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Qu’a trouvé Beyoncé ce matin dans ses chaussons sous le sapin ? Une plainte, “déposée à New York [par] la chanteuse hongroise Monika Juhasz Miczura, dont le nom de scène est Mitsou , nous apprend Le Parisien. Mitsou affirme que la mélodie du tube de Beyoncé * Drunk in Love a été tirée d’une de ses chansons enregistrée en 1995, * Bajba, Bajba Pelem*, que sa grand-mère lui avait transmise. La chanson de Beyoncé, nommée aux Grammys, s’ouvre avec une mélodie de l’Europe de l’Est chantée a cappella qui s’estompe au bout de 40 secondes, rattrapée par la voix de la star et les rythmes pop. Mitsou affirme que cette chanson traditionnelle chez les Gitans raconte * « la perte d’espoir lorsqu’une personne ne peut plus faire confiance à personne d’autre qu’à sa mère ou à Dieu ». Dans sa plainte, Mitsou affirme que sa voix apparaît dans 29 % du tube de Beyoncé.” * On attend la position de Beyoncé sur la question du plagiat. Pour ce qui est de Nicki Minaj et du nazisme, on est fixé, comme l’a noté L’Obs : « Je ne cautionnerai jamais le nazisme dans mon art » , a twitté la pop star, présentant ainsi ses excuses le 11 novembre après la polémique provoquée par son clip Only à l’esthétique très IIIe Reich. “Nicki Minaj est infiniment douée pour la polémique , constate Johanna Luyssen dans un article sur le « pop nazisme » paru dans Next. En témoigne son dernier clip, * Only. En plus d’être un hommage vibrant à ses fesses (un motif récurrent dans son œuvre), le petit film évoque largement l’esthétique du IIIe Reich. On y retrouve en effet la rappeuse du Queens, mi-Catwoman mi-Hitler, entourée de drapeaux façon croix gammée. Dès la diffusion du clip, tout va très vite : indignation (quasi) générale, scandale, excuses sur Twitter. Quelques jours plus tard, un girls band de k-pop sud-coréen appelé Pritz s’exhibe, brassard au bras, orné d’une croix… rappelant un peu trop le svastika. L’histoire se répète : tollé général, puis larmes de crocodiles, sur l’air de * « nous non plus, nous n’aimons pas les Nazis ». Comment expliquer cette fascination pop pour l’esthétique du IIIe Reich ?* , s’interroge la critique de Next. On aurait tort d’y voir seulement le symptôme d’une génération amnésique. L’histoire de la musique contemporaine (et pas seulement le heavy metal de Motörhead) est parsemée de références à la période. Un bon exemple reste Joy Division, dont le seul nom renvoie aux sections des camps de concentration où les déportées * (féminines) étaient utilisées comme esclaves sexuelles. En 1977, comme le rappelle également le critique musical Simon Reynolds dans un ouvrage sur le post-punk, Ian Curtis sut haranguer le public de l’Electric Circus, à Manchester, d’un * « Vous vous souvenez de Rudolf Hess ? ». Provocation punk teintée de nihilisme historique ? Volonté de faire parler de soi ? Quelle qu’en soit la raison, les popstars ont souvent été fascinées par les totalitarismes (revoir le clip introductif de l’album * HIStory de Michael Jackson, diffusé en 1995, pour comprendre ce que « culte de la personnalité » veut dire). Souvenons-nous enfin de cette analogie douteuse, élaborée par un David Bowie en plein ego-trip (il reviendra sur ses propos une fois la descente effectuée). En 1976, bourré de cocaïne, il affirmait au magazine * Playboy : * « Adolf Hitler était l’une des premières rock stars. » Si cette phrase fit scandale, celle qui la précède n’est pas moins éloquente : * « Les rock stars sont fascistes. »* Dans la pop-culture* , conclut Johanna Luyssen*, nazisme rime surtout avec narcissisme.” * Et dans la chanson française, Occupation rime parfois avec promotion. “En promotion pour son album * Paris, en novembre, la chanteuse Zaz a vanté * « la légèreté de Paris sous l’Occupation ». Bronca sur Twitter et leçon de morale dans la presse ! Avant elle , s’amuse L’Obs * dans une brève, Sartre l’avait pourtant dit.” * La polémique a en tout cas eu un effet aussi inattendu que bénéfique pour certains : Benjamin Biolay s’est retiré de Twitter, où depuis deux ans il avait “posté d’innombrables coups de cœur musicaux, quelques commentaires sportifs ou politiques. Et, en authentique sanguin, […] poussé des coups de gueule (contre Bénabar, qui le cherchait, une ancienne de la * Star ac qui raillait ses cheveux gras ou des anonymes qui l’attaquaient sur ceci ou cela) , comme l’a raconté Valérie Lehoux dans Télérama. Chanteur connecté – donc, « moderne » –, assumant ses humeurs, bonnes ou mauvaises, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit… Emblématique d’une époque régie par les réseaux sociaux et le * storytelling, les petites histoires qui font le buzz. Sauf que cette fois, Biolay le jure, il se retire de Twitter. Ce n’est pas la première annonce de ce genre, mais ce pourrait être la bonne. Une goutte d’eau – un concentré de bêtise – a fait déborder le vase : mi-novembre, il y prend la défense de Zaz. […] * « La violence des médias… elle n’est pas historienne, Zaz ! », ose commenter sur Twitter le chanteur franc-tireur, souvent prompt à se distinguer de la meute. Et vlan : il se prend illico en retour une volée d’attaques en dessous de la ceinture, venant pour la plupart de twittos anonymes. A son habitude, il va alors répliquer à ses contempteurs par un crescendo d’amabilités (* « demeuré », * « puceau », * « petit con », * « crétin », etc.) sous le regard amusé ou consterné des internautes. La joute dure plusieurs heures… jusqu’à ce que lui-même déclare forfait. * « Ce média est parfois une poubelle*, écrit-il. * C’est décidé, je ne gère plus moi-même mon Twitter. C’était une EXPERIENCE. Vraiment désolé mais… plus possible. Bien à vous. » Et c’est ainsi que, “malgré lui, Benjamin Biolay * [a posé] au grand jour la question du statut de l’artiste dans une société de l’ultracommunication numérique.” * C’est déjà ça…