Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane à Jeddah en Juin 2018
Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane à Jeddah en Juin 2018
Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane à Jeddah en Juin 2018 ©AFP - Saudi Royal Palace/ Bandar-Al-Jalou
Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane à Jeddah en Juin 2018 ©AFP - Saudi Royal Palace/ Bandar-Al-Jalou
Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane à Jeddah en Juin 2018 ©AFP - Saudi Royal Palace/ Bandar-Al-Jalou
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Résumé

La presse américaine ne cache pas son incompréhension alors que la Maison Blanche a renonçé à sanctionner le prince héritier saoudien pourtant désigné comme responsable du meurtre en 2018 du journaliste dissident Jamal Khashoggi. La justice péruvienne enquête sur les largesses du chinois Sinopharm.

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Trois jours de suspense savamment orchestrés par la Maison Blanche... Et finalement la montagne accouche d'une souris diplomatique.

On parle là des relations entre les Etats-Unis à l'ère Joe Biden et l'Arabie saoudite du prince héritier Mohammed Ben Salmane dit MBS. Vendredi, nous rappelle la chaîne qatari Al Jazeera, un rapport des services de renseignements américains établissait, noir sur blanc, que le prince saoudien avait bien approuvé l'assassinat à Istanbul du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Depuis, la Maison Blanche laissait entendre qu'il allait y avoir des annonces sur une évolution des relations diplomatiques avec l'Arabie Saoudite, pour tourner la page de l'ère Trump où tout semblait autorisé à MBS, même de faire exécuter et démembrer un dissident réfugié aux Etats-Unis et employé par le Washington Post

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Autant dire que l'attente était à son comble, à la rédaction de ce même quotidien, quand lundi en fin de journée le porte-parole de la Maison Blanche, Ned Price a pris la parole face à la presse et a déclaré que... Non, les Etats-Unis n'allaient pas prendre de sanctions personnelles contre Mohammed Ben Salmane, mais qu'ils allaient "recalibrer leur relation avec Riyad, réaffirmer leur exigence en matière de respect des valeurs américaines, exiger que l'unité d'élite qui s'est chargée d'assassiner Khashoggi soit démantelée (la belle affaire) et annuler trois livraisons d'armes américaines destinées à l'Arabie Saoudite, dans un effort politique pour mettre fin au conflit qui dure depuis 2015 au Yemen".  

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Pas question ici de minimiser l'importance de cette nouvelle doctrine américaine sur le Yemen, qui est une crise humanitaire majeure. Mais tout de même, pour le directeur de la publication du Washington Post Fred Ryan, qui prend la plume pour défendre la mémoire de son ancien collaborateur assassiné, il y a de quoi s'étrangler à entendre comment Joe Biden vient d'échouer à son premier défi majeur sur la scène international : répondre "Yemen" quand on lui parle de Jamal Khashoggi, refuser de sanctionner directement le prince héritier commanditaire de ce meurtre abject, c'est piétiner les promesses qu'il avait faire quand il était candidat aux primaires démocrates fin 2019 sur le plateau de MSNBC.  

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"Soyons clairs, si je suis élu président nous ferons payer le prix de cet assassinat aux responsables saoudiens, nous ferons d'eux les parias qu'ils n'auraient jamais dû cesser d'être sur la scène internationale ; ils devront rendre des comptes" : voilà ce que déclarait le candidat Biden en campagne. 

Aujourd'hui "le compte n'y est pas", affirme le patron de la rédaction du Washington Post accusant le président de maintenir finalement la même ligne que son prédécesseur Donald Trump, à savoir "_délivrer un '_bon pour un meurtre gratuit' à tout despote qui présente un quelconque intérêt stratégique pour les Etats-Unis". 

La raison diplomatique l'emporte donc une fois de plus... Et il y a d'autres aspects de cette décision qui interrogent la presse internationale. CNN par exemple se demande pourquoi la première version du rapport des services de renseignement américains, citait les noms de trois hauts responsables saoudiens impliqués dans l'exécution de Jamal Khashoggi, des noms qui ont disparu dans une seconde version du texte publié sur le site de la Maison Blanche. Un signe de complaisance avec Riyad pour protéger certains proches du prince? 

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David Hearst, pour The Middle East Eye s'intéresse aux conseillers de Joe Biden sur le monde arabe, ceux qui ont façonné, après des semaines de débat interne, la réponse de la Maison Blanche qui consiste donc à ne pas sanctionner MBS malgré l'évidence de sa responsabilité. Ces hommes, pour la plupart, sont liés d'une manière ou d'une autre aux intérêts de la couronne saoudienne et des autres monarchies du Golfe, ce sont "des hommes du prince héritier" écrit David Hearst, reprenant des informations publiées le week-end dernier, par son collègue David Sanger du New York Times

Pas étonnant, donc, que rien ou presque ne change vraiment entre Washington et Riyad, puisque ces conseillers sont les premiers à défendre l'idée qu'il était impossible de sanctionner MBS sans rompre avec fracas la relation privilégiée que l'Amérique ménage, quoi qu'il en coûte en terme de justice et de valeurs, avec son principal allié dans le monde arabe.  

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Finalement, il était sans doute naïf d'imaginer qu'il puisse en être autrement, conclut Ben Samuels dans les colonnes d'Haaretz en Israël : "Penser que la Maison Blanche version Biden allait réellement rompre ses liens avec l'Arabie Saoudite pour un journaliste assassiné, c'était sous-estimer gravement l'importance stratégique de ce pays dans la région la plus sensible au monde pour les Etats-Unis".

Changeons de continent pour l'Amérique du Sud et le Pérou secoué par un "scandale des vaccins chinois".  

Scandale sanitaire mais aussi et surtout scandale de corruption, avec cette enquête à tiroir évoquée en gros titre par La Republica de Lima : le parquet national enquête d'abord sur "470 vaccinations de citoyens péruviens avec le vaccin chinois Sinopharm, en dehors de tout cadre médical établi, au moment où aucune campagne vaccinale n'avait été lancée dans le pays, et même où les tests cliniques de phase trois du Sinopharm n'étaient même pas terminés". 

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Sur le même sujet, El Pais va droit au but : il s'agit de 470 personnalités péruviennes qui ont pu se faire vacciner avant tout le monde grâce à des connaissances dans le réseau des gens influents du pays. Rien que ça a déjà de quoi énerver la population... Mais ça ne s'arrête pas là : en plus de ces doses VIP gratuites, il s'avère que Sinopharm a fait l'an dernier près de 800 000 euros de "cadeaux"  au ministère péruvien de la Santé au moment où celui-ci discutait avec le labo chinois et ses concurrents) de pré-commandes de vaccins.  

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Les cadeaux en question, détaille El Pais, c'étaient des respirateurs, des thermomètres infrarouges, des masques et autres protections pour les soignants ; des dons très appréciés à l'époque dans les hôpitaux péruviens mais qui, à bien y regarder, pourraient être qualifiés de corruption, de pots de vins en nature pour pousser le Ministère à faire affaire avec Sinopharm plutôt qu'avec les autres labos étrangers. Et d'ailleurs ça a plutôt bien marché : le Pérou a signé début janvier un contrat avec les chinois pour 38 millions de doses.