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Evénement aux Etats-Unis : Harper Lee, l'auteur du best-seller culte d'il y a 55 ans, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur , sortun nouveau livre. L'a-t-elle fait de son pelin gré, ou est-elle la Liliane Bettencourt de l'édition ?** “Quand, en 1963, un journaliste américain interrogea Harper Lee sur l'état d'avancement de son deuxième roman, rappelle Raphaëlle Leyris dans Le Monde, l'écrivaine, alors âgée de 37 ans, répondit dans un soupir : * « J'espère être encore de ce monde quand il sera publié. » Elle l'est encore, cinquante-deux ans plus tard, pour s'associer à la nouvelle que des millions de lecteurs attendaient depuis cette époque, et qui a été délivrée le mardi 3 février : * Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur* (en anglais * To Kill a Mockingbird*, publié en 1960) ne restera finalement pas dans l'histoire comme l'unique roman de cette grande représentante du Sud américain, ainsi que chacun avait fini par se résoudre à le croire. La maison d'édition Harper a annoncé dans un communiqué qu'elle fera paraître à l'été prochain * Go Set a Watchman* (« Va, place un guetteur », citation du livre d'Esaïe, 21.6). Tirage de départ : deux millions d'exemplaires, pour un ouvrage de 304 pages. *

"Une réalisation acceptable" Il ne s'agit pas d'un livre que Harper Lee aurait passé cinq décennies à écrire : * Go Set a Watchman a été rédigé au mitan des années 1950, avant * Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur*, dont il est la matrice, tout en racontant des événements postérieurs. Son personnage principal est une femme adulte, Scout, qui vit à New York et retourne voir son père en Alabama, où elle a grandi ; dans le communiqué de Harper, l'écrivaine explique que l'éditeur auquel elle présenta le texte à la fin des années 1950, * « enthousiasmé par les flash-back dans l'enfance de Scout », la persuada d'écrire un roman du point de vue de Scout petite – roman qui deviendra * Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. * « J'étais une débutante, et j'ai fait ce qui m'était demandé », poursuit Harper Lee dans le communiqué, tout en disant qu'elle voyait à l'époque dans le texte initial * « une réalisation acceptable ». Elle en avait oublié l'existence jusqu'à ce qu'il soit retrouvé cet automne par son avocate, Tonja Carter, accroché à un tapuscrit original de * Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur*. * « Après avoir beaucoup réfléchi et hésité, je l'ai fait lire à une poignée de personnes de confiance, et j'ai été ravie d'apprendre qu'ils jugeaient le texte digne d'être publié. »Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur* (qui porte ce titre en France depuis 2005 et sa reparution chez De Fallois, après avoir été * Quand meurt le rossignol*, au Livre contemporain, en 1961, et * Alouette, je te plumerai*, chez Julliard, en 1989),” “une plongée dans l’Alabama raciste de la Grande Dépression, a obtenu le prix Pulitzer* , rappelle Clément Ghys dans *Libération, s’est vendu par palettes et continue de s’écouler à 1 million d’exemplaires par an. Harper Lee n’a jamais donné suite à ce retentissant début. […] *

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*"La pauvre Harper ne peut pas voir, ni entendre, et signera tout ce qui est glissé devant elle" ** Aux Etats-Unis, plusieurs commentateurs remettent en doute la volonté de Harper Lee, très âgée et malade, de publier ce livre oublié.” “ Le site * Jezebel, certes connu pour quelques controverses, évoque un point intéressant par rapport à cette nouvelle , rapporte ainsi Antoine Oury sur le site ActuaLitté. Harper Lee, 88 ans, a-t-elle sciemment accepté la publication de ce roman * * *? L'auteure […] n'a jamais été à l'abri des abus et escroqueries, en raison de son succès, et en 2007, elle déposait plainte contre son ancien agent littéraire, Samuel Pinkus. Elle accusait alors ce dernier d'avoir créé un schéma complexe pour soutirer les droits d'auteur de Harper Lee, en les faisant transiter par sa propre société. Dans sa plainte, Harper Lee et ses avocats ne cachaient pas la faiblesse qui frappait l'auteure : depuis plus de quinze ans, elle souffre d'une surdité croissante, et, depuis 6 ou 7 ans, de dégénérescence maculaire, ce qui rend difficile pour elle la lecture de documents qui ne sont pas en larges caractères. En juin 2007, elle a subi une attaque cardiaque, qui a rendu difficile tout déplacement, sans affecter sa santé mentale. Malgré cette précision sur sa santé mentale, Harper Lee semblait bien avoir signé un document autorisant l'opération financière. Le litige aura finalement été réglé à l'amiable, après plusieurs années de procès. *

*Jusqu'à la fin 2011, la sœur de Harper Lee, Alice Lee, se chargeait elle-même de la protection judiciaire de l'auteure. À 101 ans, Alice Lee passait finalement le relais au cabinet d'avocats BBL & Carter (Barnett, Bugg, Lee & Carter). C'est d'ailleurs un des avocats, Tonja Carter, qui a visiblement découvert le livre. […] Tonja Carter fait partie du cabinet où officiait Alice Lee (comme le signale le "Lee" dans le nom du cabinet) et elle aurait été choisie par Harper Lee elle-même pour remplacer sa sœur. Mais elle n'aurait visiblement pas convaincu son ancienne collègue, puisque Alice Lee ne se privait pas pour critiquer les actions en justice qu'intentait Tonja Carter, notamment contre le musée de la ville natale d'Harper Lee. […] « *La pauvre Harper ne peut pas voir, ni entendre, et signera tout ce qui est glissé devant elle, tant qu'elle connaît la personne. * », [disait-elle alors]. Le fait que la fameuse avocate soit mise en avant pour la découverte du livre soulève donc quelques interrogations quant à la volonté réelle de Harper Lee de voir ce livre publié, plus de 50 ans après son écriture. Alice Lee, quant à elle, est décédée fin 2014.” * Un vrai roman, que la publication de ce vrai-faux nouveau roman de Harper Lee, décidément !

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L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
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