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Paris est une fête
Paris est une fête

Après les attentats de Paris, continuer à écrire, et à lire, toujours plus. Car bonne nouvelle, le livre aussi résiste toujours...
Dans un bref essai intitulé * Paroles armées, * cité par Jean Birnbaum dans son éditorial du Monde des Livres, le philosophe Philippe-Joseph Salazar analyse l'immense puissance rhétorique [de l’Etat islamique], qui mise massivement sur l'art de la formule et de la proclamation. Parce qu'elle paraît délirante, cette rhétorique suscite souvent les sarcasmes. Mais on aurait tort de la sous-estimer, affirme Salazar, car c'est en grande partie sur elle que repose la force d'un « califat » qui récuse notre monde et d'abord notre langage. Face à cette prose totalitaire, les écrivains ont une responsabilité. Ils doivent * « continuer à écrire »,résume le romancier Laurent Mauvignier dans un texte que [ Le Monde des Livres a publié hier, avec vingt-sept autres auteurs de divers horizons]. Ecrire avec leurs failles, leurs doutes à eux. Ecrire la complexité des choses, la singularité des êtres. Ecrire afin de répondre aux tueurs, * « sans trembler ».* […] Face aux diseurs de mort, continuer à écrire la vie.* * ” *

"Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez" * Ernest Hemingway Et continuer à la lire, cette vie. “Le roman * Paris est une fête, souvenirs tendres et joyeux de l'écrivain américain Ernest Hemingway relatant son séjour dans la capitale française dans les années 1920, connaît [ainsi] un irrésistible regain de popularité depuis les attentats de vendredi [dernier] , peut-on lire sur le Huffington Post. Le livre de l'auteur de * Pour qui sonne le glas s'arrache dans les librairies parisiennes. Des exemplaires sont déposés entre fleurs et bougies devant les vitres criblées de balles d'un des bars visé par les jihadistes. On le trouve aussi déposé devant le Bataclan. Pendant la minute de silence lundi, de nombreuses personnes tenaient le livre à la main. Les libraires ne cessent de réclamer qu'on les approvisionne, affirme David Ducreux, attaché de presse de Folio qui publie le texte de l'écrivain américain. Une partie de l'émission littéraire « La grande librairie », diffusée [hier] sur France 5, [devait être] consacrée à * Paris est une fête,* publié en 1964, trois ans après le suicide de l'écrivain. Le témoignage de Danielle, une septuagénaire interrogée lundi par BFM TV, a lancé l'intérêt pour ce livre. * « C’est très important de voir, plusieurs fois, le livre d’Hemingway, Paris est une fête , avait-elle dit , parce que nous sommes une civilisation très ancienne et nous porterons au plus haut nos valeurs, et nous fraterniserons avec les 5 millions de musulmans qui exercent leur religion librement et gentiment et nous nous battrons contre les 10 000 barbares qui tuent, soi-disant, au nom d'Allah ». Ses propos avaient été aussitôt relayés massivement sur les réseaux sociaux. * Paris est une fête se classait mercredi en tête des ventes de biographies sur le site d'Amazon. Le livre est actuellement en rupture de stock chez le géant américain de la distribution en ligne. D'habitude, les libraires vendent 10 exemplaires du livre d'Hemingway par jour. * « En ce moment, c'est 500 », a confié David Ducreux. Alors que 8 000 exemplaires de * Paris est une fête sont vendus en moyenne chaque année, l'éditeur a prévu une réimpression de 15 000 exemplaires de l'ouvrage. Cet engouement rappelle celui qu'a suscité le * Traité de la tolérance* de Voltaire, en janvier dernier après l'attentat contre * Charlie Hebdo*. Comme pour * Paris est une fête*, Folio avait dû procéder à une réimpression du livre du philosophe après avoir vendu 120 000 exemplaires. * Paris est une fête peut se lire comme un hommage à une ville, celle des années 1920, vibrante de culture. On croise les artistes qui fréquentent alors le quartier de Montparnasse, on rencontre la collectionneuse Gertrude Stein, le poète Ezra Pound, James Joyce... * « Tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux », écrit Hemingway. * « Paris valait toujours la peine, et vous receviez toujours quelque chose en retour de ce que vous lui donniez »*.” *

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Lit-on pour arrêter de penser aux malheurs du temps ou plutôt pour mieux les comprendre ? Paris reste une fête, et bonne nouvelle, le livre n’est pas mort. Certes, c’est une mini-bonne nouvelle , mais, par les temps qui courent, il n’y a aucun mal à se faire du bien : en cette rentrée morose, le marché du livre connaît une légère progression, constatait au début du mois Alexandra Schwartzbrod, la directrice adjointe de la rédaction de *Libération. Si l’on en croit les derniers chiffres de * Livres Hebdo *, il a enregistré une hausse de 1 % le mois dernier par rapport à septembre 2014, qui avait lui-même été boosté par les ventes du best-seller de Valérie Trierweiler, * Merci pour ce moment *. Et, sur l’année, la hausse atteindrait 1,8 %. Les Cassandre, qui prédisaient une mort lente du livre au profit d’autres produits culturels (séries télé, jeux vidéo, etc.) avaient donc tout faux. Non seulement le secteur résiste, mais il semble se porter plutôt bien. Lit-on pour arrêter de penser aux malheurs du temps ou plutôt pour mieux les comprendre ? Si l’on regarde la tonalité des livres récompensés [au début du mois] par [les grands prix littéraires], il semblerait que l’actualité internationale, dominée par les suites des révolutions arabes, inspire largement les romanciers et leurs lecteurs. Mais, à la limite, peu importent les raisons de lire, l’essentiel est que ce besoin, cette envie ou ce plaisir demeurent. Il n’y a qu’à voir le monde qu’attirent les salons du livre en différents endroits de France, et parfois dans des villages reculés, souvent avec l’aide de bénévoles, pour comprendre que le phénomène n’est pas conjoncturel. Cette embellie doit aussi beaucoup aux librairies indépendantes qui, loin de capituler devant le rouleau compresseur Amazon, ont essayé de s’organiser pour offrir aux lecteurs des facilités quasi équivalentes en plus d’un contact humain, particulièrement recherché quand l’offre est abondante et surtout quand l’achat d’un livre découle aussi d’une envie de partager. Toujours selon * Livres Hebdo *, l’écho médiatique serait un des facteurs qui pousserait à l’acquisition de livres puisque 13 % d’entre eux auraient été achetés grâce à une mention dans la presse, à la radio ou la télévision.” * Que ce soit dans les pages littéraires de vos journaux, sur les ondes de la Dispute ou dans un reportage à chaud des chaînes d’info en continu…