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Par Eric BiegalaDifficile de trouver dans la presse internationale le moindre commentaire applaudissant sans réserves l'accord de Minsk rédigé hier par le groupe dit de Normandie - Ukraine Russie France Allemagne - et paraphé par l'Ukraine et les séparatistes pro-russes du Dombas... A Moscou par exemple la Pravda ** ce matin se désole de ce que l'accord en question n'ait en aucune manière permis la relaxe des sanctions contre la Russie. Pire, indique ce matin le site du quotidien russe : "l'Europe envisage même de nouvelles sanctions, en plus de celles qui doivent toucher 19 personnes et 9 "entités" (entreprises ou institutions) en Russie et en Ukraine à partir de lundi prochain" si le cesser-le-feu prévu pour entrer en vigueur ce week-end n'est pas effectivement mis en oeuvre.D'ailleurs, renchérit Ivan Nechepurenko dans les colonnes du Moscow Times** "les pourparlers de Minsk ne proposent qu'un simple cesser-le-feu, pas la paix" ; en fait poursuit-il, "l'accord ne propose aucune solution définitive à un conflit qui a déjà fait 5300 vicitimes depuis avril" et d'expliquer que le président Ukrainien Porochenko aura sans doute bien du mal à faire avaler aux Ukrainiens une réforme constitutionnelle qui donnerait davantage d'autonomie aux séparatistes du Dombas. Une telle réforme est effectiveemtn inclue dans l'accord de Minsk et elle conditionne d'ailleurs le futur contrôle par l'Ukraine de sa frontière sud-orientale avec la Russie. A Kiev, le quotidien** Ukrainska Pravda ** remarque également que ce dernier point de l'accord : le contrôle par l'Ukraine de sa frontière avec la Russie sera sans doute le plus difficile à mettre en oeuvre... "Il ne devra intervenir qu'à la fin de l'année selon le texte, remarque le journal ; et après... après le vote par le parlement ukrainien d'une loi sur le statut transitoire des Républiques autoproclamées de Louhansk et Donetsk ; après qu'il y ait eu des élections locales dans ces républiques ; après, enfin, le vote d'une réforme constitutionnelle qui entérinera le "statut spécial" desdites Républiques en Ukraine. Ca fait beaucoup pour l'année 2015 et ce n'est probablement pas réaliste.La même Ukrainska Pravda se pose aussi quelques questions sur la pièce maitresse de cet accord : le cesser-le-feu lui-même, en remarquant qu*'i"l est censé être "immédiat", mais ne prendre effet que dans deux jours et demi : le 15 février...* La raison de cette apparente contradiction est simple * explique le journal : c"'est Debaltseve" . La poche ukrainienne maintenant encerclée par les rebelles et que ces derniers ont maintenant deux jours et demi pour réduire. "Debaltseve, c'est un noeud routier et ferroviaire important entre Louhansk et Donetsk" rappelle le quotidien de Kiev ; "c'est par là que doit par exemple transiter une bonne partie de la production charbonnière du Dombas"* , aujourd'hui tenu par les rebelles...Pour le Kiev Post ,* "la question la plus importante de ce nouvel accord de Minsk c'est de savoir combien de temps il durera... "A vrai dire peu importe* répond dans les colonnes du journal Volodymir Fesenko, le directeur du Think tank Penta "Si le cesser-le-feu fonctionne, même graduellement et avec retard ce sera déjà ça... Et s'il ne fonctionne pas, ce sera toujours une bonne chose pour l'Ukraine parce que les leaders européens perdont ainsi les illusions qu'ils avaient au sujet d'un possible accord diplomatique avec Poutine". "Ne soyez pas dupe du cesser-le-feu de Minsk" , renchérit sur le même ton l'expert du monde Russe Mark Galeotti dans un long papier publié hier soir par Foreign Policy "Moscou se prépare en fait à cimenter ses gains territoriaux avant que d'éventuelles armes occidentales n'arrivent" en Ukraine.Le professeur de politique internationale de l'université de New York, grand spécialiste des affaires sécuritaires russes explique qu''"au moment où Washington envisage de livrer quelques armes aux Ukrainiens - comme des missiles antichar Javelin ou des radars de contrebatterie pour faire pièce aux Lance Roquettes Multiples des séparatistes - il ne fait aucun doute que les plannificateur de l'Etat-Major moscovite soupèsent risques et avantages d'une petite offensive préemptive... Si Washington décide d'armer les ukrainiens, il se passera un peu de temps avant que lesdites armes ne sioent rassemblées et acheminées sur place. Et les troupes gouvernementales de Kiev devront apprendre à s'en servir. Il faut deux semaines aux soldats américains pour maitriser l'utilisation du missile Javelin... il serait hasardeux de parier que les Ukrainiens aprendront à s'en servir plus rapidement...Partant, quel est le calcul de Poutine ? demande Mark Galeotti...* "c'est simple : mieux vaut sans doute frapper d'abord et s'enterrer avant que l'Ukraine ne dispose de ce matériel défensif. Imaginons,* poursuit-il,* que le kremlin accepte le coût humain, politique et militaire d'une escalade - laquelle impliquerait certainement des sanctions plus fortes", il est alors probable qu'il se fixera trois objectifs militaires : 1/ prendre Marioupol (à la fois un aéroport fonctionnel et un port maritime sur la Mer Noire)2/ prendre la poche de Debaltseve qui sépare les bastions de Donetsk et Louhansket 3/ repousser la lignes de front de manière à créer un périmètre facile à défendre.Une telle campagne n'irait probablement pas jusqu'à inclure des objectifs aussi ambitieux qu'un corridor terrestre jusqu'à la Crimée, mais les villes d'Artemivsk et d'Avdiivka pourraient également être reprises. C'est à Avdiivka que se trouve par exemple la plus grosse usine de production de Coke d'Ukraine"* , remarque pour finir Mark Galeotti.Faut-il donc à toute force et à toute allure armer les Ukrainiens ? Mauvaise idée, répond en substance The Economist ** : "les défenseurs de cette thèse disent que de telles armes feraient payer à M. Poutine un prix trop important pour qu'il continue à se battre, mais ceux qui imaginent que M. Poutijne ne pourra pas assumer des pertes massives devraient se rappeller de la guerre qu'il a mené en Tchétchénie" , prévient l'hebdomadaire britannique.Une stratégie plus efficace serait sans doute de refuser de jouer son jeu et de parier sur ce sur quoi Poutine lui-même ne peut pas compter. "Rappelons nous, indique encore The Economist que tout est parti de la volonté des Ukrainiens de se rapprocher de l'Union Européenne et de la volonté de Mr. Poutine de les en empêcher.Plus que des armes, l'Occident doit urgemment fournir à l'Ukraine le plus d'aide possible, une aide qui lui permettra de constuire un Etat et de réaliser son rêve européen... l'aide annoncée par le FMI ce 12 févrie r (un nouveau prêt de 15,5 milliards d'euros sur quatre ans) ne doit être qu'un début . Pour Vladimir Poutine "ce qui se passe en Ukraine doit servir de leçon à tout ceux qui auraient l'ambition de se rapprocher de l'Occident... Il faut au contraire, conclu le magazine, faire de l'Ukraine l'exemple même de l'intétrêt qu'il y a à se rapprocher du camp occidental" .

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Thomas Cluzel
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