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Pierre Assouline, tel le pape François, détaille les quinze maladies du milieu littéraire, Amazon recrute, Hélène Carrère d'Encausse immortaliserait volontiers Michel Houellebecq... Et pendant ce temps, les Français "pensent" leurs plaies en lisant le Coran. Présentant dans son éditorial la nouvelle formule du Magazine Littéraire , Pierre Assouline annonce qu’on y trouvera des “prises de position, fût-ce dans le registre de l'autocritique : qu'un pape de l'édition veuille bien établir le catalogue des quinze maladies du milieu littéraire et nous lui ouvrirons nos colonnes ! , assure-t-il. * En s'adressant à la curie comme à une secte, le souverain pontife lui a déjà mâché le travail tant les maux sont communs : blocage mental, indifférence au monde extérieur, cumul des pouvoirs et conflit d'intérêts, syndrome des cercles fermés, divinisation des chefs, pétrification mentale, planification excessive et fonctionnarisme, oubli du passé, penchant pour la vanité et goût de la rivalité, profit mondain et exhibitionnisme, sévérité théâtrale et sérieux ostentatoire, disposition irrépressible pour la rumeur, le commérage, la médisance... Manifestement, le pape François connaît bien la République des lettres.” *

Sens de l'humour Une République confrontée à un redoutable assaillant, en la personne d’Amazon. Le commerçant internet américain n'avait pas que des amis chez les éditeurs et libraires français. La tension pourrait monter d'encore un cran , annonce Dominique Nora dans L’Obs. Amazon a en effet mis en ligne, sur le réseau social LinkedIn, une offre d'emploi, basée à Paris, pour * « identifier, évaluer et développer des manuscrits originaux » pour sa filiale d'édition Amazon Publishing. Même chose à Milan. Il est cependant peu probable qu'Amazon publie des livres en France : * « Ils cherchent à doper leur catalogue d'e-books pour Kindle », suppute un éditeur. L'annonce, rédigée entièrement en anglais, précise que le candidat * « innovant », * « passionné »* et maniant couramment la langue de Shakespeare, doit faire preuve de * « flexibilité »* et de * « sens de l'humour ». Pour subir les reproches de la profession ?” , s’amuse *L’Obs. * En parlant de sens de l’humour, l'Académie française retrouve de la voix , observe Bertrand de Saint Vincent dans Le Figaro. En avril dernier, ses pensionnaires s'étaient déchirés autour de la candidature d'Alain Finkielkraut. Les noms d'oiseaux avaient volé et, en coulisses, certains avaient manœuvré comme de beaux diables pour la mettre en échec. Il y eut des complots, des factions et Jean d'Ormesson en mousquetaire. Pour un peu, on se serait cru sous Richelieu. Enfin, les immortels mettaient la main à l'épée. On avait connu quelques années auparavant de semblables échauffourées autour de la candidature de Valéry Giscard d'Estaing. Mais l'enjeu était moindre. « Finkie » a gagné. La dernière élection – celle de Marc Lambron – s’est déroulée de manière plus paisible. Le romancier est un fin diplomate. […] A ce jour, tous les sièges sont pourvus. Il faut songer à l’avenir. Dans vingt ans, la prestigieuse institution célèbrera ses 400 ans. Il faut qu’elle soit à la hauteur de ses ambitions , souhaite le chroniqueur du *Figaro. Elle ne peut, comme elle l’a si souvent fait dans le passé, laisser de côté dans leur (relative) jeunesse les éléments les plus turbulents de son époque. La Rochefoucauld, Beaumarchais, Balzac, Baudelaire, Verlaine ou Zola furent victimes de sa timidité. Sans oublier Proust. Certains tels Bernanos – Modiano plus récemment – ont dédaigné ses offres. Hélène Carrère d’Encausse vient de jeter une minibombe quai Conti en suggérant le nom d’un prétendant possible : Michel Houellebecq. Aïe, aïe, aïe ! *

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« Je pense que je pourrais être utile . » ** Dans une interview à la télévision suisse – on n’est jamais trop prudent –, le secrétaire perpétuel de l’Académie française a vanté les mérites de ce * « grand écrivain ». Il met a nu les grandes tendances de notre temps, a-t-elle souligné : un certain découragement, une certaine indifférence, un relativisme… Je ne sais s’il en a le désir, a-t-elle poursuivi, mais si c’était le cas, * « je le soutiendrai ». Voilà qui devrait augmenter le risque d’arrêt cardiaque chez certains immortels. L’auteur de * Soumission n’est pas d’un genre nerveux mais il a le don d’énerver. On rêve du combat homérique que susciterait son entrée en lice. Vêtu de sa parka légendaire, il ferait le tour des hôtes de la maison où sa présence serait légitime* , conclut Bertrand de Saint Vincent, puisqu’il est l’un des rares écrivains contemporains à avoir, vraiment, une raison de se mettre au vert…” * Et qu’en pense l’intéressé ? L’écrivain a fourni des arguments en faveur de sa candidature à l’Académie française, le 27 janvier sur RTL * : « Je pense que je pourrais être utile sur certains mots , estime Houellebecq, cité par Libération et Les Echos . J’aurais des opinions. Oui, éventuellement, je pourrais être un candidat valable. En même temps, ils ont déjà eu des problèmes avec Finkielkraut. Il y a eu des polémiques, je ne sais pas si je vais leur imposer ça tout de suite. » En attendant, son roman, lui aussi polémique, Soumission , continue de tenir le haut des classements , constatait vendredi dernier Laurine Personeni dans Le Monde : il est premier des ventes en librairies selon Edistat, qui collecte des données hebdomadaires sur les ventes de livres dans plus de 200 magasins, avec 86 393 exemplaires vendus et occupe le deuxième rang des ventes sur Amazon. Voltaire * (j’en avais parlé ici) occupe la 24e place du classement avec son * Traité sur la tolérance.

Succès inattendu Plus surprenant, “dans les meilleures ventes en ligne d'Amazon, * Le Coran de Malek Chebel, anthropologue des religions à qui l'on doit l'expression * « l'islam des Lumières », occupe le 32e rang. Tariq Ramadan voit son livre * De l'islam et des musulmans, sorti en décembre aux Presses du Châtelet, prendre la 32e place des meilleures ventes en ligne de la Fnac.” * Plus généralement, “dans le sillage des attentats des 7, 8 et 9 janvier, les ouvrages consacrés à l'islam [mais aussi] au terrorisme connaissent un succès inattendu. […] Le mois de janvier, habituellement assez morne pour la vente des livres, montre que les Français, plus de deux semaines après les événements, « pensent » aujourd'hui leurs plaies.” « Pensent » , du verbe penser.