France Culture
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Ce n’est certainement pas à vous, chers critiques, que j’apprendrai que la danse est de plus en plus présente dans les arts vivants, à tel point que lors du dernier festival d’Avignon, l’invité d’honneur n’était autre que le danseur et chorégraphe Boris Charmatz,

Ce mois-ci, La Terrasse, journal et magazine culturel de référence des arts vivants, consacre justement un hors-série sur l’état des lieux de la danse en France.

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Dans son édito, Agnès Santi rappelle que la danse est, je cite « le Miroir subjectif et souvent rebelle de notre monde épris de vitesse et que le paysage chorégraphique, en perpétuelle évolution, expérimente et exprime à travers le corps en scène divers types de présences au monde, diverses visions de la société et de l’homme, diverses esthétiques du geste. »

Les envolées lyriques d’Agnès Santi de la terrasse se heurte aux dures réalités de la profession et c’est le quotidien la croix de la semaine dernière qui nous en parle dans un reportage au titre sans équivoque : vie de danseur vie de labeur.

La journaliste, Marie-Valentine Chaudon, tient à préciser que si les salariés du spectacle vivant sont au plus mal, les danseurs et bien eux sont en queue de peloton

Bref, Le danseur ressemblerait d’avantage à un canard boiteux et je rajoute sans le sous qu’à un cygne majestueux.

La journaliste nous apprend que la profession s’est lentement paupérisée tout au long de ses 30 dernières années.

Elle précise que : le salaire moyen annuel dans le spectacle vivant est aujourd’hui de 11 353 euros auxquels s’ajoutent 3400 euros d’indemnités de chômage.

En clair le danseur moyen serait devenu un quasi smicard.

Elle nous rappelle qu’après l’âge d’or de la décennie 80 « époque où l’éclosion d’une talentueuse génération de chorégraphes était accompagnée par le ministère de la culture, qui créait les centres chorégraphiques nationaux et encourageaient l’ouverture de nouvelles formations» , la tendance s’est inversée au tournant des années 2000. «* A présent avec seulement 500 permanents, principalement dans les ballets classiques, le nombre de danseurs dépasse largement les emplois disponibles. Les 90% restants, contemporains notamment, ont le statut d’intermittents et travaillent en moyenne 50 jours par an avec des contrats de plus en plus morcelés. »*

Trop de candidats, pas assez de place et donc trop peu d’élus et des subventions publiques qui n’augmentent pas voir qui baissent

Pour ajouter un peu plus d’ombre au tableau : sachez que les danseurs sont obligés de payer des formations durant toute leur carrière pour se maintenir au niveau. Sans parler des blessures ou des grossesses qu’il faut cacher pour garder ou obtenir une place.

Et la journaliste de conclure « Engagés corps et âme pour la renommée d’un autre – le chorégraphe-, les danseurs semblent évoluer dans une insécurité sociale et physique presque permanente. »

Mais si la danse en France souffre d’un manque d’argent. Et bien ce n’est certainement pas le ce cas en Russie.

Là-bas, on investit dans la danse comme en France, on investirait dans le foot.

Un magnat de l’agroalimentaire vient de dépenser 40 millions de dollars pour relancer le théâtre Mikhailovsky de Saint-Pétersbourg, une scène du ballet Russe, autrefois prestigieuse

Philippe Noisette nous en parle dans le magazine Paris-Match de cette semaine, au détour d’un papier consacré à la réouverture du Bolchoï et surtout des turpitudes qui l’ont entourée. On y apprend que corruption et scandales sont aujourd’hui monnaie courante dans l’univers impitoyable du ballet russe

Un article aux allures de thriller chorégraphique qui mêle tout à la fois « Des étoiles filantes, un magnat de la banane, un danseur américain passé à l’Est, et des dollars par millions ».

Ce que l’on retiendra surtout de l’article de Phillippe Noisette c’est que le monde du ballet russe fonctionne comme un mercato, où les danseurs étoiles sont débauchés, moyennant des cachets faramineux,

Le journaliste nous rappelle que le ballet en Russie a une histoire, et qu’il s’inscrit dans une longue tradition

Le ballet classique constitue le principal apport de la Russie au patrimoine artistique mondial

Quant à l'histoire du Bolchoï, elle se confond avec celle de la Russie. Le grand théâtre est devenu un trésor national, et symbolise, par son architecture et les moyens financiers qu'il mobilise, toute la puissance de l'Etat

Pas étonnant alors que Moscou ait investi la somme rocambolesque de 600 millions d’euros à la rénovation du Bolchoï soit 5 à 6 fois plus que le budget annuel consacrée à la danse en France par le ministère de la culture.