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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le changement de stratégie d'Obama en Syrie, au Cameroun et en Afghanistan.
Le président américain aurait, sans doute, aimé laisser de lui une image de président de la paix. Or depuis quelques jours, c'est tout le contraire qui semble se dessiner. Même si le gouvernement a mis fin vendredi dernier à un programme financé à hauteur de 500 millions de dollars qui visait à entraîner des rebelles dits “modérés” en Syrie, en revanche, le Pentagone entend désormais fournir des munitions et peut-être des armes légères à des unités déjà engagées sur le terrain et dont les commandants ont été contrôlés et s’engagent à combattre les djihadistes de l’organisation Etat islamique.

A fighter from the Free Syrian Army's Al Rahman legion carries a weapon.
A fighter from the Free Syrian Army's Al Rahman legion carries a weapon.
© Reuters - Bassam Khabieh

La première illustration de ce nouveau plan est arrivée dès lundi : l’armée américaine a annoncé avoir largué 50 tonnes de munitions dans le nord-est de la Syrie, destinées à des groupes rebelles opposés radicalement et sans ambiguïté au djihadisme, rapporte le quotidien britannique THE GUARDIAN. Un plan certes qualifié de chimère par THE NEW YORK TIMES. Reste que les objectifs de guerre sont à présents bel et bien revus à la hausse, commente toujours le quotidien américain, de sorte que le soutien accru de la Russie au régime de Bachar El-Assad, combiné à celui reçu des Etats-Unis par les groupes rebelles ont regonflé le moral des deux côtés du conflit.

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Autre nouveau terrain d'action des Etats-Unis, depuis cette semaine, le Cameroun.
Le président Obama l’a formellement notifié au Congrès mercredi : les Etats-Unis ont envoyé 90 militaires au Cameroun en début de semaine, un déploiement qui doit culminer à 300 hommes et inclure des drones de surveillance. D’après de hauts responsables, le but de la mission est de récolter des renseignements sur le groupe Boko Haram et de soutenir la contre-offensive, rapporte notamment THE WALL STREET JOURNAL, cité par le Courrier International.

A Cameroonian special forces soldier stands guard.
A Cameroonian special forces soldier stands guard.
© Reuters - Reuters Staff

Il faut dire que le pays est confronté depuis plusieurs mois déjà à une vague d’attaque sans précédent, dont des raids sur des villages et des attentats suicides, renchérit le magazine FOREIGN POLICY, qui précise que l’armée américaine intervient à la demande du gouvernement camerounais. Et puis si à la différence de la Syrie, l'aide américaine se concrétise ici par l'envoi de troupes au sol, en revanche, les GI's ne participeront pas aux combats, ajoute le magazine. Ils seront armés uniquement, nous dit-on, pour se défendre.

Enfin dernier exemple en date de l’interventionnisme américain, la décision hier de Barack Obama de prolonger la présence de troupes américaines sur sol afghan.
Bien qu'élu sur la promesse de mettre fin à deux guerres, celle d'Irak mais aussi celle d'Afghanistan, la plus longue jamais menée par les Etats-Unis, le président a renoncé à retirer ses troupes d'ici à fin 2016. Il faut dire que l’instabilité croissante du pays suscite de vives inquiétudes à Washington, notamment parce que l'administration américaine a encore à l’esprit l’expansion de Daech en Irak peu après, justement, le retrait américain.

Et puis, la dramatique bavure de l’hôpital de Kunduz, géré par Médecins sans frontières, bombardé par erreur au début du mois par des avions de l’US Air Force n’a sans doute rien arrangé, précise LE TEMPS de Genève. Cette tragédie pour laquelle Barack Obama a présenté ses excuses, a eu lieu peu après que les talibans ont repris par surprise le contrôle de cette ville, une première depuis 2001. Et à l'évidence, cet épisode n’a fait qu’accentuer le sentiment d’urgence de maintenir des forces sur place, pour soutenir les forces afghanes.

A ce titre, d'ailleurs, les photographies publiées sur le site de FOREIGN POLICY dans les ruines de l’hôpital sont aussi saisissantes qu'effrayantes. À côté des restes d’une des victimes reconnaissable uniquement à un pied arraché, on y devine notamment les carreaux blancs et bleu d’une chemise de nuit d’hôpital, presque intacte.

Human remains and a hospital gown, in a narrow corridor in the eastern wing of the Outpatient Department building, Kunduz, Afgha
Human remains and a hospital gown, in a narrow corridor in the eastern wing of the Outpatient Department building, Kunduz, Afgha
- Andrew Quilty

Quoi qu’il en soit, s'agissant de la décision d'Obama de maintenir ses troupes en Afghanistan après 2016, les adeptes des solutions simplistes y verront probablement un échec de sa politique, poursuit LE TEMPS. D'autant que depuis plusieurs années, déjà, une question récurrente demeure : si depuis le 11 septembre, plus de 100 000 soldats américains et internationaux ne sont pas parvenus à pacifier le pays, à quoi bon rester ? Les femmes qui fuient ces jours-ci Kunduz dans la nuit afghane de peur d’être victimes de la barbarie des talibans ont sans doute, dit-il, une réponse toute prête.

Et puis si aucune réponse purement militaire ne résoudra, c'est vrai, le problème afghan, une présence américaine et surtout internationale demeure nécessaire. Pourquoi ? Parce qu'en dépit des dizaines de milliards investis par Washington, les forces afghanes n’ont pas les moyens humains et matériels de contenir désormais deux menaces : celle des talibans d'une part et celle des djihadistes de l’organisation État islamique d'autre part. Et le journal d'en conclure : aujourd’hui, on dit aux Afghans qu’on ne les oublie pas. Mais en aucun cas, on leur promet la fin du cauchemar.

En revanche, le dossier que vient de mettre en ligne le site THE INTERCEPT, cofondé par Glenn Greenwald, l'un des journalistes qui a publié les documents de Snowden, ne plaide pas franchement pour la stratégie militaire américaine en Afghanistan. Repérés par le magazine Slate, ils soulignent la futilité de la guerre. On y apprend notamment que lors d'une période de cinq mois, pendant une opération américaine en Afghanistan, près de 90% des personnes tuées n'étaient pas les cibles désignées. Et le site américain d'en conclure, que ce soit par l'usage de drones, de raids nocturnes ou de nouvelles plateformes qui n'ont pas encore été déployées, ces documents dévoilent la normalisation d'une politique anti-terroriste fondée autour d'une seule stratégie et à l'efficacité peu prouvée : l'assassinat sans aucune forme de procès.

Par Thomas CLUZEL

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