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“Le milieu du spectacle vivant – syndicats professionnels en tête – tire la sonnette d’alarme et profite des municipales pour faire campagne sur la place des artistes dans la société , nous informe Emmanuelle Bouchez dans Télérama . *Pourquoi tant d’inquiétude ? Coup sur coup, fin décembre, deux textes officiels ont ébranlé les fondations de la politique publique en faveur de la culture. Le premier volet de la loi de décentralisation, votée à l’Assemblée nationale, puis le « pacte d’avenir » signé en tête à tête entre l’Etat et la Région Bretagne rendent en effet possible la délégation complète de la compétence culturelle aux collectivités territoriales qui en feraient la demande. En clair, * explique la journaliste de Télérama , il s’agirait d’aller plus loin encore dans la politique de décentralisation et de financements croisés entre Région, Département et Ville. Celle-ci a certes fait ses preuves (pluralisme des soutiens aux artistes), mais montré ses limites (risque de clientélismes locaux aux dépens d’une exigence nationale). A terme, les Drac (Directions régionales des affaires culturelles), bras armés du ministère de la Culture, pourraient-elles disparaître ? La crainte est justifiée , estime l’hebdomadaire culturel, puisqu’en Bretagne (merci les « bonnets rouges » !) un premier contrat mettra officiellement à la disposition de la Région une partie des moyens de l’Etat, dès 2014.”

Pas sûr que cette tendance fasse l’affaire des petits théâtres. Le Syndicat français des artistes (le SFA-CGT) s’inquiète en tout cas officiellement de leur asphyxie financière, nous apprend Marie-Josée Sirach dans L’Humanité , qui revient sur les soucis de la Comédie italienne. “L’un des plus vieux théâtres de Paris vit, depuis ces vingt dernières années, au rythme du sursis , écrit-elle, rappelant qu’Attilio Maggiulli, son directeur, avait déjà entamé une grève de la faim. Le 26 décembre, il a volontairement percuté les grilles de l’Elysée avec sa voiture, à la suite de quoi il a été emmené à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne… Pour le SFA-CGT, derrière ce geste, * « se cache une réalité qui ne se réduit pas à un simple fait divers. (…) Le théâtre de la Comédie italienne est un lieu de création dramatique qui, comme beaucoup de petits lieux, mène avec modestie une activité culturelle tout à fait nécessaire. Celle-ci génère de nombreux emplois artistiques, techniques et administratifs. Le rognage constant d’année en année et finalement la suppression “en douceur” des aides et subventions précarisent ces petits théâtres, les entraînant inexorablement à l’asphyxie. Au final, c’est toute une activité artistique de proximité qui risque de disparaître si nous laissons faire. » Le SFA interpelle le ministre du Redressement productif, qui * « devrait se préoccuper de ces théâtres, de ces lieux de spectacles menacés de fermeture en raison du désengagement des tutelles ». * « Combien d’autres disparitions ? », s’interroge le syndicat. Et d’évoquer celui du Théâtre de Poitiers transformé en * « galerie commerciale, bureaux et appartements de luxe », en dépit de l’opposition du ministère de la Culture.”

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“Ce théâtre, construit en 1954 par l’architecte Edouard Lardillier, un spécialiste des salles de spectacle, est un édifice très élégant qui a conservé à la fois sa façade et une grande partie de son décor intérieur , décrit Didier Rykner dans La Tribune de l’Art . La partie la plus intéressante est le hall, orné d’une immense paroi (90 m2) décorée en verre églomisé (avec des feuilles d’or et d’argent), le plus grand exemple conservé en France d’œuvre de cette technique, qui fut notamment utilisée sur le Paquebot France par Robert Pansart. […] Cette architecture * [est] très proche de l’Art Déco et, malheureusement, le sort qui lui est réservé démontre* , analyse Didier Rykner, que la ville d’art et d’histoire qu’est Poitiers est parfois bien négligente pour son patrimoine, qu’il s’agisse de celui du Moyen Âge, du XIXe, ou même donc du XXe siècle.” * Mais ce théâtre “n’en est plus un depuis des lustres, comme le prouvent les lettres rouges sur la façade blanche : « Cinéma ». Il n’est plus un cinéma, depuis près d’un an, quand la programmation art et essai a déserté cette salle de 800 places. Mais qu’est-il alors ? , interroge Michel Guerrin dans Le Monde. Une coquille vide. Nuançons. Ce n’est plus un lieu de culture mais un souvenir de culture. Un souvenir tenace tant le bâtiment en impose. […] Ce théâtre n’est pas classé, et on se demande pourquoi. Et, s’il l’était, la bataille n’aurait pas lieu.” * Car “voilà, ça grince, et fort, dans la ville. Un collectif s’est créé * [il y a plus d’un an], qui réunit jeunes, vieux, étudiants, artistes, défenseurs du patrimoine, militants d’extrême gauche. Une pétition contre le projet a rassemblé 6 000 signatures * [à la date où Le Monde publie cet article, fin septembre. 7 000 fin décembre]. * […] Quand on évoque une « bataille de Poitiers », l’adjointe à la culture, Anne Gérard, * [rappelle que] la municipalité consacre 22% de son budget à la culture – le premier poste –, beaucoup plus que la plupart des villes de France. Et d’égrener quelques fleurons locaux : le Théâtre & Auditorium (TAC), le centre d’art et de musique contemporains Le Confort moderne, quatre salles de cinéma art et essai, une salle de spectacles à Beaulieu, deux écoles d’art pour la pratique amateur, dix maisons de quartier… […] Mais sans doute l’essentiel est-il ailleurs , analyse Le Monde . Dans la symbolique forte de la culture, que des élus mesurent souvent mal. Ce théâtre est assoupi sur sa place, mais bien vivant dans les esprits. Et qu’il soit transformé en « centre commercial », même s’il ne sera pas que cela, a un effet désastreux. Dans une vidéo, des artistes demandent aux passants leur meilleur souvenir de ce théâtre : un spectacle de danse à l’âge de 12 ans, une nuit du film publicitaire, un concert de Georges Brassens, une rencontre avec Mathieu Amalric… Dans un montage photo, on entend : * « Dans ce théâtre, on a ri, on a pleuré, on a rêvé. » Chacun a des images en tête, et on ne peut lutter contre.”*

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L'équipe

Antoine Guillot
Antoine Guillot
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
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