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PAR LUDOVIC PIEDTENU La presse du monde entier détaille un peu plus ce matin le tremblement de terre de lundi qui a frappé l'Afghanistan et le Pakistan."Le bilan final du séisme est loin d'être connu mais l'heure est déjà aux calculs politiques" écrit Simon Petite dans le quotidien suisse Le Temps.Article très intéressant intitulé "Après le séisme, les talibans veulent gagner les coeurs et les esprits"."Dans un message publié hier, les talibans ont demandé aux organisations caritatives de ne pas "ménager leurs efforts pour venir en aide aux rescapés". Ils ont même appelé leurs combattants à contribuer aux efforts de sauvetage.""Avant le séisme, les talibans avaient déjà le vent en poupe", écrit le journaliste du Temps."Début octobre, ils s'étaient brièvement emparés de la ville de Kunduz, la capitale de la province du même nom, à moins de 200kms à l'ouest de l'épicentre."L'épicentre, c'est "le district de Jurm qui échappe au gouvernement afghan".En résumé, "rares sont les organisations à intervenir dans cette région reculée et dangereuse où a eu lieu le séisme. L’Organisation internationale des migrations (OIM) est l’une d’elles. L’organisation venait déjà en aide à la population après des glissements de terrain, des avalanches ou des inondations, fréquents dans la région."«Nous sommes bien acceptés par les communautés locales. Les secours après des catastrophes naturelles sont mieux perçus que d’autres activités», explique le porte-parole de l’OIM à Kaboul."À titre de comparaison, les campagnes de vaccination ne bénéficient pas de la même tolérance. Depuis que l’une d’elles avait été utilisée comme couverture par la CIA pour s’approcher d’un certain Ousamma Ben Laden, terré au Pakistan, les talibans ont déclaré la guerre aux vaccinateurs, qui ont été tués par dizaines ces dernières années.""L’Organisation mondiale de la santé s’inquiète du risque d’épidémies pour les rescapés. Ceux-ci ont désespérément besoin d’abris alors que la température a déjà chuté dans les montagnes afghanes et que la neige a fait son apparition.""Il y aurait au moins 7 600 maisons détruites en Afghanistan", selon un article publié sur le site de la BBC.Un humanitaire témoigne : "il y a un besoin urgent de tentes et de couvertures pour ceux qui ont dû passer une deuxième nuit à l'extérieur"."Des milliers de personnes, réticentes à retourner à l'intérieur par crainte de répliques, ont passé la nuit dernière dans des températures proches de zéro. Les enfants sont particulièrement exposés au froid extrême."Un communiqué de l'UNICEF relayé par la BBC fait même état de fortes pluies et de neige tombées ces deux derniers jours dans ces zones sinistrées reculées et montagneuses."

Tout cela vient s'ajouter au malheur de la guerre

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Titre de l'International New York Times : "Pour des afghans fatigués, lassés par la guerre, ce tremblement de terre est comme si on leur servait une portion supplémentaire de misère".Cet article signé Mujib Mashal décrit la réalité violente des afghans. En voici un extrait :"La famille en deuil a dû acheter le linceul, 20 mètres de toile blanche, à crédit au bazar du coin. Mais au moins, les deux corps écrasés de ses adolescents, extraits des débris après trois heures de recherche, ont pu être inhumés hier. Mais pour cette famille, qui vit dans une zone contrôlée par les talibans, l'épreuve n'était pas terminée : après les obsèques, des dizaines de militants se sont attardés autour de la maison, demandant être nourris.""L'étendue de la richesse de cette famille n'est que de quelques abricotiers et quelques mûriers, une demie-douzaine de moutons et une vache. Pour nourrir les insurgés, la famille a du abattre l'une de ses dernières chèvres.""Chaque nuit, chaque jour, nous avons 20 ou 30 talibans qui viennent demander de la nourriture. Et nous ne pouvons même pas offrir un bout de pain à nos propres enfants."Tout l'enjeu est de savoir comment les talibans vont laisser les humanitaires travailler.A priori, le gouvernement, persona non grata, va s'appuyer sur les ONG pour atteindre les populations.Mais dans cet article du New-York Times, plusieurs humanitaires dont des membres du Croissant Rouge, font état et s'inquiètent de la présence de "nouveaux groupes", une référence aux affiliés de l'Etat Islamique.Dans un autre article publié dans la presse américaine, dans le Washington Post, ces groupes pourraient profiter de ce séisme pour augmenter leur notoriété auprès de la population, en les aidant, tout en diffusant leur message.Ce dont se méfie le voisin pakistanais et son ministre de l'information cité par le quotidien.Cela pourrait aussi augmenter l'actuelle concurrence entre factions islamistes.Les talibans, disons "classiques", sont bien sûrs opposés au gouvernement afghan d'Ashraf Ghani et à la présence américaine, mais ils semblent aussi s'opposer à l'Etat Islamique, peut-on lire dans une enquête totalement inédite publiée il y a 48h sur le site d'info américain The Daily Beast.Une enquête absolument passionnante qui évoque la piste d'un dialogue entre ces talibans et Moscou depuis 2013. Un dialogue aussi avec les voisins, les anciens Etats soviétiques. Notamment le Tadjikistan et le Turkménistan. Qui redoutent tous l'émergence de Daesh. Et préfèrent de loin s'appuyer sur les Talibans. Même Pékin aurait établi des contacts avec eux. La Chine, elle, a peur de ses Ouïghours du Xinjiang qui vivent dans le sud de l'Afghanistan. Ces nouvelles alliances expliqueraient donc un peu mieux le regain de vigueur des Talibans dans la région.C'est aussi un autre exemple de ces relents de guerre froide et de guerre par procuration... comme on le vit en Syrie...Les américains sont obligés de rester en Afghanistan, les britanniques aussi peut-on lire ce matin dans le Times de Londres. 450 soldats britanniques resteront à Kaboul jusqu'à la fin de l'année prochaine... dans cette guerre sans fin.