France Culture
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Doublepolémix
Doublepolémix
- Yves Ferri & didier Conrad

Le nouvel Astérix, événement "littéraire" de l'année, est-il une trahison, ou une plongée salutaire dans la modernité ? Philippe Sollers a-t-il raison d'organiser le boycott de Laurent Binet ? La Nouvelle Quinzaine littéraire a-t-elle encore une âme après le débarquement de son comité éditorial ? Polémiquettes de rentrée...
“Astérix repart à l'assaut des bacs. Pour les nostalgiques de René Goscinny et les indulgents à l'égard d'Albert Uderzo, qui avait poursuivi en solo les aventures du Gaulois moustachu après la disparition de son complice en 1977, la sortie du 36e album des aventures de ce héros « petit mais costaud » a des allures de trahison , estime David Barroux dans Les Echos. Les créateurs du village des irréductibles gaulois faisaient de l'art. Hachette, qui, entre 2008 et 2011, a acquis la totalité des droits des éditions Albert René, ne ferait que de l'argent ! L'album n'ayant pas été présenté à la presse (par peur des critiques ? , s'interroge le rédacteur en chef des Echos), impossible de porter un jugement artistique sur l'œuvre du tandem Jean-Yves Ferri (au scénario) et Didier Conrad (au dessin) qui, pour la deuxième fois, s'attaquent à ce mythe. Mais une chose est sûre : la sortie, [hier], du * Papyrus de César sera incontestablement l'événement « littéraire » de l'année. Bénéficiant d'un tirage initial de 4 millions d'exemplaires (un peu moins de 2 millions en France ainsi qu'en Allemagne, et le reste dans une dizaine d'autres pays), cet album est assuré d'être le livre le plus vendu en France.” *

Réseaux sociaux N’en déplaise à David Barroux, certains journalistes ont eu accès à l’album, en témoigne cet appel à la une du Parisien hier : « * Le Papyrus de César tient ses promesses* ». “Un sans-faute , assure Christophe Levent. Tout ce qui fait la recette magique d’Astérix est là : de bons jeux de mots, des personnages bien campés, des bagarres avec les Romains, un Obélix un peu ronchon et, grâce à un scénario qui s’amuse sur le thème des nouveaux moyens de communication, un beau clin d’œil à notre époque.” “Avec * Le Papyrus de César, Ferri et Conrad confrontent enfin Astérix à la modernité et plongent la série au cœur des réseaux sociaux, à l’heure d’Internet* , estime de même dans Le Figaro Olivier Delcroix, qui lui aussi a lu l’album, et le résume ainsi : l’intrigue repose sur une idée simple. À Rome, César va lancer ses * Commentaires sur la Guerre des Gaules. Pourtant, son chapitre « Revers subis face aux irréductibles Gaulois » chagrine son éditeur et agent Promoplus, sorte de Jacques ­Séguéla à la sauce romaine. César supprime le chapitre… et prend un gros risque. Car si jamais le Sénat apprend l’existence d’un tel document, l’Empire romain tremblera sur ses bases. Évidemment, un scribe numide surnommé Bigdatha confie cette preuve accablante à un activiste gaulois. Poursuivi, cet avatar de Julian Assange va rejoindre l’Armorique afin de transmettre le dangereux papyrus à Obélix et Astérix… [Le personnage] aurait pu s’appeler Wikilix, mais [il] porte le nom plus neutre et plus explicite de Doublepolémix.” *

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Pas de subvention pour La Nouvelle Quinzaine littéraire ** Et ça tombe bien, car des polémiques, il en manque singulièrement dans cette rentrée littéraire. Tout juste a-t-on appris par un entrefilet de L’Express * qu’il “semblerait que Philippe Sollers ait peu goûté d’être l’un des « héros » du roman de Laurent Binet, * La Septième Fonction du langage, chez Grasset, en lice pour plusieurs prix d’automne. Alors qu’il devait participer à un débat lors de la manifestation « Paris en toutes lettres », qui se tiendra en novembre, Binet a en effet été « décommandé », certains intervenants, dont Philippe Sollers, ayant menacé de ne pas participer à la soirée spéciale, consacrée à Roland Barthes, si l’impertinent romancier figurait aussi au programme…” * Tentative de polémique encore, lancée par Patricia De Pas dans le dernier numéro de La Nouvelle Quinzaine Littéraire . La directrice de la publication du bimensuel fondé par Maurice Nadeau s’y plaint que “le ministère de la Culture [lui] ait refusé les « aides à la presse » dont bénéficie la presse dite générale. Rien d’extraordinaire , relativise Patricia De Pas – nous ne les avions jamais reçues. Pourtant, le coup est rude. En effet en juin dernier, Fleur Pellerin avait entrepris d’étendre ces « aides » aux titres de toutes périodicités – auparavant ces subsides étaient accordées aux seuls quotidiens. Ô joie, ô espoir : [la] * Quinzaine aussi allait être subventionnée ! Elle pourrait bientôt développer une application pour tablettes, recruter un apprenti, peut-être deux ! Non. On explique que * La Quinzaine littéraire relève de la presse spécialisée, comme * L’Usine nouvelle, comme * Moto Magazine. Pas de celle * « tendant à éclairer le jugement du citoyen », comme * Les Inrockuptibles, comme * Télérama*. Soit dit en passant* , conclut Patricia De Pas*, * Minute* et * Présent* sont parfaitement éligibles à la manne ministérielle. Le pluralisme avant tout…” *

Le temps d'un deuil Sauf que la polémique ne se niche pas toujours où on l’attend. Si on regarde attentivement l’ours de ce n° 1 137 de la Nouvelle Quinzaine Littéraire , sous le poste « Direction éditoriale » , on lit : « En restructuration » … Eh oui, car, explique Le Monde , ce numéro, paru le 15 octobre, “n'a pas été conçu par la direction éditoriale habituelle du bimensuel, formée de Jean Lacoste, Pierre Pachet et Tiphaine Samoyault. Ils ont été écartés par Patricia De Pas, la directrice commerciale et administrative, qui avait repris en 2013 les actifs de la société éditrice, en faillite. Elle avait alors fondé une nouvelle société dont elle était l'actionnaire majoritaire. La maquette avait été refondue ; des nouveaux projets lancés, comme la collaboration avec la * New York Review of Books et la publication d'inédits d'écrivains. Mais Patricia De Pas avait assuré qu'elle conserverait l'ancienne direction et respecterait sa ligne éditoriale, élaborée avec le prestigieux fondateur de la première * Quinzaine*, Maurice Nadeau. Cette époque est révolue. Dans un communiqué, les collaborateurs bénévoles de la revue ont fait savoir qu'* « une restructuration globale du journal et des orientations éditoriales »* était en cours, et se sont étonnés de * « la rapidité et la violence de ces changements ».* Ces procédés, déclarent-ils, * « rompent avec les pratiques de collaboration amicale qui les ont réunis autour de Maurice Nadeau au long des années ».” “La direction éditoriale [avait été] cooptée par la trentaine de collaborateurs (tous bénévoles) après la mort de Nadeau. Se pose la question de l’identité d’un titre atypique, hanté par la figure tutélaire [du fondateur] , commente Juliette Cerf dans Télérama. Une * « communauté élective » qui ne pouvait peut-être tenir que * « le temps d’un deuil », selon Thiphaine Samoyault. Ci-gît [la * Quinzaine littéraire] ?”*