France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

Bonjour Ali, Bonjour à tous, C'est l'histoire d'une "menteuse en chef", titre Gérard Baker, l'éditorialiste du Times à Londres. "Il faut bonne mémoire après qu'on a menti" observait Pierre Corneille au 17ème siècle en France. "Il avait raison. Mais Corneille a écrit cela bien avant l'ère de YouTube", explique le journaliste britannique. "De nos jours, inutile de compter sur les approximations de notre mémoire, cela ne vous sauvera pas. Le démenti est aussitôt téléchargeable d'un clic de souris. Et c'est ce qu'Hillary Clinton a découvert cette semaine." "La sénatrice de New-York a voulu mettre en avant son expérience en matière d'affaires étrangères devant des militaires, des haut gradés"... et de raconter comment il y a 12 ans, elle a vécu l'enfer de la guerre dans les Balkans. Son atterissage en Bosnie malgré des tireurs d'élite postés en embuscade, elle avait du sortir en courant de l'appareil C-17, tête baissée... la cérémonie prévue pour son arrivée avait été annulée. "Cela sonnait comme un thriller, quelque chose de tout à fait palpitant", raconte l'éditorialiste... "comme un roman de Tom Clancy. Le problème justement, c'est que cette histoire venait probablement d'un roman de Tom Clancy. C'était de la pure fiction." Quelle était donc la réalité ? Et bien, c'est la chaîne de télévision CBS qui a retrouvé dans ses archives... l'arrivée d'Hillary en Bosnie - vidéo archi-consultée sur la toile. "On y voit la sénatrice, sereine et souriante, raconte le Times, descendant de son avion, très entourée, la tête haute. Aucun danger évident de tireurs d'élite ou de terroristes. Quelques secondes plus tard, elle est accueillie par ce qui ressemble fort à une cérémonie traditionnelle d'arrivée sur un tarmac où une petite fille bosniaque de 8 ans enlace la sénatrice et les deux discutent chaleureusement quelques instants. Je me suis déjà senti, explique Gérard Baker, beaucoup plus en danger physique en sortant de ma voiture sur le parking de l'aéroport d'Heathrow." Même si Hillary Clinton est revenue sur ses déclarations... reconnaissant s'être "mal exprimée", l'éditorialiste est en colère "contre les mensonges permanents de toute cette famille". "Bill Clinton le faisait déjà", explique-t-il. "L'art de broder, de dissimuler semble désormais ancré dans les synapses du cerveau des Clinton comme naturellement la vérité dans le cerveau des innocents." "Certains ont même remarqué, raconte le Times, que les Clinton choississent un gros mensonge quand un petit suffirait... et qu'ils choississent un petit mensonge quand la vérité suffirait. Mais parfois cette vérité qui dérange, comme une robe bleue sur laquelle on retrouve de l'ADN ou des archives oubliées de chaînes d'information, cette vérité apparaît et les accable." Pour le Times, cette semaine marque donc "la fin des espoirs" pour la sénatrice dans cette course à la désignation chez les démocrates. La presse britannique ce matin ne lui dit pas merci... au contraire... Pour l'éditorialiste de The Independent, avec cette erreur, "elle se définit comme une fantaisiste"... "Ce qui était déjà arrivé, rappelle-t-il, il y a quelques semaines quand elle expliquait avoir joué un rôle important dans le processus de paix en Irlande du Nord... Ce qui a fait dire à l'ancien leader irlandais David Trimble - Prix Nobel de la paix avec John Hume - qu'Hillary Clinton était un petit peu trop stupide." L'éditorialiste de The Independent rappelle les informations délivrées "par un ami psychiatre sur ces personnes qui mentent pour se rendre plus intéressantes"... Cela lui rappelle encore une autre anecdote... C'était après le 11 septembre 2001 où "Hillary expliquait qu'elle avait été une mère très inquiète pour sa fille Chelsea qui faisait du jogging à ce moment-là aux abords du quartier de Manhattan touché par les avions. Plus tard, Chelsea elle même révéla l'intégralité de cet effroyable épisode... Elle était assise devant sa télévision." conclut l'éditorialiste britannique. Aux Etats-Unis, évidemment cette histoire a fait grand bruit et Barack Obama semble plus que jamais en capacité de l'emporter. "Même M. Clinton semble concéder la nomination d'Obama," expliquait hier l'éditorialiste du New-York Times, ajoutant que "les chances de l'emporter pour Hillary étaient désormais négligeables". "Le grand gagnant de ce combat chez les démocrates pourrait même être le républicain John McCain. Un sondage paru mercredi montre que 19% des supporters d'Obama voterait pour McCain si Mme Clinton était désignée par son camp. Plus étonnant, 28% des supporters cette fois d'Hillary se rabattrait sur McCain en cas de désignation d'Obama". Pour Nicholas Kristof du NY Times, cela ne fait désormais plus aucun doute. "La bataille entre les deux démocrates devient sanglante". Mme Clinton a dit cette semaine que la bagarre allait encore durer trois mois. Mais ce seront surement trois mois toxiques", estime l'éditorialiste. "La vraie stratégie d'Hillary est de détruire les chances de victoires d'Obama à l'élection de novembre face à McCain pour qu'elle puisse retenter sa chance en 2012." "Elle mérite mieux, dit pourtant Nicholas Kristof. Elle qui a fait un si beau travail sur la santé et les enjeux autour de la jeunesse pendant si longtemps, elle qui s'est illustrée récemment comme une brillante sénatrice. Elle qui s'est penché sur les malades du sida et la pauvreté si passionément depuis qu'elle a quitté la Maison Blanche. Elle est en train de ternir son propre héritage. Les sondages, ajoute le journaliste, lui donnent aujourd'hui plus d'opinions négatives que positives," y compris parmi les femmes qui forment la base de son électorat. "Elle pourrait bien devenir pour Obama le Ralph Nader d'Al Gore en 2000", celui qui avait siphonné les voix des démocrates, qui avait fait perdre ce parti, conclut le NY Times, journal de référence du pays. Attendre 2012 pour Hillary, scénario que semble accepter également l'International Herald Tribune. "Elle aura 65 ans", précise le quotidien qui préfère malgré tout s'intéresser au présent et à cette stratégie qu'évoquait le NY Times, une "stratégie de divisions et de conquête" au sein des démocrates... "une vision nihiliste" qui se résume nous dit le journaliste dès le titre de son édito par "Hillary ou personne" - "Hillary ou aucun démocrate à la maison blanche". "Après tout du temps de l'investiture de Bill avant sa réélection en 96, c'était la même chose, (le même cinéma) faire ce qui était le mieux pour lui, pas pour son parti. Les Clinton, conclut "l'Herald", ont toujours pensé qu'ils représentaient à eux seuls le parti démocrate." Bonne journée !

Références

L'équipe