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Bob Dylan surprend avec son disque de reprises de Sinatra. En France, les albums hommages pullulent. Sauveront-ils l'industrie musicale ? “Sacré Bob * Dylan, s’exclame Eric Bureau dans Le Parisien. N'en faisant toujours qu'à sa tête, il publie, à 73 ans, * Shadows in the Night, un disque surprise dans lequel il reprend dix classiques de la musique américaine des années 1920 aux années 1960, qui ont tous été chantés par Frank Sinatra. Un 36e album studio qu'il offre à 50 000 compatriotes de plus de 50 ans, choisis au hasard parmi les lecteurs du magazine de l'Association des retraités américains ! Dans l'unique interview qu'il a accordée avant la sortie du disque aujourd'hui, il avoue d'ailleurs avoir cette idée en tête depuis plus de trente ans mais n'avoir jamais acheté un seul disque de Sinatra.” “ L’album de reprises est un passage obligé pour tout artiste de chanson , rappelle Jean-Yves Dana dans *La Croix. Il permet à l’interprète de marquer une pause créative tout en rendant hommage à un géant inspirateur. Bob Dylan, à ce titre, est plutôt de ceux devant lesquels les autres prêtent allégeance, ce qui fut fait à maintes reprises. Mais surprise, le chanteur de 73 ans vient * [donc] *à son tour rendre hommage à l’un de ses monstres sacrés, Frank Sinatra. *

Admirateur d’Arthur Rimbaud ou de Balzac, entre autres, avant de tomber sur Dylan Thomas auquel il empruntera son patronyme, Bob Dylan a aussi maintes fois évoqué ses inspirations musiciennes. On le sait « disciple » du folk singer Woody Guthrie, tandis que ses autres emballements de jeunesse sont à aller chercher plutôt du côté des musiques noires, du rhythm and blues et du rock and roll, du blues et du gospel. De Harry Belafonte qui * « vous réconciliait avec la race humaine », écrivait-il, de John Lee Hooker ou de Chuck Berry. Mais Sinatra* * * ? Cette visite au crooner absolu, né il y a cent ans, peut surprendre a priori.” “ Sur le papier, l'annonce d'un album de Bob Dylan interprétant des standards américains avait de quoi faire frémir , écrit pour sa part Olivier Nuc dans Le Figaro. À peine remis du disque de Noël sorti à la fin 2009 puis de la campagne publicitaire pour Chrysler, ses amateurs les plus fervents allaient-ils devoir supporter un autre de ses caprices ? La voix et le style même de l'Américain sont aux antipodes des chansons issues du Great American Songbook. Ces morceaux, dont bon nombre de chanteurs anglo-saxons se sont emparés ces quinze dernières années, de Robbie Williams à Rod Stewart en passant par Paul McCartney, comment l'auteur de Like A Rolling Stone allait-il se les approprier ?” Vous le saurez peut-être dans une prochaine Dispute…

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Le disque hommage, phénomène postmoderne Trois jours auparavant, le même Olivier Nuc avait déjà raconté dans Le Figaro combien, en France, “le disque hommage – * tribute album en version originale – est une invention assez récente de l’industrie phonographique. Phénomène postmoderne s’il en est, le procédé prospère depuis trois décennies. * Amarcord Nino Rota*, produit par l’Américain Hal Willner en 1981, marque le coup d’envoi de cette tendance qui, en ces temps de crise, fait aujourd’hui florès. Le 2 mars, Jean Ferrat sera [ainsi] remis au goût du jour. Cinq ans après sa disparition, Sony Music lui consacre * Des airs de liberté*. Un projet piloté par Marc Lavoine et Gérard Meys, ancien éditeur du chanteur. L’album affiche une distribution sans surprise : Benjamin Biolay, Cali, Dionysos, Raphaël, abonnés de ce type d’exercice. Ils y côtoient Julien Doré, Bruel ou Catherine Deneuve. Pourquoi pas ? […] Depuis le triomphe de * Génération Goldman* en 2012, la donne a changé. Autrefois, les albums hommage étaient considérés comme des opérations de prestige. Sylvain Taillet, directeur artistique chez Barclay, a piloté des disques consacrés aux répertoires de Brel, Bashung et Ferré. * « Il s’agit presque d’une spécificité française*, explique-t-il. * Quand nous avons réalisé Aux suivants , à la fin des années 1990, l’objectif était de faire revivre le répertoire de nos artistes disparus grâce à de jeunes chanteurs. Ce n’était pas formaté pour passer à la radio. »

Jean-Jacques qui ? Aujourd’hui, pour un enfant de 10 ans, * Envole-moi est une chanson de Tal. * « La logique n’est plus de remettre un répertoire en avant mais de reprendre un ancien tube pour en faire un nouveau avec un artiste à tubes », ajoute Taillet. Minimum de risque pour une équation imparable dont Cœur de pirate a bénéficié. Les nombreux passages radio de sa version du * Mistral gagnant de Renaud en attestent. Initié par Alain Lanty, pianiste du chanteur reclus dans le Lubéron, puis décliné sur deux volumes, * La Bande à Renaud* a été une des plus belles ventes de l’année 2014. L’exilé a validé chacune des étapes du chantier de son mausolée. […] Déjà disque de platine, * Amaury Vassili chante Mike Brant* est le triomphe inattendu de ce début d’année, quarante ans après la disparition du chanteur de variétés au destin tragique. Jef Cahours de Virgile, directeur artistique chez Warner, a supervisé le travail du jeune ténor sur ce répertoire. * « Mike Brant a une connotation ringarde très forte. Je voulais le réhabiliter à travers ce disque »*, explique-t-il. *

"Zéro création, pas d’imagination. On copie." ** Dans une autre esthétique, le projet collectif * L’Equipe à Jojo avait contribué à remettre Joe Dassin au goût des années 1990, en le débarrassant de son étiquette variété. Une opération de même type avait permis à Michel Delpech de revenir au premier pan voici une dizaine d’années en l’associant à des chanteurs chic le temps d’un album de duos. * « Il y a de plus en plus d’albums hommage qui voient le jour pour des raisons purement marketing », déplore Jef Cahours de Virgile, qui reconnaît que le procédé tient de la facilité. Zéro création, pas d’imagination. On copie. Une tendance renforcée par les télécrochets, au sein desquels on demande à des inconnus qui n’espèrent pas le rester longtemps de livrer leurs lectures de tubes certifiés. * « Pour accrocher le public, il lui faut du familier, conclut Cahours. * Sauf qu’à force de presser le citron, on risque de provoquer le dégoût. »

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L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
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