur, le cœur d’un guerrier », telle est la devise de cet * Abdullah X, le héros créé par Ahmed, un jeune Britannique de confession musulmane, dans le but d’orienter les jeunes musulmans, loin de la violence et de l’extrémisme, d’empêcher les esprits vulnérables de succomber à l'idéologie radicale et de décourager ceux tentés par le jihad dans les rangs de « l’Etat islamique ». C’est l'histoire d'un jeune musulman londonien, Abdullah X, qui est aux prises avec son identité et sa foi. Une histoire que son créateur, un ancien extrémiste, ne sait que trop bien. Inspiré par les super-héros de son enfance, il a alors créé un alter ego qui reflète son propre parcours : de l’ancien extrémiste à la personne qu’il est devenu aujourd’hui, et qui milite pour la protection des jeunes musulmans, à l’âge de l’adolescence, une phase vulnérable où se forgent leurs personnalités.”* On attend impatiemment le grand mashup Abdullah X / Kamala Khan !