Publicité
En savoir plus

Par Thomas CLUZEL

Edward Snowden
Edward Snowden
© Maxppp - Glenn Greenwald/Laura Poitras

« La chasse est lancée. Je veux qu'il soit attrapé ». La déclaration à la chaîne de télévision CBS de la présidente de la commission du Renseignement américain ne laisse que peu de doute quant au degré de motivation et plus encore sans doute d'agacement des autorités américaines, face à ce qu'il convient désormais d'appeler la fuite organisée d'Edward Snowden.

Publicité

C’est le quotidien SOUTH CHINA MORNING POST qui le premier a révélé ce week-end la fuite de l’ex-analyste de la NSA. Parti de Hong Kong, l'homme serait arrivé hier après-midi à Moscou, avec pour destination finale l'Equateur, via La Havane. Autant de pérégrinations aériennes qui donnent bien évidemment un air de Guerre froide à l’échappée d'Edward Snowden.

S'agissant tout d'abord de Hong Kong, les autorités sollicitées par les Etats-Unis pour arrêter Snowden ont estimé qu'il n'y avait aucun fondement légal pour l'empêcher l'homme de quitter le territoire, en raison du manque d’informations pertinentes communiquées par la justice américaine.

Voilà du moins pour les explications officielles. Car on imagine aisément par ailleurs que les déclarations de Snowden au quotidien hong-kongais, selon lesquelles les Etats-Unis se livrent à des actes de piratage informatique à Hong Kong et en Chine depuis des années, n'étaient pas franchement de nature à encourager la bonne coopération de la région administrative de la République Populaire de Chine.

Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que Snowden a pu embarquer hier sur un vol commercial d'une compagnie russe, à destination de Moscou. Un revers de plus pour l'administration Obama. Le WASHINGTON POST y voit lui surtout ce matin une grossière erreur de calcul de la part des autorités moscovites, car les Russes se trompent, dit-il, s'ils s'imaginent pouvoir participer ainsi à l'évasion de Snowden sans en payer en retour un lourd tribut.

A son arrivée dans la capitale, l’ex-analyste de la NSA ne serait pas sorti avec les autres passagers du vol. Une source aéroportuaire citée par l’agence de presse russe Interfax a notamment confirmé que l’Américain était resté dans la zone de transit. Et c'est là qu'il se trouverait encore ce matin, avant de décoller, cette fois-ci, à destination de Cuba, sa dernière escale a priori avant de rejoindre l'Equateur. Ce matin, le ministre des affaires étrangères a en effet confirmé avoir reçu une demande d'asile en ce sens, avant de préciser toutefois que son pays n'avait pas encore pris de décision. Sauf que là encore personne n'est dupe, chacun sait bien que c'est également auprès de l'Equateur qu'un certain Julian Assange avait fait sa demande d'asile. D'où le commentaire ce matin du HUFFINGTON POST : tout comme Assange, Snowden ne devrait pas trop avoir de souci à se faire. L'Equateur est bien le dernier pays qui le remettrait au pays de l'Oncle Sam. Car pour ce petit pays membre de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques, accorder l'asile à Snowden ou Assange est avant tout le moyen de faire une démonstration de son anti-impérialisme.

Et c'est bien d'ailleurs ce qui agace aujourd'hui les autorités américaines. Omniprésente dans les émissions de télévision, la nouvelle de la fuite d’Edward Snowden a provoqué hier la colère de nombreux parlementaires, à l'instar du président de la commission du Renseignement à la Chambre des représentants. « Chacun de ces pays est hostile aux Etats-Unis. S'il pouvait aller en Corée du Nord ou en Iran, Snowden pourrait en faire une tournée des Etats oppressifs », a notamment raillé le républicain sur la chaîne NBC.

De son côté, le magazine SLATE préfère rappeler ce matin que Snowden est la huitième personne à avoir été inculpée sur la base de l'Espionage Act, sous la présidence d'Obama. Huit inculpations, soit plus du double des inculpations totalisées par tous les présidents précédents réunis. Avant l'administration Obama, seules trois personnes ayant laissé fuiter des informations avaient en effet été inculpées. Or toutes ces poursuites judiciaires sont le moins du monde défendables, de la part d'un président qui avait juré de conduire Washington vers une nouvelle ère de transparence, estime le quotidien britannique THE GUARDIAN. Bien sûr, Snowden a sans doute enfreint la loi, précise aussitôt le journal, mais il est loin d'avoir pratiqué des actes d'espionnage, dit-il. Il n'a pas vendu de secrets à des gouvernements étrangers, ni essayé de s'en servir pour son usage personnel, de quelque manière que ce soit. Snowden a simplement révélé quelque chose qu'il avait vu. Et le quotidien britannique d’en conclure : l'ironie est évidente, car ce sont les mêmes personnes qui ont construit un système de surveillance omnipotent, pour espionner n'importe qui, dans le monde entier, y compris leurs propres citoyens, qui accusent à présent d'espionnage la personne qui s'est contentée de révéler l'existence du système.