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Je vous parlais il y a deux semaines de la santé insolente du marché de l’art, en particulier à New York, où en une semaine, des œuvres s’étaient échangées pour un total d’un milliard de dollars. Les ventes aux enchères n’ont pas fini de nous surpendre, à en croire l’histoire relatée par Edouard LAUNET dans sa chronique de Libération , "On achève bien d’imprimer". « Un tableau du peintre américain Nat TATE, expressionniste abstrait qui fut un des amants de Peggy GUGGENHEIM, vient d’être adjugé chez Sotheby’s à Londres pour 7 250 livres, soit 8 500 euros , écrit-il. C’est une jolie somme pour l’œuvre d’un artiste… qui n’a jamais existé. Car Nat TATE est une pure création de William BOYD. La toile en question, "Bridge number 114" (encre et crayon, 21 cm par 15), doit également beaucoup à l’écrivain britannique. C’était la réponse de la semaine à la question : « Que peut la littérature ? »

*Le 1er avril 1998, * raconte Edouard LAUNET, une grande fête était organisée dans le studio de Jeff KOONS à Manhattan afin de célébrer la création par David BOWIE d’une maison d’édition, 21 Publishing, spécialisée dans les livres d’art. Premier titre publié : "Nat Tate. An American Artist 1928-1960", signé de William BOYD. C’était la biographie d’un peintre méconnu, et pour cause : à l’âge de 32 ans, TATE s’est suicidé en sautant du ferry de Staten Island, après avoir détruit la quasi-totalité de ses tableaux. La soirée chez Jeff KOONS fut paraît-il divine, le gratin de la critique évoquant le souvenir de TATE avec des sanglots dans la voix. BOWIE et BOYD comptaient bien se payer une nouvelle tranche de rigolade quelques jours plus tard à Londres, mais le canular fut trop vite éventé. Nat TATE – contraction boydienne de National Gallery et Tate Gallery – n’a pas disparu pour autant puisque l’une de ses rares toiles a ressurgi le 15 novembre dernier chez Sotheby’s, avec le résultat que l’on a vu. L’argent a été reversé à une œuvre de charité. Nat TATE a laissé dix-huit œuvres. Il en reste dix-sept à vendre » , conclut le chroniqueur de Libération , avis aux amateurs.

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De la photo la plus chère du monde, il existe six exemplaires, et, là ce n’est pas un canular, l’un d’entre eux se trouve dans le bureau de l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, Reinhard SCHÄFERS, comme a pu le constater la critique photo du Monde , Claire GUILLOT, rien à voir avec moi, qui a visité son bureau au 7e étage, avenue Franklin-Roosevelt, de la fenêtre duquel il domine la verrière du Grand Palais. « Et dans son dos , écrit la journaliste du quotidien vespéral, il a une vue plongeante sur… le Rhin. Une immense photo du fleuve prise par Andreas GURSKY, "Rhein II", de 1999, occupe quasiment tout le mur du fond. * « En été, elle m’apporte soulagement et fraîcheur », explique l’ambassadeur. Cette image bicolore de trois mètres de long déroule de longs rubans horizontaux aux teintes grises et vertes. Elle semble abstraite, même si, de près, on aperçoit un escalier de ciment sur la gauche et des détritus sur le sol. Depuis le 8 novembre, cette image à l’abri des regards est devenue la photographie la plus chère du monde. Chez Christie’s, un exemplaire de "Rhein II" a en effet été vendue 4,3 millions de dollars, soit 3,1 millions d’euros. Depuis les années 1990, le photographe allemand formé à l’école de Düsseldorf enchaîne les records, mais l’ambassadeur ne s’attendait pas à ce chiffre astronomique : * « A l’origine, nous avions assuré cette œuvre pour un montant de 700 000 euros ! J’ai informé mon ministère de la situation… il n’a pas encore réagi. »

Sur les six exemplaires de cette photo, quatre figurent dans les collections de grands musées internationaux, comme le MoMa de New York ou la Tate Modern de Londres. Le cinquième a été vendu par Christie’s. Comment cette icône a-t-elle pu se retrouver à Paris ? , s’interroge Le Monde . *L’ambassadeur, qui connaît Andreas GURSKY depuis plusieurs années, l’a convaincu de lui prêter une œuvre pour son bureau. Sur les conseils de Werner SPIES, ancien directeur du Centre Pompidou, le choix s’est porté sur le Rhin, frontière franco-allemande, * « ce fleuve qui nous sépare et nous unit. » *Mais l’installation n’a pas été simple : la photographie ne passait pas par l’escalier. Il a fallu la placer par la verticale, dans le trou central, et la hisser ainsi avec des cordes jusqu’au 7e étage. * « Je ne m’inquiète pas trop des problèmes de sécurité, *sourit Reinhard SCHÄFERS * : si quelqu’un voulait la voler, ce serait très compliqué. »

"Rhein II" * devrait rester à cet endroit pour quatre ans, soit jusqu’en 2013. Mais l’ambassadeur a d’autres œuvres sur lesquelles poser les yeux. Depuis son arrivée à Paris, il n’a pas cessé de mettre en avant l’art contemporain allemand. * « L’idée, c’est de montrer que l’Allemagne n’est pas qu’une machine à exporter. » Dans l’hôtel de Beauharnais, la résidence traditionnelle de l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, il a exposé des œuvres du peintre Neo RAUCH. Il y montre désormais quatre toiles de Georg BASELITZ, autre star du marché. Elles y resteront jusqu’à la fin de l’exposition consacrée à l’artiste au Centre Pompidou, soit février 2012. Mais pas plus : les œuvres sont déjà vendues » , conclut la journaliste du Monde.

Ce qui ouvre quelques perspectives aux Etats en quasi faillite : plutôt que de sabrer dans les dépenses, il leur faut d’urgence investir dans l’art contemporain !

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
Réalisation