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Vous avez adoré l’exposition Edvard * Munch , l'œil moderne au Centre Pompidou, mais vous étiez frustré de ne pas y avoir vu son œuvre la plus célèbre ? Réjouissez-vous : pour peu que vous en ayez les moyens, vous allez bientôt pouvoir acheter Le Cri et l’accrocher dans votre salon. “C’est une petite bombe qui excite déjà tout le marché ! , écrit Béatrice de Rochebouët dans Le Figaro. Peint par l’artiste norvégien Edvard Munch en 1893, * Le Cri est une icône du XXe siècle. Une composition le plus immédiatement reconnaissable aussi bien par les initiés que le grand public. Une œuvre appartenant à la mémoire collective. Et ce tableau expressionniste, symbolisant l’homme moderne emporté par une crise d’angoisse existentielle, est considéré comme l’œuvre la plus importante de l’artiste.

*A son sujet, Munch écrit : * « Je me promenais sur un sentier avec deux amis – le soleil se couchait – tout d’un coup le ciel devint rouge sang, je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu noir et la ville – mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d’anxiété – et j’ai entendu un cri infini déchirer la Nature. »

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De cette vision apocalyptique d’Oslo, depuis la colline d’Ekeberg, l’artiste fera quatre toiles. L’une, un premier essai, est une tempera et crayon conservée à la Galerie nationale d’Oslo (91 x 73,5 cm). L’autre, également un premier jet, est un pastel sur carton, au Musée Munch d’Oslo (74 x 59 cm). Et la troisième, plus aboutie, est une huile, tempera et pastel, également au Musée Munch (83,6 x 66 cm). Il restait la quatrième, gardée au secret, pendant 70 ans, dans la collection de Petter Olsen. Le milliardaire norvégien la détient de son père Thomas, ami et mécène de Munch qui acheta bon nombre d’œuvres de l’artiste.

« Cette quatrième version, qui date de 1895, est la seule qui demeure encore en mains privées*, estime Simon Shaw, directeur du département art impressionniste & moderne à Sotheby’s New York. Le Cri* est une œuvre véhiculant probablement plus de force aujourd’hui que lorsqu’elle fut conçue. »* Toujours est-il que cette pièce arrive sur le marché au moment où l’artiste a été et sera célébré dans différentes expositions, notamment à Beaubourg. Et juste avant le 150e anniversaire de sa naissance en 2013 qui donnera lieu à la restauration de sa maison et de son atelier en Norvège. Difficile de lui donner une estimation, faute de références antérieures. Sotheby’s annonce un prix qui pourrait dépasser les 80 millions de dollars. Fera-t-il plus cher que Klimt, Giacometti ou Picasso ?“* , s’interroge pour conclure la journaliste du Figaro .

Tiens, puisqu’on mentionne Picasso, Le Parisien nous apprend que l’acteur espagnol (et hollywoodien) Antonio Banderas jouera son rôle sur grand écran. “Le film sur le célèbre peintre ibérique sera réalisé par son compatriote Carlos Saura. Le tournage devrait se dérouler à Paris l’été prochain et à Guernica. * « Picasso est un personnage qui m’a poursuivi longtemps. Il est né à quelques pâtés de maison de l’endroit où j’ai vu le jour », a confié le comédien.“*

Sauf que, si on en croit les chiffres, la suprématie de Picasso sur le marché mondial de l’art, c’est fini. C’est encore Béatrice de Rochebouët qui le constate dans Le Figaro . “On pouvait s’attendre à ce qu’un jour Picasso soit détrôné par un artiste chinois , écrit-elle. Après être devenue l’année dernière le premier pays sur le marché de l’art, la Chine remporte la première place du palmarès avec deux de ses artistes du XXe siècle, selon Artprice, société française leader des données sur le marché mondial de l’art, qui a publié lundi son bilan annuel définitif.

Exit donc Pablo Picasso, qui, pour la première fois, n’apparaît plus sur le podium. Depuis 1989, ce monstre sacré de la peinture a pourtant caracolé 17 fois en tête du classement dont 13 fois lors de ces quatorze dernières années. La chute de l’artiste espagnol apparaît d’autant plus spectaculaire qu’il se fait non seulement dépasser par les deux Chinois Qi Baishi et Zhang Daqian, mais aussi par le roi du pop art américain, Andy Warhol.

L’année 2011 entérine définitivement la suprématie chinoise sur le marché de l’art. Avec plus de 40% du chiffre d’affaire mondial réalisé en Chine et 6 des 10 artistes les plus cotés, ce pays voit tous les jours de nouveaux acheteurs milliardaires apparaître dans les enchères. Ils soutiennent à fond leurs artistes traditionnels. Mondialisé, le marché de l’art est toutefois très localisé. Les ventes aux enchères d’œuvres de Zhang Daqian et de Qi Baishi se sont faites à 99% sur les places asiatiques. A l’inverse, celles d’Andy Warhol et de Pablo Picasso ont eu lieu à 99% dans le reste du monde, aux Etats-Unis et en Europe essentiellement.

Les chiffres d’Artprice parlent d’eux-mêmes. Mais attention, il s’agit d’un produit cumulé des transactions pour ces artistes et non d’un palmarès des prix records obtenus aux enchères par artiste. Dans ce dernier cas, Picasso reste numéro un avec 106 M$ pour * Nu au plateau (2010, Christie’s). Zhang Daqian affiche un montant * (total) de transactions de 550 M$. […] L’artiste chinois totalise plus de 111 enchères millionnaires, dont le record à 21,8 M$ pour * Lotus and Mandarin Ducks.*

Depuis 2005, sa cote a triplé. Avant cette date, 90% de ses œuvres s’échangeaient sous la barre des 100 000 $. Ce sont les acheteurs chinois qui sont à l’origine de ce boum. Ils soutiennent à fond leurs artistes traditionnels comme l’Amérique le fit dans les années d’après-guerre.“

Peu probable donc que ce soit un Chinois qui se porte acquéreur du Cri de Munch. On pariera plutôt sur la princesse du Qatar, qui viendrait de s’offrir l’une des cinq versions des Joueurs de cartes de Cézanne pour 250 millions de dollars, plus de 190 millions d’euros, soit la plus importante transaction jamais effectuée sur le marché de l’art. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir dans une prochaine revue de presse…