France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

La Biennale de Venise, telle que conçue par Okwui Enwezor, veut sortir du postcolonialisme. De fait, les pavillons nationaux sont-ils devenus un modèle obsolète ? Pendant ce temps, les collectionneurs stressent, et la France, en retard dans ce domaine, propose de l'art sonore. “Conçue par Okwui Enwezor, la Biennale de Venise 2015 [a ouvert] ses portes [le 9 mai]. D’assez faible intensité , selon notre confrère en Dispute Jean-Max Colard dans Les Inrockuptibles , l’exposition internationale qu’il signe dans le cadre de la 56e édition, considérée par certains comme terne et * « ugly », […] entrevoit et entrouvre la porte de sortie hors du paradigme postcolonial. C’est un monde globalisé à l’extrême, tumultueux, gagné par un capitalisme violent, mais un monde plus ouvert que jamais et où tout circule en tous sens. Il faut donc peut-être prendre au mot et au sérieux le titre donné cette année à l’exposition internationale : * All the World’s Futures*, « Tous les futurs du monde ».” *

Un Lion d'or très politique Dans ce monde globalisé et ouvert, les pavillons nationaux sont-ils un “modèle obsolète ?” , s’interroge Sabine Gignoux dans La Croix . Depuis la création du premier pavillon belge en 1907 à la Biennale d’art contemporain de Venise, le nombre de pays désireux d’y présenter « leurs » artistes n’a cessé de croître. Cette année, l’on compte 95 pavillons nationaux, dont le Vatican, présent pour la deuxième fois. Pourtant, * constate Sabine Gignoux, ce modèle nationaliste est largement contesté par les artistes. Dans le pavillon belge, Vincent Meessen a choisi de céder sa place à des créateurs africains interrogeant l’héritage colonial, dont est issue la Biennale. Dans le grenier du pavillon allemand, Tobias Zielony évoque les manifestations de réfugiés sur les toits de Berlin… Dans le pavillon serbe, Ivan Grubanov rend un hommage ironique aux * Nations unies mortes, en écrivant sur les murs les noms d’États disparus – URSS ou Tchécoslovaquie – avec à leurs pieds leurs drapeaux. Quant à l’artiste d’origine arménienne Sarkis, il joue les passeurs transfrontières, en exposant à la fois dans le pavillon turc qui l’a invité dans un geste de réconciliation symbolique, et dans le pavillon arménien avec d’autres artistes de la diaspora. Un pavillon couronné, en cette année du centenaire du génocide arménien, par un Lion d’or, très politique.”

Publicité

Plein les yeux... Mais qu’on se rassure, post-postcoloniale ou postnationale, la Biennale reste bien inscrite sur les cartes du marché de l’art. Et “la vie du collectionneur peut devenir terriblement stressante à Venise ! , compatit Béatrice de Rochebouët dans Le Figaro. Aller à la Biennale est aussi éprouvant que passer un concours, tant il y a à voir dans cette 56e édition regroupant 89 pays dans les pavillons nationaux des Giardini et dans la ville, 44 événements collatéraux et une avalanche d'expositions « off ». Comme tous les deux ans, ce petit monde du marché de l'art s'est retrouvé, avec un nombre grandissant de people désireux de se montrer et surtout d'exister… À l'image des grandes foires, Venise est une gigantesque plateforme de rencontres, un réseau social non virtuel, une réunion d'artistes extraordinaires, un marché accéléré de l’offre et de la demande où de nombreuses affaires se concluent, transactions et expositions. * « Almagul Menlibayeva et Rashad Alakbarov sont les artistes qu’il me faut », lançait toute émue la Parisienne d’origine brésilienne Sandra Mulliez, au sortir du pavillon du Kazakhstan. * « A Venise, on voit ce qui se fait de mieux et cela augmente mon niveau d’exigence pour acheter ensuite »*, ajoute le Bruxellois Alain Servais, qui * « craint le choc thermique en allant à la Frieze de New York et dans les ventes d’art contemporain cette semaine. » A chacun sa Biennale ! Très vite, les groupes d’amateurs se forment quand il s’agit de poser la question fondamentale : la Biennale est-elle faite pour satisfaire les yeux d’une élite d’amateurs venus en avant-première au vernissage ou faire s’interroger plusieurs centaines de milliers de visiteurs jusqu’au 22 novembre sur la portée sociale, culturelle, politique et économique d’une telle manifestation ? […] Si certains se servent de l’événement comme outil de relations publiques, d’autres y viennent pour apprendre mais aussi, plus discrètement, pour faire des acquisitions. * « Ma femme vient à Venise pour en avoir plein les yeux mais moi je ne regarde que les pièces que je peux acheter », lâche [un collectionneur].” *

... et plein les oreilles Plein les yeux, et aussi plein les oreilles, puisque “c’est un musicien de formation, Céleste Boursier-Mougenot, qui représente la France à la Biennale. Le choix n’est pas anodin , considère Roxana Azimi dans M Le magazine du Monde. Voilà deux ans, un autre passionné de musique, l’Albanais Anri Sala, avait incarné la France à Venise, entremêlant pour l’occasion deux interprétations du * Concerto en ré pour la main gauche, de Ravel. Si les institutions allemandes, comme le ZKM, à Karlsruhe, ont toujours joué de la porosité entre l’ouïe et le regard, l’Hexagone a mis du temps à faire une place à l’art sonore. […] Les musées eurent bien souvent des ornières. Ne sachant trop comment présenter la matière acoustique, ils l’ont passée sous silence. Trop compliquée à présenter, trop onéreuse, trop technique, expliquaient-ils. […] * « En France, on a un rapport encore trop visuel à la musique*, reconnaît Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou à Metz et commissaire du pavillon français à la Biennale de Venise. * On ne savait pas comment exposer le son, rendre visible l’invisible, incarner ce que l’on entend. […]Le son, c’est un vrai piège*, raconte-t-elle. * Ça permet de capter les spectateurs plus longuement, ça va en profondeur dans les émotions, les sensations. Ce qui est intéressant, c’est le rapport physique que l’on a avec lui. »* Un rapport qui devient vite addictif. Au point qu’une exposition muette paraît soudain incongrue. * « Dans un musée, on doit normalement être silencieux, comme dans une église. Or même une église est bruyante, souligne l’artiste autrichien Peter Weibel, le patron du ZKM. * Si vous vous retrouvez aujourd’hui à l’intérieur d’un musée sans son, vous vous dites que quelque chose manque. »” * Et à la radio, je ne vous dis pas…

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
Réalisation