En 1934, l'Amérique affolée légifère strictement sur ce qui peut être montré au cinéma à travers le code Hayes.
En 1934, l'Amérique affolée légifère strictement sur ce qui peut être montré au cinéma à travers le code Hayes.
En 1934, l'Amérique affolée légifère strictement sur ce qui peut être montré au cinéma à travers le code Hayes. ©Getty - 	Warner Bros
En 1934, l'Amérique affolée légifère strictement sur ce qui peut être montré au cinéma à travers le code Hayes. ©Getty - Warner Bros
En 1934, l'Amérique affolée légifère strictement sur ce qui peut être montré au cinéma à travers le code Hayes. ©Getty - Warner Bros
Publicité
Résumé

Golshifteh Farahani crée l'émoi en Iran en posant nue en couverture d'Egoïste , Virginie Despentes en a marre des scènes de nu dans les films, les fans de Fifty Shades of Grey adorent le film qui en est tiré. Et pourtant, le corps de la femme est voué à disparaître de l'écran...

En savoir plus

Dans un texte rédigé pour le catalogue des 15es Journées cinématographiques dionysiennes « Femmes Femmes »,  et cité par Libération, l'écrivaine et réalisatrice Virginie Despentes analyse la place des femmes au cinéma. Leur place à l'écran bien sûr, mais aussi derrière la caméra, et au-dessus de la caméra, dans les bureaux où sont décidés les financements. Virginie Despentes évoque  « cette manie de glisser la scène de nu » dans les films, une « nudité [qui] dit plusieurs choses, bien sûr elle est là pour prouver : voyez, vous n’avez pas payé pour rien, c’est bien d’un corps de femme qu’il s’agit. Elle dit aussi : le corps des actrices appartient au spectateur. Si les jeunes actrices veulent travailler, il faut qu’on sache à quoi ressemblent leurs seins, leurs fesses, cuisses et ventres. »

"Nous devons garder un œil critique sur les films que nous regardons"

Puis elle relève qu'à l'inverse,  « q_u’est-ce que ça se bat, les hommes, dans les films…_  » […] Le cinéma serait-il donc pourri ? , s’interroge *Libération. Non, répond Despentes, car bien sûr il ne montre pas que cela. Mais « parce qu’il y a systématisme, il y a propagande. Et parce qu’il y a propagande, nous devons garder un œil critique sur les films que nous regardons.  »”. Un œil critique, c’est sans doute ce qu’on porté, “vendredi, à New York, [les] quelques centaines de fans de la trilogie d’E.L. James [qui] ont vu le film Cinquante Nuances de Grey – qui sort [demain] en France – en avant-première.” Verdict ? Eh bien, selon La Parisien, “ils n’ont pas tari d’éloges, trouvant cette adaptation  « beaucoup plus fun » que le livre, et le personnage d’Anastasia Steele, qui tombe amoureuse d’un jeune milliardaire qui va l’initier au SM,  « plus léger, plus crédible et très drôle ». Les fans ont aussi loué  « l’alchimie » entre les acteurs Dakota Johnson et Jamie Dornan, et apprécié  « les nombreuses scènes de sexe »* qu’ils ont jugé * « belles, crues et très excitantes ».” 

Publicité

"Cela est du ressort de la police"

Il faut dire que deux ans durant, Universal a titillé la curiosité à coup d’annonces et de photos. “Pourtant , observe Adrien Gombeaud, qui profite de la sortie de l’adaptation du sex-toy littéraire écoulé à 100 millions d’exemplaires pour retracer dans Les Echos  120 ans d’érotisme au cinéma, chacun sait qu’on n’y découvrira rien que l’on n’a déjà vu. Car depuis sa naissance, le cinéma creuse le sillon de l’érotisme.”  Revenant aux origines du genre, le critique des Echos  nous ramène “en ce jour paisible de 1896, [où] les passants de West Orange, New Jersey, ignorent l'odieuse séquence qui se tourne derrière les murs du studio d'Edison. May Irwin et John C. Rice ont accepté d'être filmés dans leur intimité. Il s'approche. Recule. Tortille ses moustaches. Puis se penche… et l'embrasse ! « Grandeur nature, s'offusquera un quotidien de Chicago, de telles choses sont déjà bestiales. Elargies à des dimensions gargantuesques, elles sont absolument dégoûtantes. Cela est du ressort de la police… » Vendu à des milliers d'exemplaires,  The Kiss est projeté jusqu'à ce que les bobines partent en lambeaux. 

*L'érotisme connaît peut-être son âge d'or au temps du muet, lorsque seuls les corps peuvent s'exprimer. Apparaissent Louise Brooks, Rudolph Valentino et même Greta Garbo qui, dans * La Chair et le Diable*, semble boire John Gilbert plus qu'elle ne l'embrasse. L'Europe découvre Dali, Buñuel, leur * Chien andalou* et les joies du montage : deux mains masculines saisissent une paire de seins sous une chemise, le vêtement s'évapore, les seins se transforment en fesses. Il revient cependant à la Tchèque Hedy Kiesler d'ouvrir une nouvelle ère. Dans * Extase*, elle batifole dans les bois… entièrement nue ! En 1934, l'Amérique affolée légifère strictement sur ce qui peut être montré au cinéma à travers le code Hayes. Il n'empêchera pas Hedy d'enflammer la MGM sous le nom d'Hedy Lamarr. 

Des corps qui s'effacent

Avec le code, les pyjamas remplacent les déshabillés et les lits jumeaux meublent les chambres nuptiales. Le cinéma apprend à s'en amuser. Dans New York Miami, Clark Gable et Claudette Colbert passent une nuit très tendre, chacun dans leur lit… séparés par une couverture en guise de cloison. D'autres choisissent de défier le code plus que de le contourner. En 1943, Howard Hughes découvre Jane Russell. Son profil vallonné lui inspire Le Banni, version sadomaso de la vie de Billy the Kid. Le film sort après trois ans de lutte contre la censure et Bob Hope s'exclame :  « La culture pour un homme consiste à savoir décrire Jane Russell sans user de ses mains. » Je vous passe tout ce qui suit (les amateurs se reporteront à l’article, en ligne sur le site des Echos ), pour sauter directement à notre époque où, selon Adrien Gombeaud, “dans les fantasmes collectifs, la suprématie du cinéma décline. Les rêves érotiques se vivent désormais online. Dans  Her, Joaquim Phoenix tombe amoureux d'un programme informatique, la voix sans visage de Scarlett Johansson. Il s'est donc écoulé plus d'un siècle entre The Kiss et Her_. Entre l'aube du muet, où seuls les corps parlaient, et celle de ce mystère où ils commencent à s'effacer.”_