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Bonjour Ali, Bonjour à tous, Nous consacrions déjà mercredi dernier cette revue de presse... au Tibet... Une semaine plus tard et 17 jours après le début des violences à Lhasa, si la situation locale n'a guère évolué... le ton monte de plus en plus sur le plan international... La presse étrangère consacre une nouvelle fois plusieurs de ses colonnes... au sujet... Mais deux journaux en particulier ont eu l'honneur et l'avantage de Pékin d'être accrédité officiellement pour une visite guidée de 3 jours au Tibet... Cette "opération-transparence" a débuté hier. Une première depuis le début des violences. Et l'on retrouve donc ce matin les premiers papiers (les autres journalistes accrédités travaillant pour la télévision ou des agences de presse). Il y a donc l'américain Wall Street Journal et le britannique Financial Times - au passage deux quotidiens économiques; sélection sans doute peu anodine de la part du géant chinois. Dans le Wall Street Journal, Shai Oster, le reporter raconte qu'hier soir "l'odeur de fumée était comme suspendue dans l'air, la police anti-émeutes toujours très présente dans les rues et les habitants de se dire effrayés". "Plus de deux semaines après le début de cette révolte, Lhasa est une ville profondément divisée". "Dans ce malaise ethnique, d'un côté, il y a les Tibétains dont les ancêtres ont construit la capitale himalayenne. De l'autre, des membres de la majorité chinoise Han et les musulmans Hui, (des Han islamisés) arrivés en nombre ces dernières années. Cette cocotte de ressentiment, écrit-il, s'est mise à bouillir véritablement le 14 mars avec les premières victimes"... "Dans un bar du quartier tibétain, un enseignant s'approche d'un des journalistes en visite guidée et lui dit : s'il vous plaît, aidez-nous !" "Comme un écho, écrit Shai Oster, le malaise est semblable chez une serveuse chinoise Han travaillant dans le même établissement et qui explique aux journalistes avoir peur des tibétains"... La ville est divisée en deux. Le reporter explique que "dans l'est de Lhasa, quartier à majorité tibétaine et principalement touché par les violences", l'ambiance est faite de "bâtiments incendiés et de verres cassés..." Sur plusieurs pâtés de maison autour du Temple du Jokhang dans la vieille ville, "les gens fouillent des magasins en ruine"... "La police organise des checkpoints, les trottoirs sont vides et les magasins encore debouts sont fermés..." "Hier soir, c'était couvre-feu" dans cette partie de Lhasa. "A l'inverse, dans les quartiers à majorité chinoise, les voitures circulent et la majorité des boutiques est ouverte..." constate le reporter du Wall Street Journal... "Aujourd'hui relativement calme, Lhasa est l'oeil du cyclone de manifestations et de luttes ethniques qui s'étendent désormais aux provinces voisines." "Les officiels du gouvernement avaient à coeur de montrer aux journalistes occidentaux que cette ville de 550 000 habitants connaissait un retour à la normale... Pour preuve, la réouverture hier au public du palais du Potala", joyau du bouddhisme tibétain... L'autre témoin, l'autre journaliste à rendre compte dès ce matin de cette contre-offensive médiatique de la part de Pékin... Geoff Dyer du FT... Il rend compte des mêmes "contrastes" dans la capitale... "ce sentiment de zone de guerre dans la vieille ville et de l'autre l'atmosphère trépidante des quartiers modernes dominés par les Han..." Dans cette partie de ville, il s'amuse de voir deux moines bouddhistes en robes safran essayer les derniers téléphones portables dans le Showroom de Nokia"... "Etonnant, estime le reporter, quand on sait que ces téléphones ont été l'un des éléments clé pour répandre l'appel à la mobilisation au tout début..." Le journaliste du Financial Times insiste un peu mieux que son confrère du Wall Street Journal sur l'aspect "visite guidée par les autorités"... "Le petit groupe de journalistes, explique-t-il, avait dans les premières heures de ce mercredi, une sorte de quartier libre, la possibilité d'aller et venir sans surveillance... apparente. Mais bizarrement, peu de tibétains semblait prêt à parler ouvertement et librement des manifestations ou des émeutes..." Au-delà de ces tout premiers reportages sur place, dans le reste de la presse internationale, il est surtout fait état de l'activité diplomatique... Et la question du boycott des JO... Selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, "après les pays qui au début jouaient profils bas à ce sujet, ce sont maintenant les voix contraires qui commencent à se faire entendre". Mais c'est là qu'intervient "la peur du pire"... titre le journal suisse le Temps qui s'interroge : "Où ménera l'escalade verbale entre l'Occident et la Chine ? La France n'exclut plus un boycott symbolique", l'Union Européenne s'interroge. "La Suisse observe." Georges W. Bush a décroché son téléphone. "Mais alors "Boycott ou YouTube ?" s'interroge Jean-Jacques Roth dans l'éditorial de ce même quotidien suisse. Oui, "partout le ton monte, écrit-il ce matin, les banderoles se déploient, les manifestants se massent. La répression de Lhassa a enclenché les rouages d'une émotion planétaire." "Cet élan est pourtant ambigu", estime-t-il. "Les coeurs qui saignent pour les Tibétains sont aussi ceux qui prient pour que le dynamisme économique chinois ne faiblisse pas; chacun voit aussi que le monde a besoin d'intégrer la Chine". "Des réalités qui vont donc toutes à l'encontre d'un boycott dont personne ne veut vraiment mais rien n'est joué. La moindre étincelle tibétaine peut en effet déclencher une dynamique incontrôlable. Pour l'heure, nous dit Le Temps, on constate l'efficacité remarquable d'une poignée de militants capables de barbouiller l'image officielle d'Olympie par leurs T-shirts maculés de ketchup. Cette pression ne reculera pas, elle enflera à chaque passage de la flamme olympique. Si la Chine comprend assez tôt que YouTube peut être plus dévastateur qu'un boycott, que l'opinion est ailleurs qu'en son empire une force redoutable, elle cherchera le geste d'apaisement qui sauvera sa face, les Jeux et les consciences blessées. Les JO, nous dit l'éditorialiste, pourraient alors devenir le "catalyseur de changements" auquel veut croire le président du CIO, Jacques Rogge, dans une formule qu'il faut espérer prémonitoire", conclut le journaliste suisse, plutôt YouTube donc. Son confrère de la Tribune de Genève, Pierre Ruetschi semble lui avoir été séduit à l'inverse par la proposition faite hier par Daniel Cohn-Bendit. Et Ali, comme un préambule au débat des Matins de France Culture dans une poignée de secondes sur Mai 68, l'eurodéputé déclarait hier qu'il fallait "foutre le bordel à Pékin". "Dans le langage fleuri de l'ex-lanceur de pavés, écrit le journaliste suisse, cela signifie qu'il faut boycotter la cérémonie d'ouverture des JO, rendre la vie impossible aux autorités chinoises au point de leur faire regretter à tout jamais leur candidature." "Il est vital poursuit-il de mettre la Chine sous pression et de suivre les bons conseils de Cohn-Bendit, lançons le pavé ! mais veillons à ce qu'il ne rate pas sa cible et qu'il ne fracasse pas la tête des sportifs. Quant à la plage, elle est encore loin" conclut l'éditorialiste. Bonne journée !

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