France Culture
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Jeudi dernier, nous chantions ici les vertus des festivals, ces « * églises laïques d’aujourd’hui » , pour reprendre l’expression de notre consœur en Dispute Fabienne Pascaud dans Télérama . Le culte aura-t-il lieu cette année ? C’est la question que se pose le milieu de la culture, en cette semaine où les positions se sont singulièrement radicalisées, afin que le ministre du Travail, François Rebsamen, récipiendaire lundi dernier d’un « Molière de la trahison » , n’agrée pas, dans la dernière semaine de juin, comme il l'a annoncé, l’accord signé le 22 mars par les syndicats CFDT, CFTC, FO et le Medef, qui prévoit une hausse de 2% des cotisations patronales et salariales et un différé d’indemnisation, et doit entrer en vigueur le 1er juillet. Lundi dernier, Armelle Héliot rappelait ce premier mot d’ordre des intermittents : « Nous perturberons tous les spectacles auxquels assistera un membre du gouvernement. » La menace est claire* , jugeait-elle. Peut-on imaginer l’ouverture du Festival d’Aix-en-Provence, le 2 juillet prochain, ou encore celle du Festival d’Avignon, le 4 juillet, sans que la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, ne soit présente ? Ce mot d’ordre a été rappelé lors de la présentation du festival off d’Avignon. Il traduit l’inquiétude d’un milieu qui, onze ans après le grand mouvement de l’été 2003, se trouve ligoté par un accord qui n’a tenu aucun compte du travail accompli depuis par le comité de suivi qui rassemble parlementaires et professionnels. […] Ledit comité, dont les propositions ont été examinées par des économistes indépendants, demande notamment un retour à un calcul basé sur une période donnée, avec une date anniversaire. Mais ce qui a changé depuis 2003, * rappelle la critique du Figaro , c’est la situation du pays. La montée générale du chômage, la baisse de la production dans l’audiovisuel comme dans le spectacle vivant. De moins en moins de travail et de plus en plus de précaires. Les intermittents ne se battent pas que pour eux , s’emballe Armelle Héliot : la précarité concerne des travailleurs qui ne sont pas du monde du spectacle. A l’heure du pacte de responsabilité, qu’en dit Manuel Valls ?” , interroge-t-elle. Manuel Valls ? « Un homme de culture, très attaché aux festivals dans lesquels il se rend depuis longtemps. La gauche ne laisse pas tomber la culture. Je me bats pour préserver les moyens de la création » , assurait hier la ministre de la Culture dans un entretien au Journal du Dimanche , à l’occasion de la nomination du député socialiste Jean-Patrick Gille comme médiateur chargé de trouver une issue à la crise. Une annonce qui, * rappellent Cécile Amat et Camille Neveux dans le JDD , “vient clôturer une semaine particulièrement douloureuse pour la gauche au pouvoir. Partout en France, des actions coups de poing ont été menées : occupation de l’Opéra Bastille [samedi] soir à Paris, grève au Printemps des comédiens à Montpellier, interruption du tournage de la série * Plus Belle la vie à Marseille… Les pétitions de directeurs de théâtre et de cinéastes, les lettres d’élus comme Martine Aubry et Anne Hidalgo, se sont multipliées auprès du gouvernement pour rouvrir les négociations.” * Si Armelle Héliot et Le Figaro pouvaient d’abord sembler en empathie avec les revendications des intermittents, le ton a singulièrement changé depuis que les menaces de grève sont devenues une réalité. La grève au Printemps des Comédiens ? “Un désastre artistique, intellectuel, moral, une décision mortifère et totalement stérile , condamne notre consœur. […] La grève est la pire des réponses. Elle revient à annuler jour après jour les spectacles et à conduire rapidement à l’annulation pure et simple d’une manifestation comme ce fut le cas, en 2003, pour ce qui concerne le festival « in » d’Avignon, dernière édition de Bernard Faivre d’Arcier. La grève coupe le public des artistes, la grève produit une effervescence toxique, la grève nourrit les rancœurs. Elle déprime les artistes, décourage les entrepreneurs culturels, désolidarise le grand public des revendications, fussent-elles fondées. […] Les grévistes piétinent sans état d’âme le travail des artistes, des techniciens, des administratifs , assène Armelle Héliot. *Ils s’attaquent aux œuvres en interdisant au public d’y accéder.” * Quant à la pétition des directeurs de théâtres et de festivals, plus de soixante signataires, dont Olivier Py, le patron d’Avignon, ou Madeleine Louarn, la présidente du Syndeac, publiée le 4 juin dans Libération , elle pose clairement la question de la politique culturelle de la gauche au pouvoir. “Nous attendons plus d’un gouvernement de gauche que le strict respect du dialogue social paritaire , écrivent-ils. Nous attendons beaucoup plus d’un gouvernement de gauche que la seule préservation des annexes spécifiques pour les intermittents du spectacle. Nous attendons d’un gouvernement de gauche autre chose que des Assises dilatoires et la promesse d’une caisse de bienfaisance. Et nous attendons toujours d’un gouvernement de gauche les preuves d’une ambition pour la culture. Agréer la convention en l’état relèverait d’une provocation au regard de la situation sociale de notre pays et de son niveau de chômage. Ce serait une erreur, voire une faute, à la veille des festivals d’été qui font le rayonnement international de notre pays : déjà le Printemps des comédiens est stoppé dans son envol… et demain ?” “Il ne faudrait surtout pas croire , analyse Alexandra Schwartzbrod dans un éditorial de Libération , qui a consacré samedi 8 pages « événement » au conflit, que le problème des intermittents se limite à une équation économique, ce serait trop simple et réducteur. La question est d’abord politique. Un pouvoir de gauche est-il prêt à entériner une nouvelle convention d’assurance chômage qui, de fait, fragilise davantage encore les plus précaires et qui, si elle était appliquée, menacerait à terme le système des intermittents et donc l’ensemble du monde du spectacle ? Au-delà des affaires de gros sous, la gauche au pouvoir a-t-elle, oui ou non, une vision et une ambition pour la culture ?” Une question qui ne date pas d’hier…

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