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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : alors que depuis hier et en une nuit seulement nous avons tous pris une année supplémentaire, la question pourrait se résumer ainsi : est-ce que l’avenir c’était mieux avant, ou pas ?

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A en croire les très nombreux articles publiés ces jours-ci, sur le monde nouveau qu’on nous prépare pour demain, nous devrions a priori plutôt nous réjouir. C’est du moins ce qu’on se dit en participant à ce voyage dans le futur, proposé par le Courrier International à l’occasion de ses 25 ans (car lui aussi vieillit). Ne prenons qu’un seul exemple, celui de la voiture sans chauffeur, détaillé dans cet article du site d’information britannique THE REGISTER. L’adoption de cette voiture par le grand public, même si elle n’est pas exactement pour demain, ni même après demain mais plutôt 2040, aura des conséquences énormes. Le conducteur moyen économisera notamment jusqu’à près d’une heure par jour, en laissant son véhicule faire le boulot à sa place. Par ailleurs, les voitures se gareront toutes seules et mieux que nous, ce qui libérera de l’espace dans les villes. On estime que près de 6 milliards de mètres carrés de terrain pourront ainsi être économisés, rien qu’aux Etats-Unis, d’ici à 2050. Et puis dans le même temps, le nombre de morts et de blessés sur les routes devraient sensiblement diminuer. Enfin les voitures autonomes pourront également faire baisser le coût lié aux accidents de la route, qui s’élève aujourd’hui à 212 milliards de dollars par an aux Etats-Unis. Un chiffre qui pourrait chuter à 30 milliards, c’est à dire 7 fois moins.

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Autant de bonnes raisons de se réjouir de vieillir pour pouvoir enfin bénéficier, notamment, de cette fameuse voiture autonome. À ceci près, toutefois, que grâce à elle et au temps disponible que vous économiserez, vous pourrez surtout travailler plus, si toutefois vous avez encore du travail, car la généralisation de cette technologie aura également un impact sur le marché de l’emploi. Quand les voitures sans chauffeurs seront devenus la norme, des millions notamment de chauffeurs de bus, de camion et de taxi devront se retrouver un autre boulot.

Nous aurait-on menti sur les progrès du futur ?
C’est peu ou prou l’analyse défendu par un psychologue allemand, interrogé dans les colonnes du quotidien de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Selon lui, l’avenir tel que nous nous le représentons aujourd’hui prend forme dans la Silicon Valley, où des inventeurs et des hommes d’affaires planchent sur des voitures sans conducteur, mais aussi des maisons qui s’entretiennent sans intervention humaine et des applications autocontrôlées. Ils nous garantissent que leurs logiciels pourront pallier les handicaps et les maladies, mettre fin au gaspillage énergétique, triompher de la mort ou bien encore garder les enfants.

Mais comparez donc le rêve d’un véhicule sans conducteur avec celui d’une voiture volante. Dans l’un, vous êtes dans la peau d’un enfant qui se laisse conduire à l’arrière de la voiture. Tandis que dans l’autre, il s’agissait d’abolir les contraintes de la gravité et de l’espace. En d'autres termes, là où l’ère spatiale voyait l’avenir comme la promesse d’une expansion des possibilités humaines, l’ère numérique, elle, n’a rien de plus visionnaire à proposer que la multiplication infinie des gadgets, visant à améliorer le confort de chacun.

En clair, cet avenir qu’on nous promet plein de glorieuses promesses ne se résume, pour l’heure, qu’à un programme d’infantilisation. En revanche, les questions qui ont préoccupé l’humanité de tout temps (l’injustice, l’oppression, la violence), n’intéressent pas nos glorieux inventeurs. Peut-être, n’existe-t-il pas de solutions à tous ces problèmes. Reste que dans les siècles passés, le progrès consistait à changer les cadres de nos sociétés, de manière à en atténuer les effets les plus néfastes. Ou dit autrement, il fut un temps où améliorer la condition humaine, c’était ça l’avenir. Et le psychologue d’en conclure : est-ce ainsi que nous voulons vivre ? Ou ne devrions-nous pas enfin commencer à repenser l’avenir et à imaginer le monde tel qu’il devrait être ?

Et la question se pose de façon urgente s’agissant, notamment, de la crise de la dette et de nos systèmes actuels de retraite.
L’article publié par le site américain THE GLOBALIST pourrait se résumer ainsi : il ne fera pas bon être vieux en 2040. Dans la plupart des pays et depuis le krach financier de 2008, les taux d’intérêt extrêmement bas s’accompagnent de déficits budgétaires sans précédent. Or à long terme, ces deux phénomènes sont particulièrement dangereux pour les perspectives de la population vieillissante.

En 2030, les premiers baby-boomers seront en grande partie toujours de ce monde et les politiques continueront à repousser les problèmes aussi loin que possible dans le futur, afin d’éviter la colère de leur électorat du troisième âge. En revanche, en 2040, la moitié de la cohorte des baby-boomers étant partie pour d’autres cieux, un véritable cataclysme sera à l’œuvre, prédit le site d'information. La dette américaine, notamment, atteindra de tels sommets que son remboursement s’avérera probablement impossible. La solution la plus évidente sera, encore une fois, de tailler sévèrement dans les retraites et les prestations sociales des seniors. Car on estimera que ces derniers ne produisent plus de revenus permettant de rembourser la dette et surtout qu’à titre collectif, ils portent une large part de responsabilité dans la situation du pays. Les vieillards de 2040, vivront ainsi une retraite extrêmement difficile. Et le phénomène sera la même partout. La France et l’Italie, par exemple, auront même fait banqueroute ou presque bien avant 2040.

Dans ces conditions, est-ce que l’avenir c’était mieux avant ? Sachant qu’en 2026, note le magazine SLATE, notre calendrier sera en tout point similaire, jour pour jour, à celui de 2015, il semble d’ores et déjà qu'il sera difficile de rompre avec ce cycle infernal des perspectives négatives.

Par Thomas CLUZEL