Publicité
En savoir plus

Deux brèves de Libération , publiées le même jour :

“Enième effondrement du marché de la musique enregistrée, qui annonce pour juin 2012 un recul de 8,9% sur un an. Selon le Syndicat national de l’édition phonographique (le Snep), le marché de gros a représenté 205,7 millions d’euros. Les ventes physiques (CD et DVD) enregistrent un nouveau repli de 16,7%. Les revenus issus du numérique (téléchargement, streaming financé par la publicité, abonnements…) ont progressé de 16,3%, mais restent loin de compenser la baisse des ventes physiques. Citant l’institut GfK, le directeur du Snep précise que * « la musique est le bien culturel qui se porte le moins mal, avec une consommation en repli de 3% »”*

Publicité

Même page, juste en dessous : “Lady Gaga ne chantera pas un, mais deux soirs à Nice, les 3 et 4 octobre * [c’est-à-dire hier et ce soir]. Une annonce en trompe-l’œil, puisque, faute de locations, elle a en réalité remplacé le stade Charles-Ehrmann par le (bien plus petit) palais Nikaia.”*

Dans ce contexte, l’histoire racontée par Gilles Renault, toujours dans Libération , s’avère symptomatique de la musique à l’ère Internet. “Personne ne connaît – encore – Yoann Lemoine , écrit-il*. Mais cela * [n’a pas empêché]* ce Lyonnais de 29 ans de donner * [mercredi 26 septembre au soir]* un récital à guichets fermés, sous le pseudo de Woodkid, dans le cadre prestigieux du Grand Rex.*

Un néophyte qui remplit les 2 700 fauteuils du plus grand cinéma d’Europe, là où tant d’homologues – après dix ans de carrière et quatre ou cinq albums – se satisferaient de planter leur drapeau sur le toit de la Cigale ou du Bataclan, deux fois plus petits, voilà qui édifie sur les mœurs d’un temps où Internet autorise ce type d’avènement, que d’aucuns jugeront intempestif.

A fortiori en précisant que Woodkid n’aura pas de premier disque à vendre avant, au mieux, fin janvier 2013 et que sa mise sur orbite parisienne – au tarif somme toute raisonnable de 27 à 60 euros –, présente une diaprure peu ordinaire, avec, hormis les musiciens habituels qui l’accompagnent (batteries, piano, machines), rien moins qu’un orchestre symphonique (22 cordes, 6 cuivres…), un light show * « assez sophistiqué » et des vidéos spécifiquement conçues pour l’occasion.*

« Woodkid a déjà rempli des salles comme le Paradiso à Amsterdam, ou le Bush Hall à Londres*, restitue Pierre Le Ny, directeur du petit label Gum, où figure la pépite, qu’il manage. * Nous avions une forte demande sur Paris. Comme le font beaucoup, il aurait été aisé de jouer dans une petite salle en laissant deux fois plus de monde à l’extérieur qu’à l’intérieur. Au lieu de quoi, nous avons préféré un bel endroit, afin de présenter l’album The Golden Age dans les meilleures conditions. Mais, même en n’ayant débuté les répétitions avec les cordes et les cuivres [qu’à l’avant-veille] , c’est un concert qui coûte cher », concède Pierre Le Ny. Lequel, tout en refusant de chiffrer l’opération, souligne * « perdre de l’argent » sur cette date unique qui, on l’aura deviné, s’inscrit dans une stratégie visant au-delà du court terme.*

Woodkid a fait son trou dans le vidéoclip. Ses clients se nomment Moby, The Shoes, Drake, Katy Perry ou, récemment, l’ over* matraquée Lana Del Rey avec qui, rapporte la rumeur, il aurait (très) sympathisé. Début 2011, le garçon décide, en parallèle, de se lancer à son tour dans la vocalise avec le titre * Iron*, manière d’« héroïc pop/folk high tech » qui, en guise de balise, ne manque pas d’aplomb* , estime le critique de Libération. Ni de panache – ainsi que le confirmera le glacis saturnien de * Brooklyn ou * Baltimore’s Fireflies*, descendance de Pink Floyd période * Atom Heart Mother*, faisant écho aux compatriotes Cascadeur et Sébastien Tellier.*

100 millions de vues sur le Net plus tard – et 250 000 achats du titre en téléchargement –, on peut objectivement considérer la pompe Woodkid amorcée. * « Iron n’a pas été distribué en CD, car nous envisageons le EP [équivalent du 45 tours d’antan] * comme une carte de visite, un outil de développement », précise Pierre Le Ny, insistant sur l’interaction séminale entre musique et image chez son poulain, qui décline une fantasmagorie alentie mêlant animaux et guerriers en armure (Boutonnat * [le réalisateur des clips de Mylène Farmer] meets Aronofsky ?) : * « Ayant travaillé dix ans dans le monde des majors, je sais qu’un label indé n’a pour ainsi dire plus accès aujourd’hui à la radio ou à la télé. Alors autant transiter directement par le Net : beaucoup plus fort qu’un simple MP3 sur une plateforme Woodkid a d’emblée conçu des clips pour illustrer ses chansons. Avec l’aide d’amis à droite et à gauche, afin de minimiser les coûts, ses films ressemblent à des œuvres vraiment ambitieuses, avec une charte précise en noir et blanc. Nous avons eu très vite d’excellents retours sur les réseaux sociaux. Après, c’est l’effet boule de neige. »

Qu’amplifie la synchro – désormais secteur essentiel dans l’économie musicale –, avec notamment le jeu Assassin’s Creed*, ou des pubs pour Peugeot ou Lolita Lempicka.*

Aussi, Etats-Unis, Angleterre, France, Allemagne, Australie confondus, existe-t-il aujourd’hui un public sensible au phénomène, plusieurs mois avant la sortie d’un bon vieux CD qu’il faudra, le moment venu, faire fructifier. La partie négociation est toujours en cours concernant son lancement à l’étranger et un prochain clip sera mis en chantier en octobre, même si Woodkid compte stopper l’exploitation du filon * « avant de lasser tout le monde. D’autant que ce sont des projets assez coûteux et qui nécessitent beaucoup de temps », ajoute le manager, évacuant l’éventuelle pression d’un philosophe : * « Plus le projet grossit, plus on entend s’exprimer des détracteurs. De là à parler de jalousie… »

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Laurence Millet
Réalisation
Daniel Finot
Réalisation