France Culture
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« Vent de polémiques sur le Festival » , titrait ce week-end le Journal du Dimanche . “Rarement le Festival de Cannes aura vu souffler le vent de la controverse de si bonne heure ! , constate Danielle Attali. La raison ? Deux films, inspirés d’histoires vraies. Le premier, * Grace de Monaco, d’Olivier Dahan, après dix-huit mois de déclarations intempestives, notamment de la famille Grimaldi, va ouvrir la plus grande manifestation de cinéma au monde. On verra bien s’il y avait lieu de décorner les bœufs. Pour le second, * Welcome to New York (d’Abel Ferrara), inspiré de l’affaire DSK, il faudra attendre samedi, date de la diffusion du film en VOD. Dans les deux cas, cinéma et réalité ne font pas bon ménage. La vie des autres dérange.”

Ce qui dérange aussi, manifestement, c’est Au nom du fils , le film du Belge Vincent Lannoo. “C’est l’histoire d’un film qui avait à peu près tous les atouts pour passer inaperçu lors de sa sortie * [mercredi dernier], * raconte Pierre Vavasseur dans Le Parisien à l’avant-veille de sa sortie*. Pas de promotion affichée. Pas de casting fanfare. Une seule salle à ce jour confirmée à Paris, à l’UGC Ciné Cité des Halles. Peut-être trois, par d’autres canaux, si un miracle survient * (ce sera finalement le cas, plus deux en banlieue parisienne]. Quinze en province dans les circuits art et essai. Et basta. Qu’est-ce qu’il a fait au bon Dieu pour mériter tant d’attaques de mouvements catholiques intégristes, à commencer par Civitas, qui avait déjà beaucoup fait parler de lui dans la lutte contre le mariage pour tous ? Ce mouvement dénonce * « l’antichristianisme, les blasphèmes et la banalisation du meurtre de religieux catholiques » dans le film. * Au nom du fils*, du réalisateur bruxellois Vincent Lannoo, remue donc les flammes de l’enfer sur le Net. Tournée en 2012, cette œuvre hybride – tantôt véritablement brindezingue avec de vrais morceaux de western dedans – aborde de front la question de la pédophilie dans l’Eglise.” ”Redoutable grenade dégoupillée* , pour Gilles Renault dans Libération, le film repose sur un de ces postulats rêches comme les cinéastes belges (Olivier Van Hoofstadt, Felix Van Groeningen ou Rémy Belvaux) s’en sont plus ou moins fait la spécialité * borderline (on pensera aussi, et pas que pour le nom, à certaines ruades de l’Espagnol Alex de la Iglesia). […] * Au nom du fils* vaut le coup d’œil. A condition qu’on lui permette d’exister. Et là, la situation se corse : une vingtaine de salles de province ont dit banco, dont celles du réseau Utopia et d’autres lieux estampillés art et essai, comme les 400 Coups à Angers ou le Comoedia à Lyon. A Paris et sa banlieue, il a semble-t-il fallu guerroyer pour décrocher… cinq écrans”* , constate Libération , qui dénonce “faute d’oukase avérée, l’autocensure, de la part d’exploitants qui ne voudraient pas courir le risque de se compliquer la vie en le programmant.” Pour notre consœur en Dispute Noémie Luciani, dans Le Monde , “plutôt bien accueilli dans les festivals européens où il a été présenté, * Au nom du Fils, […] menacé de n’être accueilli dans aucune salle parisienne, s’en est vu attribuer une de justesse à la suite d’une lettre ouverte de son coscénariste, Philippe Falardeau, dans * Le Film français*. […] Pour expliquer son rejet, les exploitants emploient les arguments les plus divers, parlant tour à tour de faiblesses formelles et d’ambiguïté morale. Une chose est certaine : ayant trouvé bien des défenseurs pour s’opposer aux insurgés même dans la part catholique de ses spectateurs belges, le film * [soulevait]* le débat avant même sa sortie française. Ne serait-il pas dommage de le condamner à l’étiquette peu glorieuse de ces films dont on parle sans les avoir vus ?”*

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Dans les nombreuses salles qui ne programment pas le film, il y a le Méliès, à Montreuil. “Vous vous souvenez des tours de passe-passe au sein de l’emblématique cinéma art et essai, et de son ancien patron, Stéphane Goudet, que l’ex-maire écologiste Dominique Voynet avait (sérieusement) pris en grippe ? , nous demande Clarisse Fabre dans Le Monde. Vous vous souvenez de la valse des postes, Stéphane Goudet et deux autres agents ayant été écartés de leurs fonctions en décembre 2012 ? Eh bien voici la suite du numéro : Stéphane Goudet va retrouver son poste , nous apprend le quotidien*, ainsi que les deux autres agents suspendus – Marie Boudon, chargée de la programmation jeune public, et Maud Mandile, comptable. Officiellement, Mme Voynet avait justifié leur éviction par le fait que des * « irrégularités de comptabilité »* voire des * « détournements de fonds »* avaient été constatés à l’occasion de séances non commerciales (films expérimentaux, etc.) Une enquête est en cours. Voynet et Goudet, deux fortes personnalités, ne se sont jamais entendus. Mais Goudet, le critique de cinéma influent, a pu faire valoir le soutien de nombreux spectateurs et celui des cinéastes et montreuillois Solveig Anspach, Dominique Cabrera ou encore Dominik Moll. Pendant la campagne des municipales, le candidat Front de gauche Patrick Bessac avait promis la réintégration des trois personnes évincées. Elu au second tour, le 30 mars, allait-il tenir sa promesse ? Mercredi 7 mai, à l’occasion d’une « soirée de résistance » à la Maison de l’arbre, salle pluridisciplinaire de Montreuil, l’adjointe à la culture du nouveau maire a fait l’annonce tant attendue. * « La nouvelle équipe tient ses engagements », a lancé Alexie Lorca (apparentée Front de gauche), avant de confirmer la * « réintégration » des trois intéressés. Celle-ci devrait être effective le 1er juin, date à laquelle le Méliès, cinéma municipal, sera transféré à la Communauté d’agglomération Est Ensemble. L’adjointe à la culture a ajouté : * « Cette décision s’inscrit dans une logique d’apaisement, afin que tout le monde sorte de cette crise par le haut. »

Comme quoi, certaines des polémiques feuilletonnées dans cette revue de presse accouchent parfois d’un happy end…

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Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
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