Un fan en plein "slam" au festival Hellfest en juin 2015
Un fan en plein "slam" au festival Hellfest en juin 2015 ©Sipa - SALOM-GOMIS SEBASTIEN
Un fan en plein "slam" au festival Hellfest en juin 2015 ©Sipa - SALOM-GOMIS SEBASTIEN
Un fan en plein "slam" au festival Hellfest en juin 2015 ©Sipa - SALOM-GOMIS SEBASTIEN
Publicité

Alors que la nonagénaire Elisabeth II vient d'anoblir Rod Stewart, le metal assied sa légitimité en France, où le Download et le Hellfest se disputent les faveurs du public. Un public qui s'avère d'ailleurs respecteux, dépensier et fidèle, à rebours de l'image du sataniste guttural.

“Le chanteur britannique Rod Stewart a été anobli à l'occasion des 90 ans de la reine Elizabeth II, parmi d'autres personnalités dont la liste a été dévoilée [dimanche] par Buckingham Palace, lit-on dans une brève du Parisien. L'interprète de Da Ya Think I'm Sexy ? et Maggie May a été distingué à la fois pour sa musique et pour son engagement caritatif. Le musicien de 71 ans, qui a vendu des dizaines de millions d'albums tout au long d'une carrière prolifique, a réagi en déclarant qu'il ne « pouvait rien demander de plus ». Rod Stewart portera désormais le nom de Sir Rod Stewart et son nom s'ajoute à ceux d'autres musiciens précédemment anoblis comme Paul McCartney ou Elton John.”

Download vs. Hellfest, le choc des titans

Qui sera le premier métalleux anobli ? Le genre fait florès, en tout cas en France, à tel point qu’on se bat pour en engranger les bénéfices. “Y a-t-il de la place en juin en France pour deux grands festivals de rock métal ?, s’interrogent ainsi, toujours dans Le Parisien, Eric Bureau et Michel Valentin. Le Download fait ce pari. Pour la première fois, le mythique rassemblement anglais se délocalise en France. Il a débuté [le 10 juin] sur l’hippodrome de Longchamp, à Paris XVIe, avec Iron Maiden en tête d’affiche, et [s’est achevé dimanche] avec Rammstein. Une semaine avant le onzième Hellfest, à Clisson en Loire-Atlantique. Entre ces deux titans, pour l’heure, il n’y a pas bataille. Le Download peine à remplir, avec un objectif de 100 000 festivaliers, sur une capacité de 180 000, alors que le Hellfest affiche complet depuis sept mois avec 150 000 spectateurs.” Et même plus, si on en croit une enquête cette fois du Parisien Magazine, intitulée « le metal, un business en or » et signée Antoine Besse, à croire que le quotidien qu’a racheté LVMH est un repaire de satanistes électrifiés. “Avec 162 000 participants cette année, des billets à 200 euros et 16 millions d’euros de budget, le Hellfest s’impose dans le trio de tête des festivals de musique en France, aux côtés des Vieilles Charrues et de Solidays, écrit donc l’envoyé spécial en terre métalleuse. Avec une programmation sans concession où se mélangent stars (cette année, Black Sabbath ou Rammstein) et petites formations (comme les Américains de Cattle Decapitation, qui jouent du « metal végétalien » – oui, ça existe). […] Et tout le monde en profite. Selon une étude d’impact économique, chaque festivalier aurait dépensé, en 2015, 90 euros dans les commerces de Clisson, la bourgade de Loire-Atlantique qui accueille le Hellfest depuis sa création. On comprend mieux pourquoi les demandes des ligues catholiques pour faire interdire cette « réunion satanique » trouvent localement bien peu d’écho. […]

Publicité

Deux ou trois générations de fans

Comment expliquer cet engouement ? Alors que l’industrie musicale est plombée par des ventes de disques anémiques, le metal s’en sort grâce à un public qui fréquente assidûment les concerts et ne regarde pas à la dépense. « La baisse des ventes est moindre que dans d’autres styles parce que le fan de metal est un passionné qui aime collectionner et reste attaché au disque », analyse Aurélie Communier, qui anime Bring the Noise sur Oüi FM, la seule émission de radio exclusivement metal et rock. En effet, quand on aime le metal, il faut le montrer : on arbore tee-shirts, bijoux, tatouages, piercings… « Les propriétaires de salles sont toujours étonnés de la taille des étals de merchandising pour un concert metal, s’amuse Fred Chouesne, fondateur de Garmonbozia, une association qui organise des concerts furibards depuis 1998. En pop-rock, il y a un ou deux tee-shirts du groupe. Chez nous, il y en a quinze ! » Le Parisien Djej, chanteur de Hell of a Ride, confirme : « Le stand des produits dérivés est primordial pour la survie du groupe. Les gens achètent nos CD après le concert plutôt qu’en magasin. Selon les soirs, ces ventes représentent entre 50 et 100 % de notre cachet. » Dans l’univers metal, le tee-shirt du groupe est un incontournable qui se décline à l’infini : en coupe cintrée pour les filles, en taille enfant pour les petits, voire en layette pour les bébés. Il en faut pour toute la famille car les concerts des précurseurs Black Sabbath, sur scène depuis 1968, ou de Iron Maiden, depuis 1976, réunissent maintenant deux ou trois générations de fans. « Le metal n’est pas une passade adolescente, c’est beaucoup plus. Il y a une vraie ardeur autour de cette musique et de son énergie, qui joue un rôle d’exutoire », souligne Jessica Rozanes, programmatrice du festival Fall of Summer.

Des métalleux bien intégrés

S’ils sont fervents, les fans qui font vivre le metal en France ne forment pas la communauté la plus nombreuse. D’ailleurs, dans les questionnaires sur la consommation musicale émis par le ministère de la Culture, le genre arrive toujours en queue de peloton. Peu importe. Même sous-représentée, voire moquée, cette grande famille soudée prospère dans l’indifférence des médias. Il en faudrait plus pour la décourager : « Il faut se rendre compte du degré de passion qui anime les fans de metal, raconte Ben Barbaud. J’en connais qui suivent la tournée d’Iron Maiden et vont voir 20 fois le même concert dans toute l’Europe ! » L’organisateur du Hellfest sait de quoi il parle : pour l’édition 2016, toutes les places ont été vendues avant même que le moindre nom de groupe à l’affiche ne soit dévoilé ! […] Les fans sont prêts à continuer à dépenser pour leur passion. D’autant que, à rebours de l’image brutale qu’ils mettent en avant par provocation, les métalleux se révèlent bien intégrés dans la société… et plutôt aisés. Le sociologue Christophe Guibert, de l’université d’Angers, montre une surreprésentation des cadres parmi les festivaliers du Hellfest et un taux de chômage inférieur de trois points à la moyenne nationale. « Il suffit de consulter les rapports de gendarmerie de Clisson pour constater qu’il ne se passe rien de déviant pendant le Hellfest, précise l’universitaire. L’ambiance est vraiment très bon enfant. » Même son de cloche chez Fred Chouesne : « Il y a vingt ans, les propriétaires de salles avaient peur. Maintenant, ils prêtent volontiers leur scène car ils voient qu’il n’y a aucun problème. » Le public metal est respectueux, dépensier et fidèle : le paradis pour une musique d’enfer ?”